Didier Dubasque
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Métiers de l’humain : « La précarité de nos rémunérations fait de nous des travailleurs pauvres »

« Pour les pauvres, les précaires, on ne parle pas de pouvoir d’achat, on parle de pouvoir de vivre ou de survivre ». C’est ce qu’a récemment déclaré sur France Info Pascal Brice, le président des acteurs de la solidarité (FAS). Les annonces du gouvernement pour le pouvoir d’achat sont certes les bienvenues, dit-il, mais elles demeurent en deçà des enjeux de vie pour des millions de personnes confrontées à une précarité qui s’étend et à une pauvreté qui s’enracine dans notre pays. Faut-il rappeler que la pauvreté et la précarité touche 10 millions de personnes en France.

La hausse des minima sociaux et notamment du RSA, de la prime d’activité et des APL, le bouclier tarifaire, le soutien alimentaire, le plafonnement de la hausse des loyers constituent de bonnes nouvelles. Mais elles sont à peine suffisantes pour espérer rattraper la hausse de d’inflation actuelle (5%) et surtout la hausse des prix beaucoup plus importante pour les produits de première nécessité. Il faudra au minimum une hausse de 10% des minima sociaux, des aides au logement, de manière à ce qu’on puisse aider celles et ceux qui en ont le plus besoin, explique-t-il.

Les travailleurs sociaux, des précaires qui aident des encore plus précaires

Comme pour dans l’enseignement et la santé, on le sait mieux désormais, un nombre conséquent de postes de travailleurs sociaux sont sous-payés. Particulièrement ceux qui travaillent dans le secteur associatif. « La précarité de nos rémunérations fait de nous des travailleurs pauvres » rappelle un tract de Force Ouvrière qui, avec d’autres syndicats, réclame 183 euros/ mois pour tous sans contreparties. L’accompagnement des personnes vulnérables est en crise. Pénurie de personnel, épuisement des équipes, besoin de revalorisation… Les associations ont à nouveau manifesté  pour défendre les métiers de l’Humain, essentiels à la cohésion de la société, indique Emmaüs Solidarité. On ne peut qu’approuver ce constat.

Il n’est plus intéressant, économiquement, de « travailler dans le social ». Les manquements liés à la prime promise par Jean Castex, ainsi que des demandes insatisfaites de revalorisations salariales contribuent à provoquer un désengagement des professionnels. On assiste aujourd’hui à une convergence des revendications aussi bien soutenues par les salariés et leurs syndicats que par les responsables d’associations qui, eux aussi, ont récemment manifesté pour les mêmes causes qui produit la « pénurie » de salariés.

 

Environ 300 dirigeants d’association et salariés des secteurs social, médico-social, et sanitaire se sont réunis place du palais royal à Paris vendredi dernier pour dénoncer ce qui ne va pas à leurs yeux. Le journal Libération présent sur place relate les propos de Daniel Goldberg, président de l’Union régionale interfédérale des organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uriopss). Celui-ci exige la prime Covid pour les directions d’associations, au secrétariat et au personnel de ménage.  » Comment peut-on comprendre que les écoutants du 115 n’aient pas bénéficié de la prime ?  » s’emporte-t-il.  « Nous demandons juste que ce qui a été annoncé soit fait ».

Jusqu’à présent, le Gouvernement n’a pas tenu ses engagements, ce qui me rappelle cette phrase de Jacques Chirac devenue célèbre : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. »


Et soudain, j’ai de nouveau su pourquoi je me bats

D’un autre côté, de celui des personnes pauvres, c’est aussi aux services sociaux de savoir s’adapter. En voici un exemple avec ce témoignage éloquent :

« La lutte avec le service social est parfois si éreintante que je suis tentée de baisser les bras. De déposer les armes. Il y a des jours où je n’y trouve plus le moindre sens. C’est dans l’un de ces moments de doute que j’ai rencontré une femme dont la situation financière s’était détériorée il y a peu et qui avait besoin de l’aide sociale. Lorsqu’elle s’est rendue au service social pour faire sa demande, on lui a suggéré d’emménager dans un studio et de se défaire de ses trois chats. En l’apprenant, j’ai ressenti une grande colère et, soudain, j’ai de nouveau su pourquoi je me bats depuis 16 ans contre la dépendance au service social. »

Ce témoignage de Marianne Rossel, militante ATD Quart Monde est publié par le site Suisse de l’association. Il montre toute l’ambiguïté de l’accompagnement social dès lors que l’intervenant s’engage dans la vision qui est la sienne. C’est en quelque sorte considérer les personnes en situation de pauvreté comme responsables de leur sort en leur demandant d’agir sans penser que souvent, c’est au système social de proposer des solutions dès lors que la situation rencontrée – ici 3 chats – ne poserait pas de problème à une personne qui a des revenus confortables.

Il nous faut changer de regard. ATD Quart Monde s’enthousiasme pour le projet de recherche «Pauvreté – Identité – Société» (PIS). Il incarne l’espoir. Il vise à créer des conditions permettant d’assurer la participation et de faire respecter le savoir des personnes en situation de pauvreté dans les recherches nationales et les prises de décisions qui les touchent directement. Échanger avec les autres donne espoir. Car si l’on lit l’article, il reste encore bien du chemin à parcourir pour que les pratiques des services sociaux en Suisse – et sans doute aussi en France – évoluent dans le bon sens (Lire l’article d’ATD Quart Monde Suisse)

 

Merci à Michelle Flandre qui m’a aidé à réaliser cette revue de presse thématique

 

Photo : Emmaüs Solidarité publiée sur son compte Twitter le 8 juillet 2022

 

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