Pauvre consultation sur la pauvreté !

Un article du blog le monolecte particulièrement rafraîchissant et décapant nous parle de la consultation nationale pour la prévention et la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes (au passage on se demande ce que sont devenus leurs parents : seraient-ils pauvres aussi ? Cette pauvreté est-elle digne d’intérêt ?).  Cette consultation a quand même de multiples avantages : elle est citoyenne, et pose des questions ouvertes. Je ne vois pas comment celles et ceux qui vont la dépouiller vont faire pour s’en sortir et réaliser une synthèse représentative des réponses. En tout cas j’ai répondu aux questions posées et je vous invite à le faire. Attention cela prend du temps. Certain(e)s d’entre-vous risquent d’abandonner en chemin. Ce n’est pas un sondage où l’on répond par oui ou non. Réservez vous une petite heure ou une grande demi-heure pour cela.

Le deuxième intérêt de cette consultation est qu’elle nous conduit à nous interroger sur les sources de la pauvreté. Ce qui nous donne par exemple cet article du monolecte que j’ai envie de commenter et de vous faire partager…

L’auteur du blog  nous rappelle une réalité  qui expliquerait pour une grande part l’origine de la pauvreté : « Les plus riches ont accaparé 82% de la richesse mondiale créée en 2017 »  pour faire simple « 50% de la population mondiale, n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale l’an dernier, alors que le 1% le plus riche en a empoché 82% ». Au passage Oxfam nous précise que «Dans le monde entier, les femmes gagnent moins que les hommes et elles sont surreprésentées dans les emplois les moins bien payés et les plus précaires». Tiens, c’est peut être pour cela aussi que les femmes sont si nombreuses à fréquenter les services sociaux quand il y en a, non ?

Démagogie diront certains, je répondrai triste réalité. Que penser de cette théorie du ruissellement qui fait couler beaucoup d’encre et laisse supposer que plus les riches s’enrichissent, plus les pauvres en profitent ? Cette théorie existe mais nous n’avions pas compris dans quel sens elle fonctionne. Nous pensions que  la croissance permettait de financer la solidarité nationale, voilà qu’on s’aperçoit bêtement que la croissance renforce les inégalités et nourrit toujours les mêmes : les plus riches. Cette logique implacable nous est présentée par le monolecte : « Les deux choses sont inséparables. John Ruskin affirme que si les ressources étaient réparties équitablement, il n’y aurait ni pauvres ni riches. Aussi, enrichir quelqu’un n’est possible qu’en en rendant pauvre un autre. Et pour enrichir énormément quelqu’un il convient d’appauvrir toute une population. La pauvreté est l’envers de l’argent, l’autre face de la pièce ».

Pourtant si vous jouez au Monoply, vous  savez bien qu’en débutant avec la même somme que vous pouvez être soit ruiné soit devenir un propriétaire qui possède les plus belles avenues de Paris en touchant au passage de confortables revenus. Le plus gros mange le plus petit. C’est inéluctable. Riche ou pauvre, vous pouvez passer par la case prison (mais pas longtemps et moins souvent si vous êtes riche, faut pas exagérer).

Avec les dés, la pauvreté serait donc la faute à « pas de chance ».  C’est pratique, le destin. L’enrichissement n’aurait rien à voir avec la morale, ni avec le respect de la loi, ni avec ce que l’on fait subir aux autres.  Je m’égare, veuillez m’en excuser.  Et puis des sociologues de renom nous ont expliqué depuis fort longtemps que le self made men n’existe pas ou du moins reste exceptionnel. C’est un mythe fortement porté par le cinéma américain. Ceux qui  profitent vraiment sont fort justement appelés les héritiers.

Je doute encore un peu de cette théorie qui oppose riches et pauvres aussi par crainte d’être considéré comme un dangereux marxiste, vous savez, ce truc qui a existé par le passé, dans une époque très lointaine lorsque les ouvriers harassés de fatigue espéraient des jours meilleurs. « ça existe encore » me dites-vous ? le marxisme ?  ah non, vous parlez des salariés harassés de fatigue qui espèrent des jours meilleurs. Ils craignent pour  l’avenir de leurs enfants et certains ont peur des étrangers, mais ça c’est une autre histoire. Et puis nous avons eu depuis la consommation de masse qui profite au plus grand nombre. Cette consommation provoque  beaucoup d’endettement.

Ce qui me parait manquer dans cette opposition pauvres et riches est  ce que l’on appelle les « classes moyennes ». Nous avons tous ou presque le sentiment de faire partie de ce  « noyau intermédiaire de 50 % de la population, située entre les catégories populaires (les 30 % les moins aisés) et riches (les 20 % les plus aisés). Les personnes et familles des classes moyennes fortement endettées par des crédits (sur 25 ans souvent) sont-elles si moyennes que cela économiquement parlant ?

La théorie relative de la monnaie nous explique que la répartition de la masse monétaire est créée et distribuée sous forme de dette par l’intermédiaire du système bancaire. Celui-ci répond à la demande de monnaie des particuliers en leur prêtant bien plus de monnaie qu’elles ne détiennent elles-mêmes contre un intérêt supérieur à celui qu’elles-mêmes doivent supporter. Au bout de la chaîne, les riches qui maîtrisent les processus d’endettement et font de formidables affaires et de l’autre celles et ceux qui triment en remboursant souvent péniblement  leur dettes majorées d’intérêts. Les taux d’intérêt sont bas ? Vite endettons-nous, nous faisons une affaire ! oui si on est déjà riche bien évidemment, quant aux autres, une dette reste une dette qu’il faut rembourser avec ce que l’on a.

Nous ne parlons pas là de ceux qui sont « hors jeu » et qui ne peuvent pas emprunter. Pour eux : les miettes. Il n’est pas question de leur octroyer plus que de quoi survivre dans nos pays civilisés. Ils sont stigmatisés, vous le savez bien, ils ne veulent rien faire ! L’Etat nourricier mais de moins en moins providentiel leur demande de trouver du travail et certains élus les rendent responsables de leur propre malheur. Quand ils trouvent du travail, ils constatent que c’est à temps partiel et que c’est mal payé au point que les frais engagés ne leur apporte rien de plus ou presque sauf une chose quand même importante : leur dignité.  Ce n’est pas rien direz vous et vous avez raison.

Nous allons en rester là pour combien de temps ? Là aussi c’est une question à se poser. Et je vous prie de m’excuser si mon mauvais esprit vous irrite. Voyez-vous, des fois ça sort comme ça, comme un trop plein que l’on ne maîtrise pas. Mon ami Saül expliquerait bien tout ça (c’est un gros bazar entre mon idéologie et mon inconscient). En tout cas allez vite lire le blog du monolecte, en voilà un qui est décapant.

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Une réponse

  1. En pleine forme aujourd’hui Didier! Cela fait du bien de te lire. Sur le sujet que tu traites, j’ajouterai simplement l’idée du lien que nous avons à faire entre la manière dont se structurent les inégalités de revenu, de patrimoine, de santé, de capital scolaire, social et culturel, de qualification, etc et les effets qu’elles produisent. En situation d’inégalité forte ou extrême les personnes se trouvent dans la précarité qui fonctionne comme un processus: un seul évènement (divorce, pb de santé, licenciement par exemple) suffit pour que la précarité fonctionne comme un processus descendant, une spirale qui conduit à la pauvreté. La pauvreté elle est un état dont on ne peut sortir qu’en agissant sur l’ensemble des items qui structurent les inégalités. Voila un élément explicatif du ruissellement de l’enrichissement des plus inégaux vers les plus puissants et riches. Bonne journée et garde ta belle humeur combative!

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