Prévenir les violences et les risques psychosociaux en travail social

C’est un petit ouvrage particulièrement documenté que nous propose ici Ludwig Maquet. Éducateur spécialisé, il parle et écrit sur ce qu’il connait bien. Son écrit est le fruit de son expérience et d’un mémoire de Master. Son livre aborde 2 sujets qui sont et seront toujours d’actualité : les violences au sein des institutions, un sujet certes déjà abordé, mais il complète ce thème en abordant la prévention des risques psychosociaux sujet essentiel dans les services sociaux notamment en ces périodes troubles post-confinement avec une pandémie qui dure.

Le premier chapitre est de facture « classique » puisqu’il s’agit de définir ce qu’est la violence. Un terme polysémique qu’il faut regarder à travers différentes approches (psychologie, sociologie, anthropologie, histoire…) C’est très clair et instructif pour qui souhaite bien s’immerger dans le sujet. Les étudiants apprécieront.

Le second chapitre entre dans le vif du sujet. Il établit un distinguo : violence de et dans l’Institution. Pas de caricature toutefois, car le phénomène est complexe et peut surgir à l’insu de notre plein gré, pourrait-on dire. Bien évidemment, il est question de Foucault, Goffman et Tomkiewicz. Leurs approches sont explicitées avec clarté. Le lecteur appréciera aussi les encadrés qui sont autant de témoignages vécus par les professionnels. C’est éclairant sans tomber dans les représentations faciles. Là aussi nous sommes dans l’analyse de la complexité, des formes diverses et des causes parfois inattendues.

Le troisième chapitre nous permet de mieux comprendre ce que l’on appelle les risques psychosociaux. Un terme fort utilisé par les spécialistes des ressources humaines et qui prend sens désormais dans le grand public. Nous partons d’une présentation générale pour ensuite nous centrer sur la pratique du travail social. Le « new public management » est clairement identifié ainsi que les conséquences de la pression permanente de la logique financière. Tous ou presque s’en plaignent, les travailleurs sociaux notamment « malades » de la perte de sens. La perte d’attractivité des métiers du social est aussi abordée dans ce chapitre. De nombreux encadrés nous donnes à comprendre la mutation des métiers (ici en l’occurrence celui d’éducateur spécialisé) le brown-out ou encore la fatigue dite de la compassion…

Le chapitre quatre de ce livre est essentiel. Particulièrement le second paragraphe qui s’intitule, « face aux risques des réponses à apporter : il n’y a pas de recette évidemment, mais une somme de pratiques permettant d’éviter ces risques ou du moins les atténuer fortement. De la formation en passant par la place de l’équipe pluridisciplinaire permettant -on l’espère- la libération de la parole. Mais il nous faut aussi précise l’auteur apprendre à résister. De façon intelligente, en assumant nos responsabilités pour mener à bien nos missions. Il faut aussi savoir rester vigilant face aux risques de « psychologisation » des situations. Rappelons-nous aussi, que « l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions »

Pourquoi ai-je aimé ce livre ?

Vite exprimé, je dirai grâce à l’écriture claire, non pontifiante de l’auteur qui connait son sujet et s’appuie sur le réel et l’expérience du vécu. Nous avons ici ce qui fait la richesse du travail social. Une analyse rigoureuse des apports de différentes disciplines, une réflexion et des expériences concrètes qui nous invite à mettre en œuvre notre intelligence pratique et collective productrice de savoirs. Une dimension aurait toutefois gagnée à être aussi explorée celle de l’éthique et de la déontologie.

En conclusion, nous voyons là que l’idéologie issue du « tout se résume à la gestion comptable » trouve ses limites et provoque de réels risques pour la qualité des relations au travail quel que soit le poste que l’on occupe. Certes, comme le dit l’auteur, la violence en institution sociale comme on la retrouve dans de nombreuses institutions issues d’autres secteurs produit des effets dévastateurs chez les professionnels. Ils ne comprennent parfois plus le sens de leur mal être au travail.

Il y a là un processus de conscientisation à mettre en œuvre, celui-ci permet de mieux se positionner, de se protéger tout en élaborant des stratégies de résistance. Les collectifs de travail peuvent et doivent prendre en compte ces réalités qui font qu’une pratique de prévention coordonnée est nécessaire pour tout salarié, surtout lorsque qu’il revient au travail après un  arrêt. Prenons garde aussi aux injonctions paradoxales et tentons  de revenir à l’essentiel : l’écoute, la bienveillance et la bien traitance au-delà au-delà des mots, mais aussi dans les actes et les attitudes.

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Une réponse

  1. Merci pour cette présentation, je vais m’empresser de le lire car c’est un sujet qui me prend au corps et au cœur depuis mes premiers pas dans le travail social.

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