Faut-il le rappeler ? Le montant du RSA ne permet pas de vivre décemment

« La pauvreté, comme les feuilles mortes… Les rapports se ramassent à la pelle » nous explique Yves Faucoup qui a publié récemment un  article qui reprend des éléments de 2 rapports intéressants : celui du Secours Catholique, et celui de la fondation Abbé Pierre. Il fait aussi référence aux travaux de Philippe Warin sur le non recours aux droits. Son article  documenté mérite que l’on s’y arrête. En voici quelques aspects qui paraissent essentiels.

Dans son rapport, le Secours catholique indique que 8 millions de personnes font appel à l’aide alimentaire (effet de la crise sanitaire, les autres années ce chiffre s’établissait à 5,5 millions), ce qui correspond à 12 % de la population.

Le rapport précise : c’est 8 fois plus que dans les années 80 (années où sont apparus les Restos du cœur). L’association entre dans le détail des chiffres et ils donnent la mesure de ce que vivent les personnes les plus exclues. Le Secours Catholique a travaillé sur des données relevées auprès d’un échantillon de 3000 personnes parmi les publics aidés (1,4 million).

Un « reste à vivre » bien faible

Les restes à vivre des ménages aidés par le Secours Catholique sont de l’ordre de 2 à 9 euros par UC (unité de consommation). Ce vilain terme « Unité de Consommation » n’est pas une personne, (ce serait trop simple) non il en faut plusieurs dans une famille pour en comptabiliser un : 1 UC pour le premier adulte du ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus, 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Ainsi une femme seule avec 2 enfants en bas âge correspond à 1,6 unité de consommation alors qu’il y a 3 personnes.  Les restes à vivre sont donc inférieurs à ce que l’on peut penser. C’est un détail ? Pas vraiment quand on sait combien d’euros par jour une famille pauvre dispose pour se nourrir et payer ses charges fixes sans s’endetter.

Yves Faucoup qui a lu en détail le rapport précise que un quart des personnes aidées par le Secours Catholique dispose d’un budget sous la barre des 4 euros par jour par UC, alors que 7 euros seraient absolument nécessaires pour vivre.  23 % des personnes aidées n’ont strictement aucune ressource. Le niveau de vie médian de tous les ménages reçus par le Secours Catholique s’établit à 537 € (soit un niveau inférieur de 5 € par rapport à 2018).

Faut-il encore le rappeler ? Le montant du RSA ne permet pas de vivre décemment

Pour mémoire, le RSA  se situe pour une personne seule à 497 € soit à la moitié du seuil de pauvreté (auxquels il faut ajouter une allocation logement d’environ 270 €). Son montant qui évolue en fonction des (faibles) revenus des ménages est bien loin de ce que laissent penser ceux qui pourfendent « l’assistanat ». La plupart des organismes sérieux (pas seulement caritatifs) attestent du fait que le revenu minimum (RSA) ne permet pas de vivre décemment. Celles et ceux qui connaissent ce sujet notamment les travailleurs sociaux estiment que son montant doit être relevé.

Yves Faucoup insiste sur ce sujet « il est urgent que tous les syndicats, les partis politiques, les associations, convaincus de la nécessité de revaloriser le montant du RSA, se mobilisent sur ce seul objectif ». écrit-il. Il rappelle à cette occasion ce qui est écrit dans le préambule de la  Constitution du 27 octobre 1946 en ligne sur le site de l’Elysée : « tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler, a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence ».  Le texte précise aussi que la Nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.

Il est donc logique de préconiser un revenu minimum à environ 900 euros (comme le montant de l’allocation d’adulte handicapé, AAH, ou du minimum vieillesse, ASPA). Le Secours Catholique fixe ce montant à 893 euros, l’Observatoire des inégalités le propose à un niveau presque équivalent (860 euros).

J’ajouterai qu’il est important que les services sociaux fassent connaître la réalité actuelle de la pauvreté économique en donnant à voir les budgets réels des ménages qui font appel à eux. Pourquoi ? Tout simplement parce que à l’heure des fausses informations diffusées en ligne, il est nécessaire de rappeler la réalité. Ne serait-ce que par souci de justice à un moment où de nombreuses familles font face à des pertes conséquentes de revenus.

De nombreux demandeurs d’emplois qui ne sont plus indemnisés découvrent avec effarement ce qui  leur reste pour vivre dès lors qu’ils « tombent » dans le RSA. Celui-ci est présenté comme un filet de sécurité. Pourtant tout au contraire, ceux qui découvrent qu’ils vont vivre avec cette allocation prennent conscience de l’insécurité dans laquelle ils vont se trouver.

Comparaison n’est pas raison

L’Allemagne est souvent citée en exemple pour expliquer que la France est plus généreuse en matière de minima sociaux. Mais c’est inexact dès lors que plusieurs personnes fondent le foyer. Certes, le revenu d’insertion instauré par la loi Hartz IV n’est que de 416 € mensuels pour une personne seule mais il peut être versé à plusieurs personnes d’un même foyer, en particulier aux enfants. Et dès l’âge de 15 ans, tout Allemand vivant seul peut prétendre à une allocation de 316 €. Pour autant, la pauvreté est bien là outre Rhin :  le rapport Sirugue (2016) indique que le taux de pauvreté en Allemagne est passé de 12,2% de la population en 2005 à 16,7% en 2014. Reste qu’en Allemagne, le taux de chômage était de 6,3%… Preuve s’il en est que l’activité économique ne suffit pas à endiguer la pauvreté économique.

Les jeunes ces « oubliés de la République »

Contrairement à la France, la majorité des États de l’Union Européenne ouvrent leurs minima sociaux aux jeunes. Au Danemark, en Finlande ou aux Pays-Bas, le jeune n’a même pas besoin de ne plus vivre chez ses parents pour être aidé…. Ces revenus peuvent atteindre 850 ou 900 € par mois en Belgique et au Danemark. Là aussi notre pays se distingue par son manque de reconnaissance des besoins essentiels pour vivre « quel que soit son âge » c’est à dire entre 16 et 25 ans.

Il y a là une grande injustice qu’il faudra un jour réparer.  Malheureusement, il faut bien le reconnaître, pour le moment, nous n’en prenons pas le chemin.

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