« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux » ! (autant que pour les aides aux entreprises ou presque)

Le président de la République n’y va pas par 4 chemins quand il veut faire passer un message : « On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. » Cette façon de parler, de transmettre ce message via le compte twitter de  la conseillère presse et communication de l’Elysée est assez dérangeant et pour tout dire assez « populiste ».  C’est un effet « à la Sarkozy ».  il n’y a aucun doute : c’est une communication délibérée de l’Elysée, qui avait envie de faire passer un message. Il y a de quoi sérieusement s’interroger.

1. Les aides sociales : mais de quelles aides parle Emmanuel Macron ? Ce sont les minima sociaux puisque sa phrase exacte est « on met un pognon de dingue dans les minima sociaux ». Le président parle donc du  RSA, de l’allocation adulte handicapé, du minimum vieillesse, de tous ces minimas sociaux régis par la loi.  Pourtant leurs montants sont unanimement reconnus comme insuffisants pour vivre décemment notamment dans les grandes agglomérations.  Selon la plus récente étude de la DRESS le RSA (revenu de solidarité active)  concerne 1,9 million d’allocataires et concentrent les dépenses les plus importantes avec 10,9 milliards d’euros par an. Viennent ensuite l’allocation adultes handicapés 8,8 milliards, l’allocation de solidarité spécifique (2,7 milliards), le minimum vieillesse (2,5 milliards)…  En tout un total de 4 millions cent quarante neuf mille personnes « coûtent »  25 milliards 645 millions d’euros.

minima sociaux dress

2. On met trop de pognon : le message est clair pour le président. Il sait pourtant que le CICE, ce crédit d’Impôts aux entreprises, provoquera en 2018 un manque à gagner pour l’Etat de 21 milliards.  Mais apparemment ce n’est pas là que l’on met « trop de pognon ». De nombreuses entreprises peuvent s’en passer ce qui n’est pas le cas pour toute personne qui vit avec un minima social. Malgré les dénégations de la ministre des solidarités, le Canard enchaîné de cette semaine confirme le montant qu’il avait annoncé de 7 milliards d’économie imposés par Bercy et le premier ministre. Mais bien évidemment précise le canard, ce chiffre ne devait surtout pas être rendu public. D’où un certain agacement pour ne pas dire plus de la part de l’exécutif qui « met le turbo » pour que sa décision soit acceptée.

3. « On déresponsabilise »  : Cette réaction ne permet pas de désigner un coupable. Le « on » c’est tout le monde et soi en premier. Mais cela en dit long sur ce concept de responsabilisation.  Être responsable c’est dire « je » et assumer ce que l’on dit. Le « on » est impersonnel, c’est nous, c’est les autres, c’est tout le monde et personne. On ne sait pas trop. Ceux qui perçoivent les aides sociales ont, dans ce propos, été déresponsabilisées. Cela signifie qu’ils ont été responsables à un moment puis  ce « on » a agit pour qu’ils ne le deviennent plus. Quand on connait la législation sur le RSA qui  est particulièrement contraignante pour les allocataires dès lors que les Départements font leur travail et appliquent la loi, on ne peut que s’interroger sur les moyens de contraintes qui seront engagés pour re-responsabiliser  celles et ceux qui ne le sont plus tout simplement parce qu’ils perçoivent des aides sociales depuis trop longtemps. Cela laisse craindre de futures fortes dégressivités.

4. « On est dans le curatif »  : Tout à fait, les personnes qui perçoivent les aides sociales que nous appelons minima sociaux ont tout juste de quoi vivre. Nous sommes bien loin du confort. Les dettes de certains s’accumulent et les travailleurs sociaux qui manient leurs calculettes le font sur des sommes à faire pleurer. Des services de curatelles, des conseillères de la CAF refusent désormais de « gérer » certaines situations car celles-ci sont  économiquement intenables. Ces professionnels constatent que malgré les efforts des personnes le budget ne pourra pas être équilibré. Comment ne pas être dans le curatif avec si peu de revenu ? Rappelons que ces minimas sociaux ne peuvent pas se cumuler à d’autres (sauf pour la reprise d’un emploi à titre d’un encouragement). La prévention est bien sûr nécessaire mais il faudrait s’entendre aussi derrière ce terme qui ne doit pas être le faux nez à de nouvelles mesures de restriction. La prévention, la vraie, a un coût. Elle coûte cher et, en période de restrictions budgétaires les actions de prévention   sont supprimées en priorité.

Quant à répondre à la proposition du président de la République « sortir les gens de la pauvreté en les responsabilisant », pour ma part je crains le pire avec cette formule qui nous renvoie à de vilaines heures où les pauvres étaient considérés comme responsables de leur situation.

Faut-il croire au démenti du Premier ministre qui ne veut pas d’une « baisse des aides sociales individuelles » ? Il a aussi déclaré vouloir lancer un audit du système afin de passer à une logique où « on accompagne les personnes et où on investit dans leurs compétences pour qu’ils retrouvent une activité ou un emploi ».  Encore faut-il qu’il existe des emplois disponibles au regard du nombre de ceux qui en cherchent. Et là nous sommes très loin du compte.

au risque de me répéter :

Les statistiques de Pôle Emploi font apparaître que 203.000 postes n’ont pas été pourvus en 2017, faute de candidats. La moitié de ces postes étaient des CDD de moins de six mois. Il faut comptabiliser entre 110 000 à 181 000 offres non pourvues faute de candidats pour des emplois durables de plus de 6 mois. Pôle Emploi ne gère que 40% des offres environ. Cela permet de considérer que la fourchette la plus honnête à retenir, est dans le meilleur des cas de 400.000 offres d’emplois non pourvues chaque année en France, faute de candidats. La moitié  concerne des CDI.  C’est beaucoup certes mais c’est à comparer avec le nombre de demandeurs d’emplois.

Nous avons donc d’un coté  400.000 offres d’emploi non pourvues en France contre 5.621.000 personnes qui sont en recherche d’emploi et sont pour cela inscrites à Pôle Emploi. Faites la différence. C’est bien l’activité qui manque et non des chômeurs  qui ne souhaitent pas aller travailler d’autant qu’au final, ce ne sont pas eux qui décident ou non d’être embauchés.

photo : issue du compte twitter de Sibeth Ndiaye

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