Didier Dubasque
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Pour des États Généraux de la Protection de l’Enfance en 2024 : l’appel de 24 départements sera-t-il suivi d’effets ?

Dans une lettre ouverte datée du 31 août dernier, 24 présidents de Départements ont adressé un appel pressant à Charlotte Caubel, la secrétaire d’État chargée de l’Enfance. Les présidents de ces collectivités sont inquiets face à cette crise qui dure au sein de la protection de l’enfance. Ils appellent à la mise en place d’états généraux. Cette lettre intervient alors que le gouvernement prépare un nouveau plan pour lutter contre les violences faites aux enfants.

Ces États Généraux de la Protection de l’Enfance ne seront utiles que s’ils sont suivis d’actions concrètes. Et l’on peut s’interroger sur la volonté réelle du gouvernement d’engager des moyens. Il y a toujours la possibilité que ces rencontres se transforment en exercices de formalisme, où beaucoup est dit, mais peu est accompli. L’histoire est parsemée d’exemples de conférences et de sommets qui n’ont abouti qu’à des déclarations d’intention sans suivi concret.

Un autre point de préoccupation est le financement. La lettre ouverte met en évidence le manque d’autonomie financière des départements pour mener à bien leurs missions. Les États Généraux devront aborder cette question épineuse, car sans un engagement financier solide de la part de l’État et d’autres parties prenantes, les meilleures intentions resteront lettre morte.

Malgré ces réserves, cet appel est salutaire. Ces États Généraux pourraient offrir une plateforme unique pour un dialogue ouvert et constructif entre les différents acteurs impliqués dans le secteur. Une diversité de points de vue est essentielle pour comprendre les multiples facettes de la crise actuelle et pour élaborer des solutions viables.

La situation est critique.

La lettre décrit un ensemble de préoccupations. Les lieux d’accueil d’urgence sont saturés, les professionnels travaillent dans des conditions dégradées, et les demandes de protection s’accumulent.

Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle a atteint un point de crise pendant la période estivale. Les problèmes structurels de cette politique publique sont mis en lumière, avec des conséquences désastreuses et irrémédiables pour les enfants et leurs familles.

Les Départements en première Ligne

Les Départements, en tant que collectivités chefs de file de la protection de l’enfance, ont augmenté considérablement leurs budgets dans ce domaine. Certains ont même vu leurs dépenses augmenter de près de 70% entre 2015 et 2023. Cependant, malgré ces efforts, les départements ne peuvent pas à eux seuls résoudre cette crise. La lettre souligne la nécessité d’une stratégie interministérielle ambitieuse pour répondre aux besoins des enfants.
Appel à l’Action

Les présidents de Départements appellent donc en toute logique à la mise en place d’un temps d’échange et de réflexion partagé avec tous les acteurs concernés. Cela comprend aussi les enfants et leurs familles, sans oublier les professionnels. L’objectif serait de sortir collectivement de cette crise en établissant une feuille de route engageante, assortie des moyens nécessaires pour sa mise en œuvre.

Un engagement historique de la gauche

Comment ne pas voir que cet appel est signé d’élus se situant tous politiquement à gauche  ? L’engagement en faveur de la protection sociale et des droits de l’homme est historiquement associé à la gauche politique. Cette orientation met l’accent sur l’égalité, la justice sociale et le bien-être collectif, des valeurs qui s’alignent presque « naturellement » avec les objectifs de la protection de l’enfance. Il n’est donc pas surprenant que cet appel soit initialement porté par des présidents de départements de gauche.

Cependant, il y a un risque que l’initiative soit perçue comme politisée, ce qui pourrait en limiter l’impact et l’acceptation par d’autres acteurs politiques, notamment ceux de droite ou du centre. Cette perception pourrait entraver la collaboration transpartisane nécessaire pour aborder un problème aussi complexe et urgent.

La protection de l’enfance est aussi avant tout un sujet humanitaire. Les difficultés auxquelles sont confrontés les enfants en danger devrait transcender les clivages politiques. Ainsi, bien que l’appel soit porté par des présidents de départements de gauche, son message et ses objectifs ont une portée qui dépasse les frontières politiques. Il serait quand même utile et nécessaire que cet appel soit relayé par des présidents de Départements ayant une autre couleur politique.

Des propositions concrètes

Quoi qu’il advienne, la lettre a du sens et propose plusieurs axes d’action. Tout d’abord, la protection de l’enfance doit prendre en compte le champ du sanitaire, du handicap et du scolaire. Ensuite, une action prioritaire doit être menée sur l’attractivité des métiers du lien et du travail social, qui connaissent une grave crise. On ne compte plus le nombre de travailleurs sociaux qui s’éloignent de ce secteur.

Enfin, il est urgent de revoir le financement de cette politique. Il est nécessaire de garantir des moyens financiers adaptés aux départements.

La lettre ouverte est un cri d’alarme

Elle est aussi un appel à l’action. Elle souligne l’urgence de la situation et la nécessité d’une action collective pour garantir la protection de tous les enfants dans notre pays. Ces États Généraux qui pourraient être programmés en 2024 apparaissent comme une étape nécessaire pour sortir de cette crise et honorer la devise de la République : égalité et fraternité.

Co-signée par 24 président.e.s de Départements, la lettre reste aussi un témoignage fort de l’engagement des collectivités locales dans ce domaine. Rien n’est pire que l’inaction et le laisser-faire.  C’est pourquoi  un appel à une action nationale coordonnée est toujours bon à prendre même s’il ne résoudra pas les questions urgentes qui se posent actuellement. En tout cas, la balle est désormais dans le camp de la secrétaire d’État chargée de l’Enfance et du gouvernement.

 

Les signataires sont les suivants :  Christine Téqui (Ariège) ; Hélène Sandragné (Aude) ; Philippe Bouty (Charente) ; Christian Coail (Cotes-d’Armor) ; Germinal Peiro (Dordogne) ; Sébastien Vincini (Haute-Garonne) ; Philippe Dupouy (Gers) ; Jean-Luc Gleyze (Gironde) ; Kléber Mesquida (Hérault) ; Jean-Luc Chenut (Ille-et-Vilaine) ; Xavier Fortinon (Landes) ; Michel Ménard (Loire-Atlantique) ; Sophie Borderie (Lot-et-Garonne) ; Sophie Pantel (Lozère) ; Chaynesse Khirouni (Meurthe-et-Moselle) ; Fabien Bazin (Nièvre) ; Jean-Claude Leroy (Pas-de-Calais) ; Bruno Bernard (Métropole de Lyon) ; Hermeline Malherbe (Pyrénées-Orientales) ; Dominique Versini (Paris) ; Christophe Ramond (Tarn) ; Michel Weill (Tarn et Garonne) ; Jean-Claude Leblois (Haute-Vienne) et Stéphane Troussel (Seine-Saint-Denis)


photo : Freepik

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