Didier Dubasque
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« Pour un travail social indiscipliné » / Ségur Social : une politique « hors sol »

« Pour un travail social indiscipliné » : les ressorts de l’insoumission

J’ai entendu grand bien de cet ouvrage de Jean-Louis Laville, sociologue et économiste, et d’Anne Salmon, philosophe et sociologue  (Tous les deux interviennent au CNAM). Marcel Jaeger dans la préface de cet essai indique que le travail social est « Le contraire d’un long fleuve tranquille, un champ de bataille, un monde désordonné ». On ne peut qu’être en accord avec la formule.

Ces 2 auteurs invitent les travailleurs sociaux à changer de paradigme :  Il ne s’agirait plus d’agir sur les publics, mais plutôt d’intervenir avec les publics. Ce qui est présenté comme une nouveauté ne me semble pas l’être vraiment, car cela fait déjà bien longtemps que des travailleurs sociaux ont fait le choix de l’alliance avec les personnes accompagnées (l’agir avec). Mais ils n’étaient pas pour autant majoritaires. Et cela n’était pas très bien vu de la part des institutions. « Il est évident que le travail social a toujours pris en compte la parole et l’action des «usagers». Ce qui est nouveau, c’est qu’il peut le revendiquer autant qu’il peut revendiquer l’expérimentation et le croisement des savoirs comme les sources légitimes de la connaissance spécifique qu’il produit » précise Anne Salmon dans un article publié sur ce sujet en 2021

Il s’agit aujourd’hui de promouvoir les savoirs d’expérience des publics dits « en difficulté » ou vulnérables. Or, expliquent les auteurs, si la science classique nous a appris à agir sur le monde, elle paraît démunie lorsqu’il s’agit d’agir avec. Il faut donc pouvoir consolider la recherche en science sociale sur ce sujet tant du point de vue historique que sociologique notamment.

Le journaliste du Monde   écrit dans son article que de nouvelles pratiques émergent. Plus largement, c’est la multiplication des expérimentations démocratiques au plus près du terrain qui est observée avec attention. Echanges en circuit court ou travail sur différentes formes de gratuité et sur les manières d’appréhender l’habitat collectif, par exemple, sont des initiatives qui témoignent d’une soif de projets participatifs, et auxquelles « l’intervention sociale peut se connecter ». De quoi permettre à cette même « action sociale [de] développer une nouvelle philosophie porteuse de changement et ne se limitant pas à la réparation ». (lire l’article du Monde)


Ségur, la saga de la fonction publique en colère

« En terme de politique hors-sol, la prime Ségur devient un cas d’école » nous explique Jérémie Rochas dans Lien Social. « Ce bonus censé calmer les esprits dans le secteur du social et du médico-social sert paradoxalement de détonateur aux colères qui couvaient. Mobilisés à l’échelle nationale, les agents de la fonction publique multiplient également les actions au niveau local ».

Depuis la publication du décret du 29 avril 2022 accordant la prime Ségur à certains agents de la filière socio-éducative des départements, plusieurs syndicats demandent la mise en application immédiate de la revalorisation. Ils regrettent une application laissée au bon vouloir de l’autorité territoriale qui listera les bénéficiaires « au regard des critères d’attribution qu’elle retient », comme le stipule le décret…

Le journaliste de Lien Social a recensé les mouvements de grève ou de protestations dans plusieurs départements. (Ardèche, Moselle, Côte-d’Armor, Pyrénées-Orientales, Aisne… ) Plusieurs présidents de conseils départementaux ont refusé d’attribuer la prime dans l’état actuel des choses. Cela n’est pas sans conséquences. Sans oublier le quotidien avec les postes vacants non remplacés, les arrêts de travail, la perte de sens, les démissions et l’exercice du droit de retrait dans certains services… (lire l’article de Lien Social)

Le tableau dressé dans le numéro spécial de Lien Social qui aborde la souffrance dans le travail social est éloquent. De multiples témoignages nous montre les méfaits d’un management guidé par la seule rigueur budgétaire. « il n’y a aucune fatalité » nous dit Jacques Trémintin qui a coordonné ce numéro. Ne cédons pas au désespoir et prenons notre avenir en main collectivement. (commander le numéro spécial de Lien Social « Souffrance dans le travail social • Plonger ou rebondir ?)

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser

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