Didier Dubasque
Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Mon doux foyer.

C’est un livre qui nous raconte l’enfance et l’adolescence de David, issu d’une famille de cinq enfants qui furent tous placés en institution dans les années 80. Une mère dépressive de plus en plus absente aura convaincu une juge pour enfant que toute la fratrie était en danger. Une triste histoire au départ avec un père attachant, mais dépassé et si peu communicant qu’il ne parvint pas à convaincre les autorités de faire autrement.

C’est une histoire singulière et sans doute partagée par des milliers d’enfants qui ont eu à faire avec l’Aide Sociale à l’Enfance. Elle nous emmène au sein de plusieurs foyers qui tentent tant bien que mal d’éduquer tous ces gamins à la dérive. L’intérêt de ce livre, qui se lit comme un roman, est d’abord de comprendre ce qui se passe à hauteur d’enfant. Comment celui-ci espère sans cesse un retour dans sa famille. Il compte les jours séparant les week-ends de visite. Il apprend cette tristesse du retour en institution le dimanche soir. Il tentera une seule fois de retourner chez lui en séchant l’école, mais la réalité le rattrapera.

Le regard de l’enfant placé

 Le lecteur comprend au fil des pages comment un enfant peut grandir en institution et finalement construire sa propre identité en évitant les pièges liés à sa propre situation. Il y a les copains dont certains semblent peu fréquentables, les amours de jeunesse qui ne sont pas bien partagés avec des relations filles – garçons toujours compliquées. Les éducateurs, dont certains sont bien faciles à berner. Il y a aussi des moments de franches rigolades, des épisodes où ils prennent des risques et affrontent la loi, (qui ne l’a pas fait ?). L’école avec des enseignants plus ou moins compréhensifs, et des séjours de rupture comme ce séjour à la neige en Savoie qui reste dans la mémoire de l’auteur comme un temps suspendu de bonheur partagé.

Ce livre est écrit tout en finesse. Le lecteur perçoit bien au fil du récit l’évolution de cet enfant qui grandit. Il y a d’abord cette révolte liée à la séparation. Elle nous montre que le jeune David ne parvient pas à accepter sa situation de placement. Puis, il y a son adaptation au fil du temps. Sa grande chance est qu’il apprend bien à l’école. Les devoirs ne lui posent pas de problème. Sa réussite scolaire et sa façon de réfléchir sur ce qui lui arrive lui permettra sans aucun doute de mieux s’en sortir que ses copains de chambrée.

Un modèle de foyer « à l’ancienne »

David ira dans une « unité de vie » à Le Raincy (93)  dans la perspective de son entrée au collège. Il sera accueilli comme les autres par « Jass » le directeur du foyer aux méthodes parfois expéditives et très discutables. En effet, ce directeur « charismatique » ne s’interdit pas de donner, quand il l’estime nécessaire, une « bonne raclée » aux enfants qui enfreignent la loi de l’institution. Il savait se faire respecter, raconte David. Ce directeur n’était pas avare de distribution de punitions. Les enfants et les adolescents ne lui en tenaient pas rigueur. Ils avaient intégré cette pratique comme étant la règle.

On perçoit à travers certains exemples le modèle de lieu de vie en cours à cette époque. Le directeur dans une forme de toute puissance, des éducateurs qui pour certains semblent bien soumis aux règles de l’institution dans un huis clôt. « Les punitions étaient très variées » explique le jeune David. Cela pouvait passer par des privations d’activité les mercredis, ou encore les milliers de lignes à recopier. Il y avait aussi les interdictions de quitter la chambre. Il nous parle aussi des punitions corporelles très redoutées par ceux qui avaient à les subir. C’étaient des pratiques qui aujourd’hui sont réprimées et font la une des médias. Elles peuvent valoir des licenciements pour faute grave.

On apprendra que plus tard, ce directeur qui n’était pas que maltraitant, (c’est là toute l’ambivalence), a ensuite été licencié. Ce fut, c’est possible, mais on n’en est pas certain, à cause de son modèle éducatif répressif et de ses pratiques à l’égard de « ses » pensionnaires. David, comme d’autres gamins sans doute, n’en sera pas pour autant traumatisé. Mais il savait éviter les punitions et prenait beaucoup moins de risques que ses copains qui étaient loin d’être des anges. Il le reconnait lui-même.

Le foyer à l’ancienne, ce sont aussi ces éducateurs qui organisent des sorties lors des séjours à la montagne. L’une d’entre elle aurait pu mal tourner. C’est peu de le dire. Tous se sont fait une belle frayeur et sont rentrés sains et sauf d’un périple qui restera gravé dans la mémoire de l’adolescent.

Une dure confrontation à la maladie mentale

La dernière partie de cette histoire singulière concerne « l’après foyer ». David rencontrera ses anciens camarades devenus de jeunes adultes qui connaissent des parcours de galère. Mais une page se tourne, car le jeune homme qu’il est devenu, a une autre priorité. Celle d’aider sa mère à laquelle il reste très attaché.

La maladie mentale de la mère de David lui vaut de multiples aller-retours dans des établissements psychiatrique. Le père, dépassé par ce drame, laissera David, devenu grand, assumer la quasi prise en charge de sa mère dont les problèmes de santé s’aggravent inéluctablement. C’est aussi là que l’on mesure pourquoi le placement des enfants ne fut pas injustifié. L’auteur du livre s’engage alors dans un autre combat sans défaillir.

Cette partie me fait immanquablement penser à des situations que j’ai pu accompagner lorsque j’exerçais en polyvalence de secteur. De la psychiatrie de secteur aux établissements hospitaliers spécialisés, des traitements différents avec une chimie qui parfois fait des miracles, mais aussi parfois lobotomise les patients. Rien ne sera épargné à la mère de David.

Un livre attachant

Je vous invite à lire cet ouvrage qui se lit d’autant plus facilement que le style est fluide et alerte. Le lecteur ne s’ennuie pas et a envie de connaitre la suite. On entre et on sort de ce récit en pensant à sa propre enfance. Ce chemin est agrémenté dans sa première moitié de références musicales. L’auteur se plait à nous rappeler les tubes qu’il écoutait, ce qui le relie à toute sa génération d’ados qui appréciait tout autant Cabrel, Mc Solar, que les Scorpions et Akhenaton. Il y a aussi, en italique, quelques très courts extraits des rapports rédigés par des éducateurs. J’aurais aimé qu’il y en ait un peu plus en lien avec les différents épisodes de sa vie.

« Je n’ai aujourd’hui aucun regret », écrit David dans l’épilogue de son livre. Il a connu « l’enfance livré à lui-même, l’innocence et la magie des premières années ». Il a aussi connu les cris, les pleurs, le placement en foyer qui ne fut pas l’enfer comme certains le disent aujourd’hui. Mais lui aussi « a connu l’espoir d’en sortir un jour ». Il était persuadé que ce serait alors un tournant de sa vie. Une belle vie malgré la galère et les épreuves à surmonter. Son regard bienveillant sur son « doux foyer »  et son récit empreint d’humanité nous rappelle ce qui est essentiel dans la vie d’un enfant.

mon doux foyer

 

Pour vous procurer cet ouvrage ou lire les premières lignes :

 

Photo fournie par l’auteur de l’ouvrage David Angèle-Diniz 

 

 

Partager

Articles liés :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Catégories
Tous les sujets
Rechercher