Et si l’on parlait de la souffrance des éducateurs et éducatrices de la protection de l’enfance ?

Nombreux sont les internautes  qui, dans des forums ici ou par exemple, dénoncent les pratiques des travailleurs sociaux en matière de protection de l’enfance. Ils sont le reflet de cette souffrance de parents d’enfants placés ou séparés. Mais on parle très peu d’une autre souffrance, beaucoup plus cachée mais pourtant bien réelle. Celle des éducateurs et éducatrices spécialisés qui interviennent en protection de l’enfance. Ils font fréquemment face à des situations intenables voire parfois insupportables.

J’en veux pour preuve la réaction de collègues suite à ma présentation récente de l’ouvrage « travailleurs sociaux en danger » et de son tout nouveau groupe Facebook qui porte le même intitulé. Une collègue qui souhaite garder l’anonymat (cela se comprend) écrit :

« Je suis aujourd’hui référente éducative au département, en protection de l’enfance auprès d’enfants confiés ou bénéficiant d’AEMO et d’AED… Et en effet, la protection de l’enfance est plus qu’en souffrance. Nous étions 6 collègues femmes sur le service. Deux sont parties car elles n’en pouvait plus. Une est en arrêt après 2 burn-out et un troisième qui la guettait. Une autre est également en arrêt à cause du stress. Les autres, nous, nous essayons de tenir le coup, tant bien que mal… Mais surtout mal, en exerçant un travail que l’ont juge nous même inefficace faute de moyens.

A notre demande (faisant suite à plusieurs demandes…) une expertise est en cours au sein de notre équipe. Une psychologue du travail nous reçoit pour entendre nos difficultés et apportera ses préconisations à notre Directeur et au département.

Je vous remercie de relayer nos difficultés qui nous engagent, mais surtout qui font que la protection de l’enfance n’est plus de la protection mais une limitation des risques que notre exercice peut faire courir à ces enfants, ces familles… »

Vous remarquerez plusieurs éléments à travers ce témoignage émouvant qui en rencontre bien d’autres .

1- ce sont d’abord les conditions de travail qui provoquent le stress : la pression est bien là. Notre collègue précise : « je tiens bon pour le moment… Mais nous sommes trois pour 150 mesures actuellement, alors que nous sommes déjà en difficulté pour les 30 qui sont sous notre responsabilité. Mon contrat se termine. J’aime mon travail mais pas dans ses conditions.  Il m’a été proposé un reconduction de ce contrat, mais au regard des journées de 10 à 11 heures de travail sans pause, le fait que ma fille qui n’a que moi comme parent exprime le fait qu’elle ne me voit plus, sans parler du nombre de fois où on pleure dans nos bureaux… Il est bien difficile de se projeter sur quelques mois supplémentaires ».

Tout est dit dans ces quelques phrases

2. Nous voyons bien que nos professions sont entrées dans des processus et protocoles  chronophages, notamment à l’ASE où les professionnel(le)s ne comptent plus leurs heures, ce qui nuit gravement à l’équilibre de la vie personnelle et familiale.

3. Rencontrer « toutes ces vies cassées » n’est pas sans risques non plus. Attention au syndrome vicariant (ou si vous préférez, l’usure de compassion) qui mine le moral et provoque une forme de stress professionnel pouvant conduire à de multiples formes d’épuisement dont le burn-out.

Chaque fois que des syndromes d’épuisement, de stress provoquent soit des mouvements de grève, soit des arrêts de travail qui se multiplient, la responsabilité est retournée vers les professionnel(le)s concerné(e)s sans interroger la responsabilité des directions et encadrements qui parfois (pas toujours heureusement) peuvent être défaillants.

Certes des audits et temps d’écoutes par des cabinets extérieurs peuvent se révéler utiles pour recueillir les avis. Lorsque ces audits sont correctement menés, ils ne font souvent que répéter ce que disent déjà les salarié(e)s. Ces cabinets d’audit sont curieusement plus écoutés que ceux qui vivent les situations.

Le terme « conditions de travail » n’est pas un gros mot et il est nécessaire que les directions acceptent de les regarder avec objectivité et bienveillance. Il ne faut pas évacuer cette question. Comme pour l’hôpital, l’enseignement et bien d’autres services publics, la question des moyens humains permettant d’accompagner mais aussi d’évaluer les situations se pose désormais systématiquement ou presque.

En 2 mots pour conclure, la capacité de chacun et le renvoi à la responsabilité individuelle ne peuvent être suffisants même s’ils peuvent être interrogées. Les employeurs on eux aussi des responsabilités toutes aussi importantes. Ils doivent savoir poser des limites et dans certaines situations comme celle décrite dans cet article,  protéger leurs salariés.

 

Photo : Pixabay

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13 réponses

  1. https://lucfouarge.com/2017/09/30/equiper-lintervenant-psycho-medico-social/

    je suggère dans ce lien qu’ il convient « d’équiper » le TS. Lui donner une équipe qui cultive une communication centrée sur les besoins du TS et principalement une « tiercité circulante » qui participe à « orienter » l’équipier sur des réflexions et une organisation qui le prévienne de l’épuisement. Cela passe par une formation du chef d’équipe ASE et par une information, une formation à la culture de l’intervision pour l’équipe.

  2. Il en est de même pour l’éducation spécialisée, la paupérisation organisée et la destruction massive des éducateurs et du personnel éducatif, médical et para médical dans les Adapei…. est en route depuis longtemps avec un cynisme époustouflant des syndicats patronaux et des financeurs. C’est la honte, mais les burn-out à répétition ne dérangent personne.
    Yann Prigent ( ETS Adapei 56 et DS CGT membre du C.A.S 56)

  3. Métier de plus en plus pénible, horaires non adaptés à une vie de famille, 33 ans dans la même boîte. Ça fait 3 ans que ce n’est plus vivable, peu de respect et d’écoute de certains supérieurs. Jeunes de + en + violents et de – en – sanctionnés parce qu’il faut comprendre leur vécu. Pour moi la bien traitance c’est déjà de pouvoir leur donner des limites mais même ça ce n’est plus bien vu, le jeune est roi et l’éducatuer est là pour recevoir insultes et coups. Je fait des journées où je rentre chez moi à 22h, des nuits et des week-ends, les éducateurs ne sont pas tous tranquillement installés chez eux le soir! Le métier d’éducateur est très vaste et diversifié mais croyez moi qu’en institution c’est loin d’être du gâteau!

    1. Alors faites des bon rapports aux parents dont les enfants ont étés placés sur des mensonges abusivement pour qu’ils puissent récupérer leurs enfants et mettre un terme à leur souffrance car j’ai vécu cette souffrance et donc je n’aurais aucun respect pour ces personnes qui ont détruis moi et mon enfant. Il faut parler de ça aussi si vous voulez de la reconnaissance et du respect.

    2. Si vous respecter les jugements du juge , et que vous arrêter de dénigrer les parents auprès des enfants, et dire devant les enfants que l’on c’est pas les aimés,en faire vous respecter rien, les sentiments, la religion, les droits, les jugement le droit à la famille, vous nous couper des enfants et de tous se que notre vie était, vous nous metter dans une cage comme un hamster entrain de tourner une roue avec une entrée sans de sortie, vous faites des beurn hanout et à nous vous nous detruiser, ne vous étonné pas que l’on se détourne de nos enfants même si sa fait mal même si nous les aimons oui nous les aimons je le crie haut et fort car vous nous ecoutez pas pour vous nous sommes de mauvais parents , des solutions existes et aujourd’hui je pense qu’il faut réformer lase , faire plus de super nanie comme l’émission , car aujourd’hui l’enfant est devenu Roi comme si tous lui est du , et ne supporte pas les règles de la vie , et justement c’est sa qui Manque à beaucoup de parents ,

  4. Tous les métiers ou le « travailleur » est l’outil avec lequel il travail; L’ÊTRE est mis à mal: interrogé, heurté, alternativement gratifié et giflé, dénigré et encensé, considéré comme un Dieu ou un mouchard…ballotté un peu comme la balle d’une partie de squash.

    Il faut effectivement que cet ÊTRE puisse se régénéré… surement pas en créant de la culpabilité supplémentaire en vidant son sac auprès de sa famille ou de ses amis… ça risque de très mal finir…
    je ne comprends pas pourquoi après toutes les connaissances acquises sur l’individu et les groupe au travail depuis les années 50 on n’en tienne pas compte dans la vie.

    Le mettre en œuvre fait que non seulement le personnel est plus « heureux » mais encore il est plus productif et on fait des économies sur des lignes budgétaires auxquelles on ne s’attend pas…
    je l’ai expérimenté au moins dans 3 lieux différents: les résultats étaient extraordinaires…

    Mais cela touche aux habitudes et donne la parole à tous pour améliorer le système, l’organisation et la vie de tous…ça ne convient pas à beaucoup de manager accrochés à leur pouvoir…

  5. JE CONFIRME à 100 % SAINT GERMAIN !
    je rajoute, que si par malheur, vous travaillez en binôme avec un travailleur social imbu de sa personne, c’est nous ASSFAM qu’on accuse de tout les torts, jusqu’à épuisement .
    Il est bien mentionné dans l’ouvrage : » Vivre en Famille d’Accueil  » qu’en cas de conflit, c’est l’ASSFAM qui est mise à mort !! Bien placée pour confirmer que c’est la vérité !
    Zéro soutien de l’hiérarchie !

  6. Les assistants familiaux, les » travailleurs sociaux » oubliés !!!!! ceux pour qui la charge d’accompagnement des enfants augmente afin de palier au manquement des services……ceux-là même qui ne prennent pas leur arrêt de travail pour ne pas faire subir encore une fracture affective aux enfants ; ceux là même qui au détriment de leurs propres enfants et famille accompagnent les enfants placés au quotidien 24h/24h, 7j/7, n’ont jamais de week-end, ni même de jours fériés , ceux-là même qui ne gagnent même pas un smic et qui n’ont aucun statut défini…………………..c’est quand qu’on en parle !!!!!!

  7. avez vous songer une seule fois aux assistants familiaux qui eux font du 24.h /24 H 7 J/7J avec les enfants alors que souvent ils attendent apres les éducateurs qui eux le soir sont tranquillement avec leurs familles et le we et les rtt….nous n avons meme pas 1 we par mois pour souffler et penser à notre famille ! et les congés je n en parle pas, tres peu d A F connaissent ce mot……

  8. Courage les éducateurs de tout coeur avec vous Résistance !outes et tous dans la rue et mené votre combat au plus haut au plus fort …j’y crois j y crois ✌✌✌

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