Didier Dubasque
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Livre Ouvert : Combattre les infox sur les riches. « Pourquoi les riches posent problèmes »

Ah, ces riches qui font la prospérité de notre pays en créant des emplois. Il faut être bien jaloux pour les dénigrer !

pourquoi les riches

Le discours est bien rodé, les idées reçues bien ancrées, les plaidoiries toujours les mêmes. Et pourtant, il est aisé de les déconstruire. Ce que nous propose méthodiquement Philippe Richard, Docteur en économie.

Les couches moyennes se sont généralisées, se rapprochant des classes sociales aisées ? 70 % des emplois à temps plein gagnent une à deux fois le SMIC, 23 % entre deux et quatre, 6 % entre quatre et neuf, 1 % neuf fois le SMIC et plus.

Les plus aisés se sont enrichis grâce à leurs efforts, leur travail et leurs talents ? Ce n’est jamais l’activité salariée qui produit la richesse, mais toujours les capitaux investis qui permettent de tirer une rente sur le travail d’autrui.

Vrai ou faux ?

Les riches doivent leur réussite à leur persévérance, à leur implication dans l’économie ?  80 % des milliardaires français sont des héritiers. Depuis 1980, les revenus des ménages ont augmenté de 86 %, ceux du patrimoine ont été multipliés par quatre.

Il est normal que l’on fasse hériter ses enfants des fruits de son travail ? Un tiers de la population n’hérite de rien et un autre tiers très peu. 10% héritent de la moitié de l’héritage national.

Il est normal que les actionnaires reçoivent le fruit des risques qu’ils prennent ? Les dividendes représentaient 6% de la valeur ajoutée dans les années 1950/1960. C’est dorénavant 12%. Les salaires ont vu leur poids baisser de 70 à 64 %.

Les riches paient plus d’impôts que les pauvres ? 91% des prélèvements sont indirects et proportionnels aux revenus (TVA, cotisations, taxes sur les carburants…). La part des impôts directs progressifs est d’autant plus réduite pour les plus aisés qu’ils bénéficient de 470 niches fiscales.

Les riches ont créé des milliers d’emplois en France ? En 1949, il y avait 19,8 millions d’emplois représentant 43,25 milliards d’heures de travail. Aujourd’hui, il y a 27 millions d’emplois pour 42,80 milliards d’heures de travail. Plus d’emplois, moins d’heures ? La productivité de l’heure de travail est passée de 6,25 à 53,40 en euros constants.

Les riches ont souffert des crises successives depuis quarante ans ? Au niveau mondial, on en comptait 140 en 1987, leur fortune cumulée se montant à 300 milliards. Ils sont aujourd’hui 2720, possédant 1 340 milliards.

Des idées reçues

Tout entrepreneur peut devenir riche ? La France compte 2,5 millions de très petites entreprises et 300 multinationales. Les patrons des 40 entreprises les plus riches gagnent 100 fois plus que les petits patrons. Les dividendes engendrés ont augmenté de 269 % en vingt ans.

L’enrichissement d’aujourd’hui fait les investissements de demain et les emplois d’après-demain ? Les riches délocalisent les capitaux, profitant de la dérégulation internationale. Ils optimisent leurs placements en choisissant les impositions et taxes les moins élevées. Ils investissent dans la financiarisation, plutôt que dans l’activité économique locale.

La richesse obtenue est-elle ce qui conditionne l’esprit créatif des entrepreneurs ? Leurs motivations identifiées par sondage placent au premier rang l’indépendance d’action (61%). Puis, vient le défi de réussir (44%). Les revenus obtenus ne comptent que pour 27 % d’entre eux.

La fortune apporte le bonheur ? L’aisance financière apporte une sécurité en permettant de se faire plaisir dans un certain confort. Vouloir toujours gagner plus, détériore les relations humaines. Car y parvenir suscite plus de difficultés que de satisfaction.

La France est passée d’une monarchie où régnait 1 % de nobles à une oligarchie dans laquelle règne 1 % de riches. Comment en sortir ? En plafonnant les revenus à 10.000 € mensuels. Un taux marginal de 100 % d’impôts au-delà de cette limite qui frapperait 50.000 contribuables  très riches ne serait pas une nouveauté. Celui en vigueur aux USA ou en Europe jusqu’aux années 1980 allait de 60 à 90 %.

 


Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »

Il est signé Jacques Trémintin


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Bonus :

Le « pognon » n’est pas « de dingue » pour tout le monde !

Ouvrir de nouvelles places d’accueil en protection de l’enfance (l’ASE fait face dans beaucoup de départements à des centaines d’enfants non placés) ? Donner aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes la possibilité de les mettre à l’abri (7 820 offres d’accueil pour 35.700 demandes potentielles) ? Soulager une psychiatrie à l’os (il faudrait 10 000 lits supplémentaires) ? Réduire les listes d’attente dans les instituts médico-éducatifs (30 000 places manquantes) ? Faire face au doublement du nombre de SDF en dix ans (au nombre de 300.000 selon la Fondation Abbé Pierre) ? Rehausser les moyens de la justice (10,9 juges pour 100 000 habitants, contre 21,4 en moyenne en Europe), etc, etc, etc.

Vous rêvez !

Bruno Lemaire, notre ministre de l’Économie, vient de rappeler que l’objectif prioritaire du quinquennat est bien de réduire le volume d’augmentation des dépenses de l’État qui avait atteint un rythme de 1,2 % annuel depuis 10 ans, voire 2 % plus récemment. Il s’agit de le faire passer à … 0,6 % ! Cela va se traduire par une baisse de 0,4 % du budget de l’État et de 0,5 % au niveau des collectivités locales.

C’est vrai, quoi, on ne peut plus continuer éternellement à dépenser tout ce « pognon de dingue ».

« Juste une petite question : cette rigueur budgétaire concernera-t-elle les 140 milliards d’euros consacrés chaque année par l’État pour l’aide aux entreprises ? En dix ans, celle-ci a bénéficié d’une augmentation tout à fait raisonnable de 215 %, quand les aides sociales se sont accrues, dans la même période, d’une manière dispendieuse et explosive à hauteur de … 31 % ! La nouvelle réduction d’impôt sur la production va encore priver les caisses de l’État de 8 milliards d’euros. »

« Ah, mais vous n’avez rien compris : le soutien aux acteurs économiques est indispensable pour favoriser la compétitivité et l’emploi. Plus ils s’enrichissent, plus la pauvreté reculera ». « Mais, pourtant, le nombre de personnes confrontées à la pauvreté a augmenté de 1,2 million, en 15 ans. » « Vous allez voir, ce que vous allez voir : le chômage va baisser, soyez patient. »

Il faut donc nous résigner à voir l’action sociale se serrer la ceinture : c’est, sans nul doute, pour la bonne cause.

Ne serait-il d’ailleurs pas temps de lancer un geste patriotique et citoyen ?  Je ne sais pas moi, peut-être un immense crowdfunding pour aider nos valeureuses entreprises ? Après tout, les géants du CAC 40 n’ont empoché que 160 milliards d’euros en 2021.

C’est encourageant. Mais, à l’heure où notre pays a encore perdu une place dans le classement des pays les plus riches, il faut soutenir les fleurons de notre économie !

Jacques Trémintin.


Photo de Kues1 sur Freepik

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