Lutte contre la pauvreté : le détail du plan de formation continue des travailleurs sociaux (notes de cadrage par thématique)

« La stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté s’est donné plusieurs ambitions qui impliquent directement le travail social et supposent le concours actif des travailleurs sociaux » est-il écrit en préambule de la présentation de ce plan de formation. Il ne s’agit pas de demander aux travailleurs sociaux de porter la totalité du plan de prévention et de la lutte contre la pauvreté mais d’y prendre leur part. Pour cela des priorités ont été dégagées et, (cela tombe bien mais ce n’est pas un hasard) toutes ou presque renouent avec la pratique d’un travail social porté par du sens et des valeurs. Elles ne sont pas étrangères non plus aux pratiques de service social qui étaient en cours il y a plusieurs dizaines d’années… Mais bien évidemment elles tiennent compte de l’évolution de la société et des besoins exprimés aujourd’hui.

Je vous propose dans cet article une présentation succincte de chaque domaine avec la note de cadrage qui lui correspond  : le développement social et le travail social collectif, le travail social dans les territoires, le « aller vers », la participation des personnes accompagnées, leur insertion socio-professionnelle et enfin l’usage des outils numériques.

1. Le développement social et travail social collectif

Le premier aspect est celui de la dimension collective des interventions sociales dans une logique de développement social : Il nous faut pouvoir dépasser l’aspect individuel de la situation d’une personne pauvre pour qu’elle puisse s’inscrire dans un collectif. Il ne s’agit pas pour autant qu’elles restent entre-elles (entre pauvres) mais au contraire qu’elles puissent prendre une véritable place dans une logique de développement social qui réuni de multiples acteurs d’un territoire. « Le développement social repose sur l’affirmation que la dimension sociétale et collective des problèmes sociaux et des inégalités doit faire l’objet de solutions collectives, auxquelles contribuent les travailleurs sociaux en mobilisant d’autres acteurs du territoire (ceux de la santé, de l’économie, de la culture, de l’éducation…)« 

Télécharger ici la note de cadrage formation « Développement social et travail social collectif »

2. Le travail social et les territoires

La pratique du travail social s’inscrit dans un territoire. Il nous faut en connaître les ressources les points forts et les faiblesses. Le groupe de travail rappelle que les contextes d’exercice des pratiques se différencient en fonction des territoires. C’est pourquoi il est proposé 3 formations thématiques selon les territoires. « On ne fait pas le même métier quand on travaille en zone rurale ou dans un quartier politique de la ville » me disait une collègue. Le groupe en tient compte sans oublier les territoires d’outre mer qui eux aussi sont confrontés à des spécificités qu’il est nécessaire de prendre en compte.

Télécharger ici la note de cadrage formation « Travail social et territoires »

3. « Aller vers »

Mais pour accompagner les personnes en individuel et en collectif il nous faut aussi aller vers elles. En effet ce ne sont pas toujours les personnes les plus démunies qui font appel aux services sociaux. Les plus exclues d’entre elles ne savent même pas que ces services existent et restent très démunies. Elles ont souvent honte de leur situation. Comment aller à la rencontre de celles et ceux qui ne demandent rien et pourtant pourraient voir leur situation améliorée ne serait-ce que par l’accès à leurs droits ? Cette démarche d’aller vers « rompt avec l’idée que l’intervention sociale ferait systématiquement suite à une demande exprimée. Elle permet d’intégrer dans les pratiques les situations de non-demande de certains publics (pas seulement des personnes vulnérables) et engage les acteurs à se situer dans une pratique pro-active, pour entrer en relation avec ces publics« .

Télécharger ici la note de cadrage formation « Aller vers »

4. La participation des personnes accompagnées

Une fois les personnes accompagnée nous avons aussi à non seulement les écouter mais aussi nous appuyer sur leurs compétences. Une réelle participation des personnes qui vivent la pauvreté ne se décrète pas. Participer ce n’est pas venir simplement à une réunion et « écouter la bonne parole » Le groupe nous rappelle ce que participer veut dire : « La participation des personnes accompagnées vise à ce que chacune puisse totalement :

  • être écoutée et entendue comme tout citoyen ;
  • développer son pouvoir d’agir ;
  • contribuer au changement pour faire évoluer la société ;
  • acquérir de nouvelles compétences et valoriser son expérience ;
  • co-construire avec les professionnels les réponses aux problèmes.

Aujourd’hui encore, la participation des personnes accompagnées ne se traduit pas suffisamment dans les faits. La formation des travailleurs sociaux peut soutenir le développement de nouvelles pratiques, en lien avec l’évolution de la demande sociale. »

Télécharger ici la note de cadrage formation « La participation des personnes accompagnées« 

5. Travail social et insertion socioprofessionnelle

Le cinquième axe de formation va à l’encontre même de la logique qui avait été instituée par la loi sur le RSA qui, rappelons le, a séparé l’insertion sociale de l’insertion professionnelle. La stratégie nationale pauvreté revient sur cette logique. Elle relie les deux avec l’insertion socioprofessionnelle et c’est heureux. Même si certains aspects peuvent questionner comme par exemple l’affirmation que « l’inclusion dans l’emploi constitue en effet le premier gage de sortie de la pauvreté« . Ce dont je ne suis pas du tout convaincu au regard du nombre de salariés pauvres qui ne peuvent actuellement vivre décemment et font appel aux services sociaux. Il n’empêche que l’insertion professionnelle des personnes pauvres est un enjeu qui peut leur redonner une place dans la société, de la dignité et de la reconnaissance. Rien que pour ces raisons, il est logique que les travailleurs sociaux incluent cette dimension dans leurs accompagnements.

Télécharger ici la note de cadrage formation « Travail social et insertion socio-professionnelle« 

6. « Numérique et travail social« 

Enfin le sixième axe de formation est transversal à ces 5 axes puisqu’il aborde l’usage des outils numériques dans les pratiques de travail social. Nous avons proposé avec le groupe 3 modules. Le premier concerne « la culture numérique » il s’agit de bien comprendre le contexte de développement des outils, de son marché et des politiques publiques qui accompagnent la « société du numérique ». Le 2ème aspect vise à renforcer les compétences des travailleurs sociaux afin qu’ils puissent diagnostiquer et aider les personnes qui « galèrent » avec le numérique ou encore qui ne l’utilisent pas du tout. Il s’agit aussi de valoriser ce que  savent faire les personnes avec ces outils. L’enjeu est essentiel quand on sait combien les accès aux droits sont conditionnés à la maîtrise des plate-formes en ligne. (je ne m’étends pas sur ce sujet, il y a trop à dire). Le troisième module porte sur les pratiques des professionnels et leurs propres outils numériques. Il s’agit aussi de leur permettre de réfléchir et de distinguer clairement ce qui relève de la pratique numérique de celle spécifique au travail social afin qu’ils puissent mieux en maîtriser leurs usages.  Le plus simple est que vous lisiez aussi cette fiche.

Télécharger ici la note de cadrage formation »numérique et travail social« 

L’État s’engage à financer ces formations, les OPCO sont prêts à compléter les budgets nécessaires en fonction des besoins (avec le respect de ces cahiers des charges). Les centres de formations en lien avec l’UNAFORIS, le CNFPT,  les Département sont désormais invités à relever ce défi. Pour autant il faut que les employeurs se mobilisent aussi, et voient l’intérêt que les travailleurs sociaux qu’ils emploient puissent être libérés pour se former. Enfin les travailleurs sociaux qui verront l’intérêt de ces formations continues en fonction de leurs besoins doivent pouvoir être entendus dans leurs demandes. Ceux qui n’y voient pas d’intérêt ont besoin d’en être convaincus..

 

Photo : une partie de l’assistance lors de la journée de présentation du plan de formation des travailleurs sociaux

 

 

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

Une réponse

  1. Bonjour,
    J’ai découvert le lien fait avec l’article que j’ai écrit relatif à une expérience d’aller vers et surtout j’ai découvert les points synthétiques structurant la démarche de l’aller vers dans la note de cadrage.
    Je suis tout d’abord honorée d’avoir été citée en bibliographie et je suis ravie de constater la place accordée à cette pratique comme essentielle au métier et aux institutions sociales et médico-sociales.
    Aussi, coordinatrice et chargée de projets au sein de la Maison des Adolescents 13Nord, je développe un dispositif expérimental sur le territoire de Miramas soit un binôme « psy-éduc de rue ». Forte de cette nouvelle expérience et dynamisant des pratiques auprès de psychologues (cliniciennes et sociales de la santé), je suis intéressée par suivre ce point stratégique et de formation. Nous sommes également disponibles pour illustrer, contribuer à une réflexion groupale nouvelle.
    Bravo pour votre site complet, riche et dynamique,
    Bien à vous,
    Céline Adloff

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :