Les travailleurs sociaux sont-ils les « oubliés de la crise » ? (Protection de l’enfance, accueil des SDF, ASMAT et ASFAM)

Les travailleurs sociaux, comme les aides à domicile semblent être les « oubliés » de la crise.  Comme l’explique Bernard De Vos délégué général des droits de l’enfant (en Belgique) dans le Guide social « leur travail s’est largement complexifié depuis l’apparition du virus ». Certains sont désormais confrontés à la nécessité d’encadrer 24h/24 des enfants placés alors que leur cadre de travail ne le prévoit pas.

Ils ont à gérer le stress et l’inquiétude en étant eux mêmes stressés et inquiets.  Comment être dans la proximité à un mètre ou plus de distance ? Comment soutenir la personne âgées ou handicapée l’aider à se déplacer dans ces conditions ? Doivent-elles rester couchées si personne ne les aide à se lever ? ni à faire leur toilette ? Non bien évidemment. Mais comprenons que tout cela est éminemment difficile.

Ils ont aussi à gérer des directives contradictoires. Dans certains Département les services sociaux restent ouverts dans d’autres ils sont fermés. D’autres mettent en place des permanences téléphoniques. Bref il semble qu’il y ait un manque de directives claires et cohérentes.

Pourtant les besoins sont là : écouter la détresse, expliquer les gestes simples qui protègent, garder le lien et s’assurer que tout va bien.

Confinement : la protection de l’enfance face à une situation inédite

Comment s’assurer que la lutte contre le coronavirus ne se fera pas au détriment des droits de chaque enfant, s’interroge à juste raison le journal La Croix ?

Concentrer 24 heures sur 24 des familles parfois très fragiles peut constituer une source de violences. Comment les équipes peuvent-elles agir à distance, en cas d’appel à l’aide de parents dépassés ? « Avec le confinement et l’interdiction de déplacements, les travailleurs sociaux ne vont plus chez les gens, développe Laurent Gebler, rejoint par plusieurs responsables associatifs. Les mesures de contrôle et les aides décidées par la justice sont vidées de leur effet ».

La situation est encore plus critique dans certaines maisons d’enfants à caractère social. Il y manque parfois jusqu’à 50 % des éducateurs, qui restent à la maison garder leurs propres enfants. « Certains jeunes placés vont être confinés chez leurs parents, témoigne le juge pour enfants Laurent Gebler. L’ASE nous demande l’autorisation de faire sortir les jeunes les moins en difficulté pour se concentrer sur les plus fragiles. » (lire l’article de la Croix)

Lire aussi  : Coronavirus, quelle prise en charge pour les enfants placés à l’ASE ?

Les sans-abri face au confinement

Les SDF sont non seulement à la rue, n’ayant aucune possibilité de se confiner mais ils sont en plus confrontés à la raréfaction des services dont dépend leur survie.

Emmanuel Macron déclarait le 16 mars que « pour les plus précaires, pour les plus démunis, (…), nous ferons en sorte (…) qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés ».

Christian Page, un ancien sans-abri, aujourd’hui maraudeur pour Féminité sans abri constate la vacuité de cette annonce « C’est comme en 2015, au moment des attentats, on disait aux gens de pas sortir de chez eux mais rien n’est prévu pour ceux qui sont à la rue. Ce qui est en train de se passer, c’est que tout, les accueils de jour, les distributions de nourriture, les services administratifs… est en train de s’arrêter, sans parler de la possibilité de faire la manche »

« Pour pallier le manque de personnel dans les associations, nous avons lancé un appel aux volontaires via notre Fabrique de la solidarité, et nous mettons nos cinq centres de santé au service des centres d’hébergement, réagit Dominique Versini, adjointe en charge de l’exclusion à la mairie de Paris. Nous avons aussi mis à disposition de l’État la moitié de nos gymnases et pour les familles nous lui demandons de réquisitionner des hôtels. » (lire l’article de la Croix)

Lire aussi l’article de Libération : « Que va-t-il advenir des personnes sans-abri durant l’épidémie ? »

Les assistants familiaux et maternels face à des consignes contradictoires

Le site  en ligne  l’ASMAT explique que la crise du Coronavirus provoque une immense confusion pour les assistantes maternelles »

Chaque Département élaborant ses propres consignes via les services de PMI, L’Union Fédérative Nationale des associations de familles d’accueil et d’assistants  maternels (UFNAFAAM) rend compte d’un entretien téléphonique avec Christelle Dubos, la secrétaire d’État en charge du dossier. Je relaie ici les différents points abordés et rendus public par la Fédération :

« 1- Les assistants maternels peuvent accueillir à leur domicile jusque 6 enfants (si cela est souhaité il n’y a aucun obligation) c’est à dire qu’au total et avec vos enfants un total de 10 enfant (seuil) est envisagé au maximum
2- Comme nous l’avions dit et répété les obligations des départements vous indiquant que vous devez uniquement accueillir des enfants de personnels soignants est faux ! la secrétaire d’État va faire une communication à l’Assemblée des Départements de France (ADF) à ce titre.
3- Les parents en télé travail ont toujours la possibilité de vous confier les enfants.
4- Mauvaise nouvelle ici pour les maisons d’assistants maternels (MAM), il semble que la secrétaire d’État ne soit pas sur la même ligne que le ministère et nous confirme bien que les MAM agréées pour plus de 10 enfants doivent fermés, même si uniquement 9 enfants sont présents en l’état actuel.
5- L’application du chômage partiel  passait  au conseil des ministre du jour. Ceci ne veut pas dire pour autant que nous l’aurons à la fin du mois mais nous l’espérons. » conclut l’UFNAFAAM.

Certaines de ces dispositions sont vivement critiqués par des assistantes maternelles qui ne comprennent pas que l’on puisse accueillir autant d’enfants à son domicile sans risque à terme de contracter le virus. Les débats sont vifs sur les réseaux sociaux à ce sujet…

Vous pouvez aussi suivre sur ce sujet le compte Twitter du Syndicat des Assistants Familiaux  SAFSolidaires qui informe jour après jour la profession.

lire aussi : Coronavirus et assistantes maternelles : la DGCS recadre les PMI (les Pros de la petite enfance)

 

photo :  Designed by Freepik – www.freepik.com

 

Cette revue de presse a été rédigée en partie  par mon collègue Tom Léducspé… Merci à lui pour ce coup de main 

 

 

 

 

 

 

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

3 réponses

  1. Le non sens des pratiques professionnelles est pointé, visible, évident dès qu’un gros problème tel le covid 19 pointe son nez ! Faut en tirer enseignement, révision des pratiques et réorganisation totale du fonctionnement de la structure impactée, quelle qu’elle soit !

  2. Appel à la vigilance de la protection de l’enfance : ‪Alors en temps normal les écoles se questionnent pendant des jours voir des mois pour ou pas information préoccupante – après ils oublient souvent d’en parler au parents d’ailleurs bien que ce soit la loi – puis ça arrive à la Crip vous savez les cellules départementales encore un triage au vu des redéploiements de ces dernières année dans les services sociaux faut trouver les travailleurs sociaux pour effectuer évaluations – vu déjà la liste d’attente de votre cheffe qui s’est plus comment vous convaincre que ce serait bien d’en prendre une autre malgré déjà les 35 situations que vous n’arrivez plus à suivre – quand enfin on est arrivé à évaluer quelques soit vos conclusions d’ailleurs – si si on peut travailler avec les familles donc mesures administratives qui arrive chez les inspecteurs de l’enfance ou responsable unité ça devient la mode d’avoir compressé 2 ou 3 postes en 1 seul – ça culpabilise peut être moins car là on sait c’est carrément pas possible en fait – ‬puis alors en fonction de votre département ensuite AED ou pas en interne et là de nouveau attente et attente et ça c’est pour ceux qui vont rester à la maison car travaille possible avec les familles- pour ceux qui doivent être éloigné nouveaux parcours du combattant car la y’a pas de place en fait donc t’es déjà chez tes parents et tu va continuer à y rester et là tes départements ils commence par se comparer entre eux et comme ils sont dans la moyenne des départements des mesures non exécutés ça les rassure et ça les conforte d’ailleurs – le secrétaire d’état s’en ai sans doute rendu compte en Loire Atlantique prenons un Departement qu’il connaît …. alors moi je suis dégoûtée je suis énervée car les momes c’est faux ils vont pas parlé …. les éducateurs se protègent comme ils peuvent du burn out des non sens , de la perte de la réflexion clinique au profit de projet qui sont de la poudre de perlimpinpin pour se rassurer peut être de notre inaction massive….

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :