Didier Dubasque
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Pour un comité de suivi du Livre Blanc du Travail Social

À regarder de près, force est de constater que les ministres qui ont réceptionné le livre blanc du travail social le 5 décembre dernier ne se sont pas engagés à grand-chose. L’intervention ce jour-là de la ministre des Solidarités, Aurore Bergé, a révélé une situation paradoxale. D’un côté, la ministre a reconnu explicitement les multiples difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels du travail social : conditions de travail dégradées, fragilisation économique, perte d’autonomie, management excessivement axé sur les chiffres, et une tendance accrue à la bureaucratisation. Ces constats, alignés sur ceux du Livre Blanc, mettent en lumière une réalité très préoccupante.

Cependant, malgré cette reconnaissance des problèmes, les actions concrètes et les décisions ministérielles ont complètement manqué de substance. La ministre avait évoqué la nécessité de revaloriser les salaires et appelé à la reprise des négociations autour de la convention collective unique étendue (CCUE), mais sans proposer de mesures immédiates. Cette approche révèle de sa part une acceptation passive des difficultés, sans engagement ferme pour des solutions immédiates.

Une situation portant clairement présentée par les représentants des salariés.

L’intervention de Céline Lembert, représentante de l’ANAS au HCTS avait pourtant clairement posé les enjeux. La co-animatrice du groupe de travail “Simplification pour que l’accompagnement redevienne le cœur de métier” avait mis l’accent sur deux préalables essentiels : la revalorisation salariale et une réflexion approfondie sur les ratios d’accompagnement. Ces deux mesures ne visent pas à quantifier l’accompagnement, mais plutôt à définir des approches et des spécialités en adéquation avec les besoins réels, en associant les personnes accompagnées. L’objectif est de reconnaître la diversité des professions du travail social et de les faire intervenir de manière complémentaire pour des accompagnements sur mesure.

Les recommandations de ce groupe autour de quatre dimensions étaient clairement posés :

  • la première a été la réaffirmation des fondamentaux du travail social, adaptés aux défis actuels, en promouvant des démarches proactives et collectives pour une action sociale plus préventive et inclusive.
  • La seconde dimension concernait la réorganisation du travail, en mettant l’accent sur l’évolution de la fonction managériale pour stimuler l’autonomie et la créativité des travailleurs sociaux.
  • Le troisième point visait à distinguer clairement l’accès aux droits de l’accompagnement social, en confiant l’accueil initial à du personnel administratif formé, tout en renforçant l’accueil inconditionnel et l’accès aux droits.
  • Enfin, le dernier point aborde les modes de financement des structures, en valorisant le temps humain et en assouplissant les logiques d’appel à projet.

 

L’originalité et la force du Livre Blanc réside aussi dans le fait qu’il a été majoritairement élaboré par celles et ceux qui sont directement impliqués dans le travail social.  Céline Lembert avait conclu son intervention en remerciant les membres du groupe, composé principalement de personnes accompagnées et de professionnels de terrain. Elle avait réaffirmé avec vigueur que la voix des acteurs du travail social, une voix longtemps négligée, pouvait être entendue pour façonner l’avenir du secteur.

Une inquiétude et un désappointement immédiat

Le jour même de la remise du livre blanc, les représentants des salariés et des associations professionnelles ont fait part de leurs inquiétudes à l’issue de la réunion. Malgré les discours engagés et les constats alarmants dressés par les professionnels lors des tables rondes, les annonces ministérielles leur sont vite apparues très insuffisantes, laissant peu de perspectives concrètes pour l’avenir du secteur.

La question des salaires, renvoyée à la convention collective unique, ainsi que la création d’une délégation interministérielle aux métiers du social, du médico-social et du soin, soulèvent des interrogations quant à leur efficacité réelle et leur mise en œuvre. L’annonce d’une réforme de la formation initiale et la création d’un Institut National du Travail Social, bien que prometteuses, restent floues en termes de calendrier et de contenu. Ces annonces, sans réponses concrètes, ne parviennent pas à apaiser les inquiétudes liées à la crise profonde que traverse le secteur : manque de professionnels, budget insuffisant, perte de sens…

« Donnons un avenir au livre Blanc »

Tous s’interrogent donc sur les suites qui seront données à ce Livre blanc et comment il sera porté. Il est donc important, comme l’a proposé le président du HCTS, qu’un comité de suivi se mette en œuvre rapidement et puisse permettre de traiter et répondre concrètement aux questions qui restent au cœur des préoccupations : « Comment retrouver de l’attractivité pour les métiers et les formations en travail social ? Comment décloisonner les formations avec la mise en place des passerelles entre l’Éducation nationale, santé et médico-social ? Quels financements des parcours, des métiers ? Ce comité doit voir le jour le 30 janvier prochain, date à laquelle le HCTS se réunira à Paris.

« Les ministres, tout en évoquant les valeurs de la République et l’importance du travail social, n’ont pas su apporter de réponses concrètes aux défis de maintien du lien social et de la cohésion sociale ». Si le terrain s’est largement exprimé autour de ses besoins, il a surtout renvoyé les membres du gouvernement à leurs responsabilités morales et politiques. Les travailleuses sociales ne pourront pas être tenues pour responsables des conséquences de leur immobilisme. Conclut le communiqué.

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photo : capture d’écran enregistrement IdéalCo

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