Didier Dubasque
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Pourquoi la convivialité est importante au travail ?

La convivialité est un terme souvent associé aux réunions de famille ou aux soirées entre amis. Cette pratique peut aussi prendre toute sa place dans le champ du travail. Mais qu’est-ce que la convivialité exactement ? Selon le dictionnaire Le Robert, la convivialité est définie comme « la qualité de quelqu’un de chaleureux, d’aimable, qui aime la vie en société ». D’après sa racine latine, le mot « convivialité » signifie « vivre avec l’autre » et En 1869, Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire, définissait la convivialité comme « le goût des réunions joyeuses et des festins ».

On touche ici à l’idée du bien-vivre ensemble. Autrement dit, la convivialité n’est pas ponctuelle et en aucun cas ne se décrète. Dans le contexte du travail social, cela peut se traduire par la création d’un environnement accueillant, inclusif et favorable à l’interaction entre un professionnel et la personne ou le groupe auprès de qui il intervient. Mais avant de parler de la convivialité avec les usagers des services sociaux, voyons d’abord ce qu’elle apporte au travail et auprès des collègues.

Qu’est-ce que signifie réellement d’être convivial au travail ?

La convivialité peut être définie comme « un comportement chaleureux, amical et ouvert envers les collègues et les parties prenantes de l’environnement professionnel ». Cela implique tout d’abord de savoir prêter attention aux autres et de faire preuve d’empathie. Les personnes conviviales sont celles qui écoutent activement leurs collègues, s’intéressent à leurs idées et à leurs préoccupations, et cherchent à comprendre leurs besoins. Une communication ouverte et respectueuse est également essentielle pour instaurer un climat de confiance et favoriser les échanges constructifs. Nous voyons là que ce sont des qualités que devraient avoir tout travailleur social qui a conscience que son propre comportement a un impact sur les autres.

La collaboration et l’esprit d’équipe sont d’autres aspects importants. Les personnes conviviales sont prêtes à partager leurs connaissances et leurs compétences. Elles soutiennent les efforts collectifs et aident leurs collègues lorsque cela est nécessaire. J’ai toujours été surpris par les pratiques de certain(e)s collègues qui font de la rétention d’informations au lieu de la partager. Ce n’est pas lié au secret professionnel, mais une façon d’agir « chacun pour soi » plutôt que tous pour les autres. Heureusement, l’esprit d’équipe est dominant dans le champ du travail social. Ce sont d’ailleurs souvent des temps de réunions où la convivialité autour d’un thé ou d’un café renforce l’entraide.

L’adaptabilité et l’ouverture d’esprit sont également des qualités importantes pour être convivial. Les personnes conviviales sont capables de s’adapter à différentes situations et de travailler avec des personnes aux profils et aux compétences variés. Là aussi, c’est une des caractéristiques des travailleurs sociaux qui doivent sans cesse s’adapter aux autres. Cela demande aussi d’être ouverts aux nouvelles idées et aux approches différentes. Il faut être prêts à apprendre et à évoluer. Or dans le champ du travail social, on peut dire sans hésiter qu’il est nécessaire de savoir s’adapter en permanence. Il faut pouvoir accepter les différents points de vue de même si certains peuvent nous heurter.

La prévention des conflits en est une autre caractéristique. Les personnes conviviales cherchent à résoudre les désaccords et les tensions de manière constructive et respectueuse, en favorisant le dialogue et la recherche de solutions mutuellement bénéfiques. Enfin, la création moments de socialisation tels les moments de détente et de partage entre collègues, que ce soit lors de pauses café, de déjeuners ou d’événements informels, permet de renforcer les liens et de créer un climat de travail agréable et épanouissant.

Quand les « happy-managers » prennent la main.

Je vous avoue mon grand scepticisme sur ce nouveau métier au sein de nombreuses entreprises. Depuis quelques années, nombre d’entre-elles déclarent accorder une attention croissante au bien-être de leurs employés.Elles ont fait appel au métier de « happy manager » ou « responsable du bonheur au travail ». Ce professionnel a pour mission d’améliorer la qualité de vie au travail, de renforcer la cohésion d’équipe et de favoriser un environnement de travail agréable et épanouissant. Bien que cette initiative puisse sembler louable, elle soulève  des questions et des critiques quant à son efficacité réelle et aux risques potentiels qu’elle peut engendrer.

Tout d’abord, je me demande si la création d’un poste dédié au bonheur des employés ne constitue pas une manière pour les entreprises de se déresponsabiliser de leur rôle fondamental. En effet,  la satisfaction et le bien-être au travail dépendent en grande partie de facteurs tels que la qualité du management, la reconnaissance, l’autonomie et les perspectives d’évolution. Ainsi, le recours à un happy manager permet souvent de masquer des problèmes structurels plus profonds.

De plus, le rôle du happy-manager est généralement être réduit à l’organisation d’événements festifs et de moments de détente, sans réellement s’attaquer aux causes sous-jacentes du mal-être au travail.Cette approche superficielle peut conduire à une « tyrannie de la positivité » qui nie les émotions négatives et les difficultés rencontrées par les salariés, et qui peut même entraîner un effet inverse à celui recherché.

Un autre risque est la possibilité d’une instrumentalisation du bien-être au travail au service de la performance et de la productivité. Cette tendance pourrait conduire à une pression accrue sur les employés pour qu’ils soient constamment heureux et épanouis, au détriment de leur santé mentale et de leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Enfin, il est important de souligner que le bien-être au travail ne peut être réduit à la seule responsabilité d’un happy manager. Il s’agit d’une démarche collective qui implique l’ensemble des acteurs de l’entreprise, depuis la direction jusqu’aux professionnels de terrain eux-mêmes.

En conclusion, si l’intention derrière la création de postes de « happy-managers » peut sembler louable, je me demande si dédier une telle fonction à un salarié n’est pas le symptôme d’une entreprise qui ne va pas très bien. En effet, la convivialité au travail ne se décrète pas. Il y a des conditions qui permettent qu’elle se développe ou qu’elle régresse.

La convivialité ne se décrète pas !

Les facteurs qui la favorisent sont interdépendants et impliquent l’ensemble des acteurs de lieu de travail. Or c’est bien là que le bât blesse. Beaucoup de structures ne mettent pas en œuvre une communication claire et respectueuse. C’est pourtant elle qui instaure un climat de confiance et favorise les échanges constructifs. Les salariés  doivent se sentir à l’aise pour exprimer leurs idées, leurs préoccupations et leurs besoins, sans crainte de jugement ou pire, de représailles.

Le management joue également un rôle important dans son développement. Les encadrements sont en première ligne sur ce sujet. Ils doivent adopter une attitude bienveillante, être à l’écoute de leurs équipes. Ils devraient permettre la participation de chacun dans la prise de décision. Or beaucoup trop de collègues se plaignent de leur encadrant lorsqu’il adopte le rôle du petit chef qui blâme ses subordonnés quand ils ne pensent pas comme eux. Heureusement, ce n’est pas toujours le cas. Il faut aussi savoir valoriser les réussites de chacun. Lorsqu’on se sent apprécié et reconnu pour son travail, on est plus susceptibles de s’engager et de contribuer à un environnement de travail épanouissant.

Et avec les usagers des services sociaux ?

Pascal Glémain, maitre de conférence à l’Université de Rennes, indique que la convivialité est souvent négligée dans le travail social. Cela serait en raison de l’accent mis sur les aspects techniques et organisationnels. Pourtant, elle joue un rôle essentiel dans la création de liens sociaux et dans l’amélioration du bien-être des usagers.

Elle se manifeste à travers des gestes simples, tels que le partage de repas, la discussion informelle et l’écoute attentive. Ces moments de convivialité favorisent la création d’un climat de confiance et de respect mutuel entre les travailleurs sociaux et les usagers, ce qui facilite l’accompagnement et le soutien aux personnes en difficulté.

Cet universitaire souligne également que la convivialité contribue à la construction de l’identité professionnelle des travailleurs sociaux. Elle leur permet de développer des compétences relationnelles et émotionnelles. De plus, la convivialité renforce la cohésion au sein des équipes et dynamise la collaboration entre les différents acteurs du travail social.

La convivialité dans les actions individuelles

Elle permet d’établir une relation de confiance entre le travailleur social et l’usager. Cette relation est une des pierres angulaires sur laquelle repose l’accompagnement social.  La convivialité à ne pas confondre avec la familiarité, facilite l’expression des besoins et des attentes de l’usager,  la mise en place d’actions adaptées et personnalisées.

Par exemple, dans un centre d’hébergement pour personnes sans-abri, un travailleur social qui prend le temps d’écouter et de discuter avec les résidents. Il se créé alors une atmosphère détendue qui contribue à instaurer un climat de confiance. Cela peut encourager les résidents à s’ouvrir sur leurs difficultés et à accepter l’aide proposée.

La Convivialité dans les actions collectives

Dans les actions collectives, la convivialité est tout aussi importante et reste très présente. Elle promeut la cohésion sociale et la solidarité entre les usagers. Les activités collectives, comme les ateliers de cuisine ou les sorties culturelles, contribuent à rompre l’isolement et à renforcer les liens sociaux.

Par exemple, dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, l’organisation d’un repas partagé peut devenir une occasion d’échanges pour les résidents de différentes cultures. Les  repas  permettent de valoriser les différentes cultures et de créer des liens. Ces moments de convivialité peuvent aider à réduire les tensions et à favoriser un vivre-ensemble harmonieux.

Des bénéfices pour les usagers

Cette convivialité contribue à améliorer leur bien-être de chacun, notamment les personnes qui vivent la solitude. Elle contribue à renforcer leur estime de soi et à soutenir leur pouvoir d’agir. Les usagers des services sociaux qui se sentent écoutés, respectés et valorisés sont plus susceptibles de s’engager activement dans leur parcours d’insertion sociale que ceux qui subissent des injonctions ou des pressions moralisatrices.

En conclusion et en deux mots, la convivialité est bien plus qu’un simple concept dans le travail social. C’est un outil puissant qui permet de créer des relations de confiance, de promouvoir la cohésion sociale et d’améliorer le bien-être des usagers. Il est donc essentiel que les travailleurs sociaux accordent une attention particulière à la création d’un environnement convivial dans leurs pratiques quotidiennes.

 


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