Didier Dubasque
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Des bibliothèques publiques réinventées : des refuges du savoir aux « havres de solidarité »

Les bibliothèques en tant qu’espaces publics sont perçues comme des lieux de liberté et de culture ouverts à tous, mais en réalité, elles sont souvent fréquentées très majoritairement par les classes dites « moyennes ». Elles ont depuis plusieurs années tenté de s’ouvrir plus largement en offrant notamment des espaces dédiés au numérique avec la présence de médiateurs qui aident les personnes à accéder aux différents services en ligne dont elles ont besoin. Cette approche est intéressante, car elle favorise le lien social, souvent intergénérationnel.

Historiquement, les bibliothèques ont été perçues comme des lieux de savoir, des sanctuaires du livre et de la lecture. Cependant, face aux évolutions sociales, leur rôle s’étend bien au-delà. Certaines sont devenues des espaces polyvalents où se conjuguent l’accès à l’information, la culture et même le soutien.

Elles ont appris à accueillir la petite enfance et les jeunes avec des animations spécifiquement centrées sur ces publics. Elles proposent des conférences sur divers sujets essentiellement axés autour de la littérature ou du rapport à la lecture. Peuvent-elles aller plus loin ? C’est-à-dire s’ouvrir plus largement aux personnes exclues qui sont accompagnées par les travailleurs sociaux ? Une expérience située en Angleterre nous montre une voie à suivre particulièrement intéressante.

La bibliothèque « espace d’accueil chaleureux »

Les bibliothèques de Manchester ont récemment transcendé leur rôle habituel pour devenir des refuges chaleureux et accueillants, particulièrement durant les mois d’hiver. Cette transformation, initiée par le Conseil municipal de la ville, s’inscrit dans le cadre du programme « Espaces d’accueil chaleureux », déployé dans 22 bibliothèques de la ville. L’objectif de cette initiative est de fournir un soutien et une assistance aux personnes éprouvant des difficultés durant la saison hivernale, une période souvent synonyme de précarité accrue. Et là ça change tout.

L’objectif de cette initiative est clair et humaniste : offrir soutien et assistance aux personnes en difficulté durant l’hiver. Les bibliothèques, deviennent des lieux où les services vont au-delà de l’accès aux livres. L’entrée gratuite, les boissons chaudes, l’accès au Wi-Fi et à Internet, ainsi que la disponibilité de cartes SIM avec des données et des journaux, sont autant de ressources offertes pour maintenir les habitants connectés et informés. Ces mesures, simples, mais efficaces, visent à combattre l’isolement et à fournir un refuge contre les rigueurs de l’hiver.

Une évolution portée par des élus

La conseillère Joanna Midgley, adjointe au maire de Manchester, souligne l’importance de cette initiative. Elle met en avant la lutte contre la pauvreté et l’isolement.  Son idée est que l’aide doit être accessible à tous. Ces « espaces chaleureux » ne sont pas seulement des lieux de confort physique ; ils incarnent le soutien et la solidarité de la communauté.

Les bibliothèques de la ville se réinventent. Elles sont en train de devenir, au-delà leurs missions initiales, des centres d’aide et de réconfort, créant un environnement dans lequel les personnes peuvent non seulement échapper au froid, mais aussi trouver les ressources nécessaires pour faire face à ce que l’on nomme pudiquement les « défis de la vie ».

Pourrions-nous importer ce modèle ?

Bien évidemment, il est prévu que des travailleurs sociaux puissent intervenir sur place, mais de façon discrète. Pourquoi ? Parce que les bibliothèques bénéficient d’une belle image sans connotation particulière, contrairement aux lieux où exercent les travailleurs sociaux. Elles ne sont pas perçues de la même manière que les centres médico-sociaux, identifiés comme des espaces pour les gens « à problème ou avec des problèmes ».

L’expérience de Manchester pourrait nous inspirer. Il s’agit bien de rendre service à la population dans sa diversité. Lors de l’hiver 2022, des dizaines de milliers de résidents de la ville avaient trouvé refuge dans les bibliothèques, appréciant l’atmosphère chaleureuse et sans jugement qui y règne. C’est pourquoi la municipalité a décidé d’étendre cette expérience qui relie la culture et le social.

Ce type d’initiative rencontrerait très certainement des résistances en France. Nombreux sont ceux qui ne voudraient pas « être dérangés » par des personnes qui ne respectent pas suffisamment les règles de bienséance dans de tels lieux. Le silence et la quiétude qui règnent ne sont, semble-t-il, pas perturbés dans les bibliothèques de Manchester. Alors pourquoi ne pas tenter l’expérience ici ?

Peut-être même que des expériences de ce type existent à bas bruit dans certaines villes ? Déjà à Paris, une enquête menée sur les usagers de la Bibliothèque de Beaubourg montre les usages multiples de ce lieu pour les divers naufragés de la société : lieu de vie, de répit et de sociabilité, au moins autant que de lecture et de documentation.

Si vous avez des connaissances de bibliothèques avec des initiatives de ce type, n’hésitez pas à les signaler dans les commentaires en bas de cet article. Cela sera utile pour l’ensemble des lecteurs. Merci à vous.

 


 

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Photo : Freepik

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Une réponse

  1. Bonjour, Je viens de lire cet intéressant article au sujet des bibliothèques. Je ne suis pas trop d’accord avec l’angle abordé. L’article semble laisse entendre que seule la BPI est ouverte à tout public. La plupart des bibliothèques sont ouvertes à toutes et tous sans restriction. Souvent elles accueillent des classes d’enfants, interviennent dans les écoles sous la forme d’heures du conte…..

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