Peut-on changer la dénomination « assistant de service social » par un autre terme plus "moderne" ?

Faut-il changer le mot définissant la profession « assistante sociale » par un autre plus « moderne » ? C’est la question qui m’a été posé par une conseillère technique d’un Département dont je tairais le nom. Son Directeur Général trouve que, vraiment, ce terme est désuet. Il ne lui plaît pas. Il estime que cette dénomination « assistante sociale » renvoie à des représentations que lui-même considère comme négatives et peu attrayantes. Cette question qui m’a un peu heurté, m’a conduit à réfléchir et à écrire sur ce sujet…

Être « assistant de service social » c’est exercer une profession (un métier pour le ministère). C’est une profession réglementée. Une certification est nécessaire pour porter ce titre. Une personne qui se fait appeler « assistante sociale » sans avoir le diplôme d’État peut être poursuivie en justice. C’est l’article 443-17 du code pénal qui le préciseCette profession est « généraliste ». Cela veut dire que les assistants sociaux assurent de multiples missions et fonctions. A ce titre, ils sont parfois nommés par d’autres termes liés à la mission spécifique qu’ils assurent ( évaluateur, conseiller, etc. ). Mais cela a des conséquences : Un employeur peut éventuellement utiliser le terme qu’il souhaite comme l’a fait il y a quelques années la Caisse d’Allocations Familiale de Loire Atlantique qui a renommé les assistantes sociales  de ses unités en coordonnatrices sociales en leur précisant que, n’étant plus présentées devant le public comme assistantes sociales elles n’étaient plus soumises au secret professionnel. Il leur était alors demandé de transmettre des informations sur les allocataires indélicats dès lors qu’elles avaient connaissance de situations administratives frauduleuses.
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Dans la fonction publique l’obtention d’un diplôme d’État est nécessaire pour exercer certaines missions. C’est réglementaire dans les collectivités territoriales et les grandes institutions telles les CAF, les organismes de sécurité sociale…  Cela n’est pas par hasard. Le législateur a souhaité éviter que les personnes aidées professionnellement le soient  par des intervenants n’ayant pas suivi de formations ni obtenu tel ou tel diplôme. C’est un peu comme dans le domaine médical : les diagnostics de soins sont posés par des médecins diplômés et non des apprentis adeptes de « bobologie« .
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Si le terme « assistante sociale » parait désuet , il reste  très ancré dans la population. Cacher un terme désignant une profession en le dénommant différemment peut être perçu comme une façon de « tromper » les personnes aidées. En effet contrairement à des idées reçues une majorité des personnes qui font appel à elles  savent ce qu’est une assistante sociale en terme de pratiques et de connaissances sur des sujets qui les concernent.  Mais bon, sur ce sujet, certains esprits chagrins peuvent sans peine écrire le contraire.
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Cette volonté de vouloir proposer un autre terme que celui d’assistante sociale a une autre signification : celle du refus de considérer que les plus fragiles de la société ont besoin d’être soutenus ou assistés. « être assisté » est devenu quelque chose de négatif voire de péjoratif. Or pourtant  un assistant parlementaire et un assistant de direction sont des métiers qui ne posent aucune difficulté de langage. Il sont valorisés. Pourtant ils « assistent » des personnes, mais pas n’importe qui.  Assister un député, ou un directeur est valorisant. Par contre assister une personne pauvre, fragile et démunie est dans l’esprit du public  négatif au point qu’il faille éviter de le faire. il faudrait donc réinventer un autre terme que celui d’assistante. C’est un signe des temps actuels. Derrière le mot c’est la fonction et vers qui l’assistance  est engagée qui sont pointés du doigt.
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Pour autant, à l’opposé, on pourrait comprendre qu’au regard des multiples tâches et domaines d’interventions des assistants sociaux ce terme soit considéré comme insuffisamment valorisant au point de vouloir en trouver un autre. « Conseiller social » serait mieux ? Certains ont fait le choix de nommer les professionnels par leur grade « assistant socio-éducatif »  qui reste très proche. Conseiller social ou conseiller socio-éducatif reste lié à l’encadrement.  Bref ce n’est pas tout de vouloir changer un terme, encore faut-il en trouver un autre plus attractif et compréhensible et le faire valider officiellement. Est-ce vraiment une priorité ? Ne faudrait-il pas plutôt travailler sur la revalorisation du terme et de la profession en déconstruisant ses représentations ?
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Il est vrai par contre que du coté du grand public, aller voir une assistante sociale est souvent perçu comme être incapable de se prendre en charge avec tout ce qu’il peut y avoir de péjoratif (être incapable).  Mais supprimer le terme permet-il de supprimer la fonction et surtout la pratique et le secret professionnel qui vont avec ? Ce n’est sans doute pas un hasard si la question est posé.
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Au final, la question posée par ce directeur qui n’apprécie pas le terme « assistante sociale » est loin d’être anodine. En étant optimiste elle peut se comprendre aussi comme un souhait de sa part de reconnaître et valoriser des pratiques professionnelles mises en œuvre dans des missions spécifiques.
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D’où l’intérêt de continuer cette réflexion et de ne rien lâcher sur ce sujet !…

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Une réponse

  1. Il faudrait aussi rappeler que depuis un congrès de la FITS (en 2000 je crois) dans le monde entier notre profession s’appelle « travailleur social » reprenant la traduction du terme Social worker en anglais… Mais cela semble bien incompatible avec les modalités de structuration en France. En Espagne, les éducateurs spécialisés ont une carrière en soi issue de la pédagogie et non du travail social, les Conseillères et autres n’existent pas en tant que titres nationaux.

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