Marie, éducatrice spécialisée témoigne de sa journée : « tu es là sans être là, c’est hyper frustrant »…

« J’ai choisi un métier humain, pour être au contact des autres, et j’aime bien aussi vivre des choses fortes et profondes. Dans les métiers humains, il y a de très belles rencontres » nous dit Marie, « j’étais convaincue que l’on pouvait changer vraiment les choses en aidant les enfants, en étant avec eux. J’avais aussi l’illusion qu’avec les familles ça allait avancer… » Mais voilà Marie est confrontée à de réelles contraintes matérielles. « Manque de temps, manque de moyens, je n’arrive pas à tenir mes missions telles que je le voudrais ».

« Ils s’appellent Marie, Salim, Justine, Sonia et j’en passe. Ils sont éducateurs spécialisés, assistantes sociales, médecins, juges, ou encore secrétaires… Ils viennent de Lille, Paris, Nantes ou encore Marseille. Tous sont uniques et différents. Ils ont pourtant un point commun : tous s’impliquent quotidiennement pour la Protection de l’Enfance. Tous manquent de moyens pour exercer leur métier au quotidien : manque de places, de personnel, de temps. En bout de chaîne, des enfants relevant de la Protection de l’Enfance. Des enfants devant être protégés, mais qui sont pourtant malmenés, fautes de moyens ».

Places d’accueil « tout est tellement bouché »

« Tout est tellement « bouché » au niveau des places disponibles sur le Département ! On peut passer des fois une semaine entière avec une équipe à chercher une place pour un enfant ». « On annule tous nos rendez-vous, on ne garde que les choses urgentes et vraiment importantes, sauf que l’on se rend compte comme ça à force de remporter des rendez-vous que finalement on reste 4 mois sans voir un enfant ».

« J’ai l’impression aussi qu’en France les droits de l’enfant ne sont pas respectés » j’ai l’impression que ces enfants là sont laissés de coté que c’est sur eux que l’on fait des économies et pour moi c’est assez insupportable. » ../…   »  j’avais compris que dans notre pays, nous savions prendre en compte les difficultés de ces enfants car ce sont les citoyens de demain ».

7 visites médiatisées sur la journée

Sur la journée Marie a assuré 7 visites médiatisées. Il est frustrant pour elle d’en avoir a en  mener 2 en même temps à 2 reprises. « 4 famille qui auraient dû avoir la présence d’un éducateur rien que pour eux pendant une heure pour aider la médiatisation parce que « la relation avec leur enfant est compliquée ». Dans les faits « ils m’ont eu à moitié puisque j’ai fait des aller-retours entre 2 salles ». C’est la conséquence logique d’un manque d’effectif dans son équipe.

« je suis désabusée après une journée comme ça. Ce sont quand même des enfants qui nous connaissent, qui sont en général contents de nous voir ». « Aujourd’hui c’était des visites avec des parents qui avaient envie de travailler avec nous, qui étaient partants. Ce n’est pas toujours le cas, mais là c’était des parents qui sont en attente et qui souhaitent qu’on avance dans leur situation… On a juste l’impression d’être maltraitant. Quand tu sors de la salle en disant je reviens dans un quart d’heure et que tu fais plein d’aller-retours… Finalement tu es là sans être là, oui, c’est hyper frustrant ».

Le témoignage de Marie vous évoque une situation déjà rencontrée ? Vous êtes vous même témoin de cette « protection de l’enfance dégradée » ? Ce portait de Marie réalisé par Christine Almédia elle-même ancienne éducatrice spécialisée, témoigne de la difficulté du quotidien professionnel. Ce quotidien qui culpabilise les travailleurs sociaux qui ont ainsi le sentiment de ne pas  bien remplir leurs missions.

« Aujourd’hui ce qu’on te demande, c’est d’être coordonateur de projet, d’être dans ton bureau, de faire en sorte que les associations gèrent un maximum de choses, de la même façon, pour les enfants déléguer tout ce que tu peux déléguer. Tu deviens une espèce de coordinateur de projet administratif, c’est pas du tout ce que j’ai envie de devenir ». J’ai la faiblesse de penser que de nombreux éducateurs sont comme Marie,  inquiets sur leur devenir et sur ce que l’on va attendre d’eux.

 

Photo : Marie éducatrice spécialisée (capture d’écran)

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

4 réponses

  1. Bonsoir, je travaille dans le secteur du handicap et la situation est tout aussi alarmante. Où est l’humain ? Manque de moyens, des cadres qui sont dans le management, aucune considération envers l’équipe éducative, des activités qui tournent autour de l’occupationnel …. Absence de place dans les établissements. Des familles en détresse. La socialisation, l’inclusion en 2019 toujours le néant.

  2. Bonjour
    Je suis tres contente de tomber comments ca sur cet article. Pas de hasard tout a un sens. Cela fait plusieurs temps que je parle de tout cela. Les aberrations du monde socio educatif. Aucun respect des professionnels et des personnes accompagnees. Et nous venons nous parler de la dignite des personnes. De vrais sketchs qui ne feraient rire que sur scenes avec du recul car realistes pour ceux du domaines on se dirait c est fou on vit dedans, et pour les autres ils trouveraient cela tirer par les cheveux se disant c est drole mais c est fiction c est impossible c est de l humour. Et non c est und grande tristesse et une protection de l enfance asphyxiee en soin palliatif. Les familles passees au scanner et conseillees voire jugees faisons pareil dans l autre sens. C est surprenant comme la comprehension la bienveillance n est pas pareil. Nous n avons pas d excuse pour mal faire ou plutot pas bien faire ou pas faire au mieux dans des bonnes conditions. Nous sommes en general formes et payes pour. Quand nous voyons les degats du fonctionnement actuel c est insupportable. Et nous disons aux familles ce qu elles doivent faire ou pas et soulignons leur difficultes… Y a bien quelque chose qui tourne pas rond. Je souhaiterais rentrer en contact avec l auteur de l article et la premiere personne qui a commente et avec toute personne qui voudra partager avec moi. L energie que nous mettons dans notre metier existe encore il se deploie encore en parlant de tout cela. Poursuivons nos elans et continuons de soutenir les personnes en situation complexes comme il se doit. A bientot

  3. pfff… tout le monde en est là!! et encore 4 mois sans voir un enfant… je suis sure qu’il y en a que l’on voit moins que ça (pour ma part cela a été le cas)… la honte!!!! le nombre de fois où je me suis excusée auprès des jeunes et de leurs familles (c’est crédible ça hein??)
    et une semaine pour trouver une place?…..j’ai connu bien plus long… des semaines… des mois et encore dans des montages instables pour des mômes qui en ont bien besoin….. deux ans à traverser la France en long en large et en travers pour déposer un gamin à gauche et à droite parce que personne n’en voulait (problématique bien complexe et pas de structure adéquate pour ces profils)… total des courses, rupture de soins (psychiques) et rupture de scolarité adaptée.
    Et puis, il n’y a pas seulement la question des places… il ne s’agit pas seulement d’accueillir et puis basta!!! défaut de soins adaptées souvent, défaut de décisions adaptées souvent (la sacro sainte question du maintien des liens fait bien des dégâts, pour aujourd’hui et pour demain!!!)

    Nous pourrions tous écrire un livre sur les actes qu’on a été amenés à poser, des actes maltraitants je veux dire. Le nombre de fois où je me suis dit que si c’était pour ça, il fallait laisser ces mômes chez eux!!! un peu par provocation je dois dire… mais agir au titre de la protection de l’enfance et continuer à maltraiter ainsi ce n’est pas acceptable.

    j’ai fini par partir… sur une civière!!! à deux doigts de l’hospi… des dégâts importants sur ma santé de tout ordre et sur ma famille. Quoique que j’ai pu faire pour que « ça rentre » en terme d’horaires (souvent + de 10 heures par jour sans compter le travail à la maison), ce n’était jamais assez… un puits sans fond!!! et puis cette question centrale de ne pas vouloir renoncer à mes valeurs, de ne pas devenir la « main du bourreau »

    la situation est désolante… la protection de l’enfance n’a plus son nom…. aux dernières élections présidentielles, pas un seul candidat n’en a parlé!!! et quand ils se penchent sur le sujet c’est pour pondre à nouveau les mêmes idées et les restreindre!!!! l’argent… mais oui le noeud de la guerre..; mais quel mauvais calcul!!!! ces enfants, sont les adultes de demain!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.