Les hommes qui s’effondrent : éloge de l’accompagnement social personnalisé

Le journal le Parisien nous explique que « les femmes seules avec enfants  ont investi les ronds-points dès les premières heures de vie du mouvement des gilets jaunes » . Elles sont victimes de la baisse du pouvoir d’achat, et subissent pour certaines un autre fléau : le non-respect du paiement des pensions alimentaires qui leur sont dues. Christelle Dubos rappelle de son coté qu’une famille sur cinq en France est monoparentale et que 85 % d’entre elles sont composées de femmes qui élèvent seules un ou plusieurs enfants. Légalement, le mauvais payeur, qui est très majoritairement un homme, peut-être condamné mais peu de procédures sont lancées. Le groupe de réflexion « Terra Nova » pense qu’il serait utile de mettre en place une agence de paiement sur le modèle québecquois. Les sommes dûes sont versées par l’agence et c’est elle et non la femme seule qui assure le recouvrement de la pension alimentaire. Pourquoi pas ?

Pourquoi de nombreux hommes ne paient-ils pas ?

Je ne souhaite pas défendre les hommes défaillants qui ne paient par les pensions alimentaires, (certains organisent sciemment leur insolvabilité). Pour autant, je me dois de préciser qu’il existe aussi beaucoup de situations d’hommes qui s’effondrent après le départ de leur conjointe. Dans de nombreuses situations de crise ce sont elles s’occupent de tout ou presque. Cela va bien au delà le partage des tâches ménagères, qui sont d’ailleurs bien peu partagées dans les familles en France. La femme, dans de nombreux couples, assure non seulement la gestion du quotidien, mais aussi l’organisation du budget, la prévision des charges à venir, l’éducation des enfants et le suivi scolaire etc.

Quel travailleur social n’a jamais entendu cette réflexion « je n’ai pas 2 enfants, j’en ai 3 en comptant mon mari ! » Ces hommes qui n’ont pas grand chose pour eux se retrouvent en incapacité d’assumer leur quotidien une fois la séparation venue, tout simplement parce qu’ils ne l’ont jamais fait auparavant. Bien sûr, il arrive parfois que certains se prennent en charge et réagissent positivement. Mais ils sont l’exception à la règle. S’il y avait un malaise à l’origine, celui-ci s’amplifie du coté de l’homme devenu seul.  Nombreux sont ceux qui entrent dans une phase de dépression sans oser le dire ni l’accepter. Il sont alors  dans une forme de déni.

L’homme quitté  va généralement tenter rapidement de rencontrer une autre personne dans le but de constituer un nouveau couple. Cette pratique est différente de celle de la femme qui lorsqu’elle se sépare (c’est aussi souvent elle qui prend l’initiative) en a un « peu soupé » et y regardera à deux fois avant de histoire de ne pas revivre la même expérience à ses dépens.

Ces hommes qui ne gèrent rien ou presque.

Ils sont rapidement insolvables, certains se retrouvent à la rue. Bref autant la femme qui connait l’adversité s’organise pour faire face (je les appelle les « mères courages » tant certaines me paraissent admirables au regard de tout ce qu’elles assument) autant l’homme à tendance à se laisser couler surtout s’il n’a pas de travail. Ce n’est pour autant pas une raison de les accabler et de les juger.

Il y a beaucoup d’hommes qui « partent en vrille ». Certains deviennent addicts à l’alcool et aux substances  dites illégales, Certains l’étaient déjà avant la séparation.

J’ai pu dans mon travail accompagner des hommes dans ce type de situation. Plusieurs avaient connu des expulsions et la litanie des commandements à payer. ils avaient complètement évacué de leurs pensées leurs obligations vis à vis de l’éducation de leurs enfants. Ils se savaient défaillants mais évoquer cela les renvoyaient à  l’image d’un bonheur et d’une famille perdue. C’était pour eux si douloureux qu’ils demandaient à ne pas aborder ça.

Plusieurs d’entre eux m’avaient ensuite raconté leur histoire. Elles se ressemblaient.  Ces hommes ne cherchaient même pas à se justifier, tous ou presque reconnaissaient assez facilement être en faute et surtout avoir « tout foiré ». Non, ils m’expliquaient qu’ils ne savaient pas faire et que de toute manière cela ne les intéressait pas. C’était trop tard. Il était vraiment difficile de les raccrocher à quelque chose.

Comment reprendre pied ?

Plusieurs de ceux que j’ai connu ont pu s’en sortir grâce à la mise en place des mesures d’accompagnement  social personnalisées (MASP). Ce type d’accompagnement est intéressant car il est vraiment à l’initiative de la personne concernée par le problème. Cette mesure a pu donner des résultats grâce à un accompagnement par un travailleur social spécialisé (souvent des conseillères ESF). Je me souviens cette collègue qui avec une patience remarquable, sans jamais aucun jugement, aidait la personne à reprendre pied en lui expliquant de façon simple combien il est utile de connaître, de comprendre et comment gérer son budget. C’était simple, naturel, précis et visiblement le courant passait.

Mais là aussi ce ne fut pas facile pour certains. Accepter d’être accompagné par un travailleur social qui a 10 à 20 ans de moins que vous n’est pas  évident. Pareil pour les jeunes hommes qui tout en refusant d’être « maternés » demandaient encore plus de rendez-vous. « Je crois entendre ma mère » me disait l’un d’entre eux à l’heure du bilan. Il disait cela mais acceptait, non sans un certain plaisir, les rendez-vous avec son éducatrice guère plus âgée que lui. Finalement cela lui allait bien. Il a fait du chemin.  Sa façon à lui de quitter ce maternage qui l’agaçait a été justement de se prendre en main et de faire face à un endettement qui plombait son quotidien.

La séparation est toujours un moment délicat et difficile. Il n’y a pas de recettes pour aider quelqu’un qui plonge et perd pied..  L’accompagnement social personnalisé est une réponse possible très efficace  si la personne est prête à s’y engager, il ne faut pas qu’elle hésite.  Elle pourra alors partir sur un nouveau pied. Mais pour cela, il faut que la confiance en soi s’instaure. Confiance en soi mais aussi confiance envers le travailleur social qui accompagne du mieux qu’il peut.

 

photo : gratisography

 

 

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Une réponse

  1. Quel article hypocrite !
    Notre société est bien malade pour être aussi hypocrite et/ou aveugle.

    Si on voulait vraiement aider les pères séparés, on leur accorderait les mêmes APL qu’aux mères !

    Comment un père peut il se permettre d’avoir un logement adéquat pour recevoir ses enfants en DVH, alors qu’il n’a pas droit aux APL. Imaginez un père qui à 2 enfants, il doit trouver un logement avec 3 chambres avec son seul salaire et 0 euro d’APL. C’est impossible. C’est à se moment là que la spirale de la dépression commence.

    Pendant ce temps la mère a un accès prioritaire aux logements sociaux neufs dans les meilleurs quartiers ou banlieues ET des APL (très) majorés. C’est le jackpot pour elles. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont majoritairement à l’origine des séparations.

    Votre dernier paragraphe est mensonger, il y a bien une recette pour aider les pères, elle est financière.

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