Didier Dubasque
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Nouveau gouvernement : quels changements pour le travail social ?

Le nouveau gouvernement de la première ministre Elisabeth Borne révèle quelques changements qu’il convient de noter. Voici un tour d’horizon de cette nouvelle organisation des pouvoirs de l’État qui concerne le travail social.

Même si les médias en ont peu et même pas parlé, c’est Brigitte Bourguignon qui a remplacé Olivier Véran ancien ministre des Solidarités et de la Santé. Mais au passage, l’intitulé de son poste a, lui aussi, a changé. La Solidarité n’est plus placée avec le ministère de la Santé. L’ancienne présidente du Haut Conseil du Travail Social, qui a été à l’initiative de sa création, n’en n’aura pas la responsabilité alors qu’elle connait bien notre secteur. Elle a été nommée ministre de la Santé et de la Prévention.  La crise sanitaire étant passée par là, Brigitte Bourguignon aura déjà fort à faire avec notamment le manque de moyens humain et financier dans les hôpitaux qui sera sans doute son chantier prioritaire.

La Solidarité est devenue dans ce gouvernement un ministère de plein exercice et c’est Damien Abad transfuge de l’opposition de droite (LR) qui a hérité de cette mission. L’intitulé de son poste est ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Les 3 sujets sont importants mais, il y a fort à parier que c’est surtout la question de la réforme de l’Autonomie qui mobilisera le nouveau ministre s’il en a le temps et reste en poste après les élections législatives. Lui-même personne handicapée, il aura aussi à cœur d’agir pour améliorer le sort des 12 millions de personnes qui dans le pays sont touchées par un handicap.

Un travail social toujours autant éclaté

Si la Solidarité est désormais un ministère à part entière, les champs d’intervention du travail social sont toujours éclatés. On imagine mal comment il pourrait en être autrement au regard des multiples domaines d’intervention des travailleurs sociaux. Ainsi, l’insertion fait partie des attributions du ministre du Travail, du « Plein » emploi piloté par Olivier Dussopt. Les politiques liées à l’Enfance sont placées directement sous l’autorité de la première ministre via Charlotte Caubel qui a été nommée secrétaire d’État. Le droit des femmes a son ministère délégué rattaché à la première ministre. Il est intitulé « ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances ». Piloté par Isabelle Lonvis-Rome, il englobe ainsi d’autres missions telles celle de la lutte contre les discriminations.

Ceux qui sont « hors les radars »

Curieusement, il n’y a pas de ministère du Logement, alors que l’on sait combien une politique dans ce domaine est nécessaire. Est-ce un oubli ou les compétences sont-elles déléguées à un autre ministère ? Mystère.

Il n’y a plus non plus de secrétaire d’État en charge du numérique alors que se déploient sur le territoire les conseillers numériques, notamment ceux qui interviennent dans les maisons France-Service. Pourtant, 30% de la population annonce avoir renoncé à engager une démarche en ligne, cette question pourrait relever des compétences de Bruno Lemaire en charge de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. L’inclusion numérique, ne sera sans doute pas sa priorité.

Des nominations qui interrogent

C’est Damien Abad qui est sur le devant de la scène. Médiapart a révélé que l’ancien patron des députés LR, a été nommé ministre des solidarités en dépit d’un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont le site en ligne a recueilli les témoignages, l’accusent de viol, en 2010 et 2011. Il conteste vigoureusement les faits. Dans une réponse écrite à Mediapart, le nouveau ministre « affirme avec force que les relations sexuelles qu’[il a] pu avoir ont toujours reposé sur le principe du consentement mutuel ». Mais évidemment cela crée une forte tension au moment même de cette nomination, car tous les médias ou presque ont repris cette information.

Il y a aussi un autre aspect qui interroge : les propos en 2021 de Charlotte Caubel nommée secrétaire d’État chargée de l’Enfance dans le gouvernement, succédant à Adrien Taquet. Le 8 septembre 2021, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, elle explique que « le ministère de l’Intérieur a raison d’être vigilant sur l’appel d’air que constitue notre dispositif de protection de l’enfance, à la fois dans une logique de flux, mais surtout parce qu’il faut mesurer le parcours migratoire de ces enfants, qui sont envoyés parce qu’on sait que l’Europe protège les enfants » . Ce qui fait dire au Figaro que « la générosité de l’accueil des mineurs étrangers génère un «appel d’air».

Face aux protestations des parlementaires l’auditionnant, elle précisera toutefois sa pensée sur la prise en charge des mineurs non accompagnés. Selon elle, l’enjeu est « que des majeurs ne bénéficient pas de cette protection, sauf à noyer nos dispositifs ». Elle ajoute que faire cohabiter majeurs et mineurs dans des lieux d’hébergement « est problématique ». Bref, on imagine mal cette ancienne magistrate faire preuve de mansuétude sur l’accueil des migrants.

La première ministre interpellée par les employeurs des travailleurs sociaux

Plusieurs organisations du secteur social et médico-social (Fédération des acteurs de la solidarité, Uniopss, Fehap, Nexem, Cnape et Croix-rouge française) ont envoyé un courrier à Elisabeth Borne. Il rappelle les propos d’Emmanuel Macron qui, le 6 janvier dernier, a posé un constat clair sur la situation du travail social et de l’accompagnement des personnes vulnérables dans notre pays, évoquant notamment la « perte d’attractivité » de ces métiers « insuffisamment reconnus » alors qu’ils sont « au cœur de notre pacte social ».

Ce courrier rappelle aussi la parole de l’ancien premier ministre qui, dans le cadre de la conférence des métiers, avait annoncé un engagement financier de compensation de la revalorisation des métiers de la filière socio-éducative. Or, écrivent-ils, « nous constatons que des salariés indispensables à la tenue de nos missions, le plus souvent avec les rémunérations les plus faibles demeurent encore oubliés. En outre, en ce mois de mai 2022, nous n’avons pas de calendrier sur les moyens annoncés ». « Aucun versement de compensation n’a été engagé » écrivent-ils.

« Dans le même temps, le niveau atteint par la hausse des prix à la consommation altère le pouvoir d’achat des professionnels du secteur dont le salaire net mensuel moyen est environ de 25% inférieur au salaire net moyen de nos concitoyens. La perte de pouvoir d’achat de ces professionnels, déjà soulignée lors de la conférence des métiers, s’aggrave et rend insuffisantes les mesures déjà prises »

Les structures employeurs appellent  « urgemment » de leurs vœux une mesure pour soutenir le pouvoir d’achat de l’ensemble des professionnels du secteur sanitaire, social et médico-social. Dans le même temps, une revalorisation des financements publics pour la conduite de ces politiques sociales devrait faire l’objet d’une mesure rapide pour prendre en compte la hausse des prix ». Cette affaire si importante est loin d’être réglée.

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Photo : Elisabeth Borne par Jacques Paquier | Flickr licence Creative Commons

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