Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en «care» / Il faut revaloriser la solidarité / «Vers une explosion des expulsions»

Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en «care»

« L’expression présidentielle « nous sommes en guerre » face à l’épidémie de Covid-19 apparaît comme un contre-sens historique. Il est le témoin de la difficulté qu’ont les acteurs de l’ancien monde à comprendre, qu’à l’inverse, « nous sommes en care » – terme consacré par des travaux depuis deux décennies sur les vulnérabilités réciproques et la prise en compte des besoins de l’autre » nous explique Eric Macé  professeur de sociologie, directeur du département de recherche CHANGES, à l’université de Bordeaux. Il s’exprime dans les colonnes du site « The Conversation »

Nous sommes désormais obligés de « prendre soin » des humains et des non-humains à tous les niveaux d’échelle. …/… Pour que certains (hommes, blancs, riches, ambitieux) soient « autonomes », il faut que des «autres», assignés à aux tâches domestiques et de soin, assurent les conditions sociales nécessaires à cette autonomie en raison des interdépendances réelles de tous les êtres.

« Les sociétés modernes sont  paradoxales » nous explique Eric Macé « elles prônent l’autonomie comme une valeur commune centrale tout en organisant la dépendance de la plupart à la réalisation de l’autonomie de certains et tout en disqualifiant ce travail de soutien indispensable ». (lire l’article de The Conversation)

Le magazine Direction[s] a récemment interrogé la philosophe Cynthia Fleury.  Elle estime que « la pandémie de coronavirus peut être une occasion de freiner la déstructuration des services publics sanitaires et sociaux. Et de rendre indivisibles État de droit et État social en revalorisant les métiers de la solidarité. Des « irremplaçables » qui doivent enfin être écoutés ou sévir, car le tournant social du gouvernement ne saurait être seulement sémantique ».

« la lutte contre cette épidémie demande précisément des valeurs opposées à celles qui ont été prônées dans les conflits belliqueux : il nous faut de la transparence dans l’information publique et scientifique, un partage total des savoirs, des modélisations communes, des équipements, une coopération, de la coordination… Bref, une entente et une alliance… » puis plus loin…

« Cette crise rappelle la valeur incommensurable du capital social français, sa qualité, sa compétence, son engagement, sa ferveur, sa détermination alors même que l’État est défaillant dans ses moyens. Aucun des soignants n’a failli, aucun ! Sans parler de tous ceux qui ont assumé leur part de « soin » en consolidant les liens de proximité, alors qu’ils étaient eux aussi mal protégés. La valeur de ces hommes est une richesse absolue pour tout État de droit ». Ces propos ont été recueillis par Noémie Gilliotte (lire l’article du magazine Direction[s] )

«Nous allons vers une explosion des expulsions locatives»

Christophe Robert, délégué général et Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, s’inquiètent des conséquences économiques liées à la crise du Covid-19. Ils signent tous deux  une tribune publiée par le journal Le Monde.
D’après un sondage de l’Ifop réalisé en début de confinement, 35 % des actifs déclaraient subir une perte de revenus. Chez les plus pauvres, ce chiffre s’élevait à 52 %. Par ailleurs, rien qu’au mois de mars, 246 000 personnes supplémentaires sont inscrites à Pôle emploi. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) prévoit 620 000 chômeurs supplémentaires à la fin du confinement. On mesure l’ampleur de la secousse qui se profile.
Les aides aux familles, si elles sont bienvenues sont insuffisantes face aux besoins pour éviter des impayés notamment de loyer. La Fondation Abbé-Pierre propose que, comme en Espagne,  une aide financière  soit ciblée sur les locataires en difficulté dans le parc privé et public. Un fonds national d’aide à la quittance doté d’au moins 200 millions d’euros qui viendrait abonder les FSL. Acteurs habituels de l’aide aux locataires, les FSL, avec le relais des bailleurs sociaux, se chargeraient de l’instruction des demandes d’aide. (lire l’appel publié dans le Monde)
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Les élèves handicapés, victimes du déconfinement

Un courrier de protestation vient d’être envoyé au ministre de l’Éducation explique la journaliste Marie-Estelle Pech dans le Figaro.  « Les élèves handicapés doivent être accueillis de façon prioritaire dans les écoles et collèges a expliqué Jean Michel Blanquer. Mais la réalité est toute autre. Celle vécue par les familles est très éloignée de ce positionnement politique. « Ma fille a été virée de l’école car elle n’accepte pas, me dit-on, les règles de distanciation. Me voici contraint de rester à la maison », témoigne Guillaume Pothier, comptable et père de deux enfants dont l’une est autiste.

« Si nous ne les accueillons pas rapidement, le comportement des élèves turbulents, handicapés ou non, va s’aggraver » explique une enseignante. « Des écoles ont parfois tendance, sans le dire, à privilégier les enfants sages car c’est plus rassurant. Mais nous ne pouvons pas continuer ainsi éternellement ». (lire l’article du Figaro)

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Cette sélection des articles a été réalisée avec l’aide de Michelle Verrier Flandre

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