Protection de l’enfance : en guise de réponse à l’article de la Croix intitulé « Maltraitance, pourquoi le repérage reste défaillant »…

Il me parait nécessaire de vous parler d’un article publié par le journal La Croix. Il est intitulé : « Maltraitance, pourquoi le repérage reste défaillant ». Il fait référence à la situation d’une fillette de 6 ans admise aux urgences de l’hôpital de Bourges en état de coma. La situation de la famille était connue des services sociaux. En résumé et pour faire court, cet article indique que les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux sont défaillantes. C’est ce que pour ma part j’en retiens. Un drame survient, une situation particulière  se pose avec acuité et c’est alors la pratique de tous les professionnels qui est remise en cause. Parfois c’est  le dispositif de protection lui-même, mais pas cette fois. Je suis affligé de lire la façon dont est posé le problème dans cet article de La Croix. Ici les travailleurs sociaux  sont considérés comme incompétents car mal formés au repérage des familles maltraitantes.

« Les travailleurs sociaux ne sont pas formés pour écouter la parole de l’enfant » est-il écrit dans cet article. Faut-il rappeler que les formations de type « entretien avec l’enfant » sont inscrites dans les catalogues de formation de nos institutions depuis fort longtemps et sont largement suivis par les travailleurs sociaux (qui au passage sont les plus nombreux à faire appel aux budgets de la formation continue). Dans certains Départements ces formations sont obligatoires si l’on est dans un poste qui traite des informations préoccupantes.

Nous sommes dans le syndrome « j’ai vu une femme anglaise rousse donc toutes les femmes anglaises sont rousses bien évidemment !« 

« Bien souvent, les travailleurs sociaux ne voient même pas les enfants » est-il précisé. J’aimerais à ce sujet que l’on parle de tous ces enfants que voient les travailleurs sociaux  et notamment les assistantes sociales de secteur qui rédigent des rapports afin qu’ils puissent être protégés. Il n’est pas rare que leurs demandes ne soient pas prises en compte. C’est à se demander  même si dans certains cas leurs rapports sont tous lus : (un conseil aux collègues : dans vos rapports mettez ce qui est important dans l’introduction et la conclusion car souvent il n’y a que cela qui est lu). Et oui imaginez-vous qu’une majorité de travailleurs sociaux de secteur rencontre des enfants et tente de les protéger parfois en vain en réclamant des mesures qui sont reconnues nécessaires mais qui ne sont pas engagées faute de moyens humains. J’aimerais aussi à ce sujet que l’on parle du stress de ces professionnel(le)s qui, ne voyant pas de mesure se mettre en place continuent tant bien que mal d’aller dans les familles rencontrer les parents et les enfants pour limiter au maximum les risques en l’absence de réponses  à leurs demandes de protection.

Le travailleurs sociaux seraient aussi parfois de grands benêts : « le grand mot d’ordre du travail social est le non-jugement des familles. Là encore, cela est indéniablement une bonne chose en théorie mais n’incite pas à aller chercher plus loin dans les situations de maltraitance. »  Effectivement, il est reproché aux travailleurs sociaux d’être trop peu à l’écoute des familles et de ne pas suffisamment les comprendre. J’ai entendu cela lors d’échanges au sein de groupes de travail du Haut Conseil du Travail Social.  Les travailleurs sociaux seraient de façon excessive dans le jugement dès lors qu’il s’agit de protéger des enfants. Bref quand tout va bien, ils abusent et sont suspicieux et quand tout va mal, ils ne voient rien, aveuglés par l’idée que les familles ne sont pas responsables de ce qui se passe.

Ils sont vraiment mauvais ces travailleurs sociaux ! C’est ce que me disait récemment une collègue encadrante à  l’ASE d’un Département  : « Dans tous les cas de figures nous sommes les mauvais! C’est fatiguant ! » Si on agit pour protéger nous sommes accusés par les familles d’abus de pouvoir.  Si on tente de soutenir les parents défaillants nous sommes irresponsables et prenons des risques inconsidérés. Raz le bol conclut-elle.  Et après vous vous demanderez pourquoi il y a une crise dans nos professions ?

Remarquez aussi que dans cet article les journalistes de la Croix ne sont pas allé à la source en interrogeant des travailleurs sociaux  concernés. Ceux qui assument et répondent aux demandes de rapports faisant suite aux informations préoccupantes qui arrivent par dizaines chaque semaine dans les cellules de recueil gérées par les Départements. Ils auraient alors entendu parler des conditions dans lesquelles ils travaillent et auraient peut-être donné quelques exemples dont certains peuvent faire frémir. Mais voilà, interroger un travailleur social soumis au secret professionnel avec un devoir de réserve, tout cela  en passant par le service communication de l’employeur ne facilite pas les rencontres avec les journalistes. Il n’ont pas non plus interrogé semble-t-il la commission protection de l’enfance de l’ANAS qui formule des avis sur ces sujets.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire et à écrire sur cette façon d’aborder la question de la protection de l’enfance. Elle ne fait encore un fois que chercher des réponses en disqualifiant des pratiques ou des professionnels sans tenir compte de ce qui fonctionne et fait que chaque année environ 290.000 enfants de moins de 18 ans en France  sont protégés, soit un taux de 1,98 %. De cela on n’en parle pas. Il vaut mieux parler de la situation dramatique de maltraitance qui survient et surviendra inexorablement tant que l’on n’aura pas mis un travailleur social derrière chaque famille considérée à tort ou à raison à risque.

Il semble par ailleurs qu’il existe une confusion entre ce que doit faire un travailleur social auprès d’une famille et ce que doit faire un policier saisi par le procureur au sujet de la même famille. Le travailleur social  tente de trouver des solutions à un problème identifié avec la famille et, si dans son travail, il constate des faits graves qui portent atteinte à l’enfant, il se doit d’agir pour le protéger. Dans ce cadre il a la possibilité d’informer son institution via un écrit. Selon la gravité des informations recueillies, elles sont transmises au procureur de la République qui seul peut décider de la mesure de protection. Cela peut aller très vite en cas d’urgence – dans la journée pour les situations extrêmes. Souvent le procureur demande en complément une enquête de police. Il peut aussi lorsque la situation l’exige prononcer une OPP une ordonnance de placement provisoire. Mais il est de la compétence de la police de recueillir les éléments de preuve faisant suite aux constats apportés par le travailleur social. Nous sommes encore dans un Etat de Droit et le travailleur social ne peut se  substituer ni au juge ni au policier. Il  n’est pas là non plus pour rechercher une preuve ou obtenir des aveux.

Fort heureusement Fabienne Quiriau interrogé dans cet article se rattrape après avoir donné un avis fort discutable :  « Pour autant, un meilleur repérage ne résoudra pas tout, prévient néanmoins Fabienne Quiriau. Reste le problème des décisions de placement, dont un certain nombre reste lettre morte, faute de place dans les établissements et les familles d’accueil. »

merci à elle de l’avoir rappelé.

Sachez aussi que des travailleurs sociaux ont rédigé une demande de droit de réponse suite à cet article de la Croix car nombreux d’entre eux ont été choqués d’y lire ce qui les concerne et ne pose pas à leur sens les vrais questions. Ils ont aussi des choses à dire sur ce sujet.

Quant à la position de la voix de l’enfant publié dans cet article à travers la parole de Martine Brousse, je vous invite à prendre connaissance de ce dossier réalisé par l’ANAS au sujet de cette association et de  sa présidente intitulé : « La vérité ne sort pas toujours de la Voix de l’Enfant ». Cette association n’a jamais cessé de considérer les travailleurs sociaux comme fautifs dès lors qu’un drame survient et cela depuis de nombreuses années. L’ANAS écrivait en 2012 que depuis de l’affaire dramatique de la mort de Marina dans la Sarthe en septembre 2009, jusqu’à aujourd’hui, cette association s’est illustrée par des prises de parole multiples et sa dénonciation de l’ensemble du système et des acteurs professionnels. Il semble que cela continue aujourd’hui avec toujours les mêmes arguments et la recherche d’un coupable : le travailleur social concerné par la situation et son institution.

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12 réponses

  1. «  »Sachez aussi que des travailleurs sociaux ont rédigé une demande de droit de réponse suite à cet article de la Croix car nombreux d’entre eux ont été choqués d’y lire ce qui les concerne et ne pose pas à leur sens les vrais questions. Ils ont aussi des choses à dire sur ce sujet. »

    Ils sont choqués par ce que dit l’article de La Croix. Mais nous parents sommes choqués par tous les mensonges que nous découvrons la veille des audiences dans leur rapport au juge des enfants, tous ces mensonges, ces approximations, ces malhonnêtetés, ces conclusions prévues d’avance…. Quel « travail » entreprenez-vous avec les familles ? Vous nous chargez sans nous tenir même au courant de vos soi-disant « inquiétudes ». Alors quel travail avec les familles ?

  2. Très bon article. Tous les arguments développés ici sont précieux. Il faut que ce texte circule car il importe que désormais ce ne soit pas QUE les journalistes, les sociologues, les avocats et des associations plus ou moins bidon qui causent des travailleurs sociaux.

    1. « Il faut saluer le travail des journalistes, sociologies, avocats, associations, car leur tâche est très difficile. Les associations mandatées par les juges, les audiences sont des huis clos où il n’y a même pas de greffier pour faire un compte rendu. Les travailleurs sociaux maltraitants savent très bien cacher leurs agissements. Ils n’en répondent jamais »

      Il manque aussi des psychologues indépendants pour analyser et comprendre ces agissements de maltraitance que l’on trouve dans ces institutions.
      Il faut ouvrir les portes toutes grandes au contraire que les Français se rendent compte de la réalité de ces « prestations ».

    1. Effectivement, merci de votre précision que je viens de rectifier dans le texte. J’ai été marqué par une autre affaire survenue quelques années plus tôt dans le Maine et Loire et du coup j’ai interverti les Départements…

  3. C’est vrai que les travailleurs sociaux sont mal formés. Ils devraient être aussi serruriers pour ouvrir les portes que les familles refusent d’ouvrir, et savoir implanter des puces géolocalisables quand les personnes ne cessent de déménager. (Humour noir, je précise)

    1. Oui ils sont très mal formés et plus ils sont incompétents plus ils inventent des rapports honteusement mensongers.

      Quel « travail » peuvent-il entreprendre avec la famille avec leur petit bagage ? Même des psychologues bien formés ne comprennent pas le harcèlement moral que subissent certaines victimes.
      Leur « travail » ce n’est que de rédiger des rapports à charge sans même en tenir informé la famille. C’est quoi le but ? Avant 2002, la famille ne pouvait même pas en prendre connaissance. Elle allait à l’audience sans savoir les charges qui étaient retenus contre elles et donc sans pouvoir établir de contradictoire, sans pouvoir se défendre. Quel genre de « travail » est-ce là ? J’aimerais bien que des personnes indépendantes assistent à leur façon de faire et révèlent au grand jour leur impéritie.

      L’article de La Croix vous fait mal ? Pourtant où fait-il erreur ? Les juges expérimentés savent bien que ces rapports sont un tissu d’approximations voire d’inventions, de ressentis selon des conclusions établies par avance. C’est bien pour cela qu’ils ne prennent pas au sérieux les dires des sociaux qui peuvent écrire n’importe quoi. Heureusement qu’ils ne placent pas tous les enfants que ces pauvres gens leur demandent de placer, hélas dans l’autre sens, les conséquences sont dramatiques. Les sociaux avaient-ils demandé que l’on place cette petite fille de 6 ans torturée par ces parents ? répondez en vérité pour une fois.

      1. Vous avez visiblement un contentieux avec les travailleurs sociaux et les institutions de protection de l’enfance. Vous donnez une opinion qui ne s’appuie que sur un point de vue, le vôtre, sans argument construit. l’article de La Croix indique que travailleurs sociaux sont trop conciliants avec les familles et ne sont pas suffisamment directs. Ce ne sont pas es travailleurs sociaux qui décident si l’enfant doit ou ne doit pas rester chez ses parents. Ce sont Les juges. Ils décident et reçoivent les parents qui peuvent se faire assister d’un avocat. Le travailleur social n’a pas d’avocat. Son objectif est de protéger l’enfant : il n’a rien à gagner dans un placement d’enfant bien au contraire. Je suggère que vous débattiez de tout cela avec l’association la voix de l’enfant qui défend des positions totalement opposées aux vôtres sauf sur un seul point : rendre les travailleurs sociaux responsables de tous les maux de la famille ou de l’enfant. Bien sûr il est possible qu’il y ait des travailleurs sociaux qui fassent mal leur travail, mais généraliser comme vous le faites ne fait que rendre toute discussion stérile . Alors il vaut mieux en rester là. tant que vous ne saurez pas être dans la nuance et respecter les professionnels; il n’y aura pas de débat possible. C’est votre 4ème post sur un même sujet. Il n’y en aura donc pas de 5ème.

      2. Bonjour,
        je ne vois pas comment vous répondre . Vous avez votre opinion, très tranchée. Il ne semble pas possible d’entamer une discussion .Ce serait bien plus reposant pour les travailleurs sociaux d’avoir des conclusions établies par avance (mais par qui ???). Ce que vous dites ne correspond pas à l’expérience que j’en ai, celle d’une ancienne assistante sociale expérimentée (41 ans de travail) qui a parfois été amenée à proposer au juge un placement, et parfois à préconiser d’autres solutions d’aide.

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