Didier Dubasque
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Les français ne sont pas des flemmards / Nous, les « AESH » vivons des drames… / Vive la Brigade des fauché·e·s !

Réforme des retraites : « Les Français ne sont pas flemmards, mais ils sont fatigués » (les travailleurs sociaux aussi !)

La sociologue Dominique Meda explique à Novethic que la forte résistance à la réforme des retraites est en lien avec les conditions de travail.  Elles sont devenues intenables en France alors que d’autres modèles, inspirés des pays nordiques, dessinent un avenir plus désirable. Une enquête IFOP laisse entendre que les Français seraient devenus paresseux alors qu’ils sont surtout bouleversés, choqués, fatigués. La fatigue s’explique par des causes extérieures : la crise sanitaire, l’inflation, la crise climatique, la guerre constituent autant de chocs. Cela n’a rien à voir avec la flemme ou la paresse qui sont des traits de caractère, des défauts.

La France occupe vraiment les dernières places en Europe du point de vue des conditions de travail.  Elles sont devenues intenables pour un grand nombre de personnes. La dernière vague de l’enquête Eurofound, réalisée en 2021 auprès de plus de 70.000 Européens de 36 pays, montre que les contraintes physiques sont plus fortes en France qu’ailleurs. Quelques données peuvent éclairer ce qu’il en est :

  • Pour plus de 43% des Français, leur emploi implique toujours, souvent, ou parfois de déplacer des charges lourdes (contre moins de 30% aux Pays-Bas et 35% en Europe).
  • Pour plus de 57%, il implique des positions douloureuses ou fatigantes (contre 43% en Allemagne et 50% en Europe)
  • Pour 55%, leur rémunération est jugée ne pas être à la hauteur des efforts consentis. 45% des Français seulement trouvent qu’ils sont « bien payés pour les efforts qu’ils fournissent et le travail qu’ils font » contre 68% des Allemands et 58% des Européens.

 

La France se distingue également par un niveau de violence et de discriminations élevé dans le travail accompagné d’un faible soutien de la part des collègues. Les autres pays européens se caractérisent aussi par une organisation du travail qui permet une meilleure conciliation entre vie personnelle, familiale et professionnelle. À 16h, qu’on soit employé ou cadre, le travail est fini et on passe à d’autres activités, sociales, familiales, personnelles comme le sport… On est à 10 000 lieux du présentéisme français (lire l’article de novethic.fr)

 


« Nous, AESH, vivons des drames chaque jour »

Les « AESH » sont les accompagnatrices et accompagnateurs d’enfants en situation de handicap. Ils représentent le deuxième effectif le plus important de l’Éducation nationale derrière les enseignants. L’hebdomadaire Politis donne la parole à Sébastien Cazaubon, qui exerce ce travail et en dénonce ce qui ne va pas. « Le salaire, pour ce métier stagne à moins de 800 euros par mois ». On nous oblige à travailler à temps partiel sur la base d’un CDD de trois ans renouvelable une fois. Nous pouvons donc rester en contrat précaire pendant six ans, à espérer un CDI qui n’arrive pas toujours » dit-il. Et avec un tel salaire on ne peut rien faire. « les banques nous rient au nez »

Cet « AESH » qui intervient dans les Landes nous explique l’organisation du travail. Il leur faut utiliser un outil en ligne mis en place par le ministère : le Pial, pour « pôle inclusif d’accompagnement localisé ». Concrètement, un AESH peut se retrouver avec six élèves à accompagner chaque semaine, dans autant d’établissements. Le département des Landes, d’où je viens, est découpé en cinquante zones. Du jour au lendemain, un élève peut voir un autre AESH s’occuper de lui. Avec un temps d’accompagnement toujours plus réduit.

Conséquence, les accompagnant(e)s sont contraints dans certains cas de rester seulement vingt minutes avec chaque enfant. Ce qui est dramatique, tant la stabilité est un besoin fondamental. « Mais, au ministère, ils ne comprennent pas. Pour eux, que l’enfant puisse voir plein d’accompagnateurs différents, c’est une chance… » explique le pfofessionnel qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée de jeunes en  services civiques. Ils interviennent en milieu scolaire pour, en théorie, suppléer les AESH. Sauf qu’on demande à ces jeunes adultes, payés au lance-pierre, de venir dans des établissements… où il n’y a pas d’AESH. Cela permet un remplacement à moindre prix. Comment ne pas comprendre que des familles craquent quand elles découvrent cette situation ? (lire l’article de Politis)

 


RSA, Caf, Pôle Emploi : une « brigade des fauchés » mobilisée face aux réformes et aux galères

Nils Hollenstein, qui écrit dans le mag en ligne Basta!, nous fait découvrir ce collectif particulier d’entraide qui intervient dans la ville de Lyon. « Le collectif s’est monté en 2019 après un appel à se mobiliser contre la première réforme de l’assurance chômage, explique Yanis, la trentaine. Puis le confinement est arrivé et ça s’est transformé en distribution de repas auto-organisée. Ensuite, beaucoup de gens se sont épuisés. »  Le collectif est reparti au printemps dernier, en créant une permanence qui rencontre un certain succès.

Le journaliste présente le parcours d’un des membres de la brigade. Étienne a rejoint le collectif récemment et témoigne d’une détresse croissante face aux démarches administratives. « Les gens baissent très vite les bras, moi y compris. Face à des refus de prestations sociales, souvent peu motivés, on ne sait pas quoi faire. J’avais besoin de collectif pour mener des actions et une réflexion autour de cette question. » « Aujourd’hui tout est dématérialisé, il n’y a plus du tout d’humain »dit-il.

« Tout le système est basé sur de petits empêchements », regrette Étienne. Et comme les moyens ne sont pas là, ça aboutit à un accompagnement au coup par coup. Les agents de la Caf ou de Pôle emploi sont obligés de bâcler les dossiers pour atteindre les objectifs fixés. » Face au manque de moyens, Pascal s’interroge : « Ce ne serait pas mieux que les premières personnes concernées décident si elles ont ou non besoin d’être suivies ? ». En voilà une bonne question ! (lire l’article de Basta)

 


Bonus !

Yves, assistant familial : « Je ne suis pas là pour sauver un enfant, mais pour l’accompagner »

Vous le savez, le métier d’assistant familial traverse une grave crise. C’est un métier difficile, peu connu, qui demande un engagement important. Pourtant ce métier est très valorisant, explique Yves Mabon, interrogé par Florence Thibert et Johann Pailloux  journalistes à France 3 Pays-de-Loire.  Cet assistant familial (les hommes sont très minoritaires) s’est reconverti à ce métier depuis seize ans. Il était auparavant moniteur d’auto-école.

Une vidéo lui permet de s’exprimer directement auprès de vous :

« S’il n’est pas forcément socialement valorisant, parce qu’il n’est pas très reconnu, c’est un métier qui, personnellement, l’est énormément »  dit-il. Pour lui, le plus important est de savoir séparer la vie professionnelle de la vie personnelle. “C’est vraiment la partie la plus difficile. Si on n’a pas quelqu’un, un conjoint, des enfants, des collègues éducateurs ou autres, avec lesquels on échange régulièrement, qui viennent nous dire : “attention, là, tu vas trop loin, ce n’est pas ton rôle de faire ça”, on peut très vite aller dans le mur” reconnaît-il. (lire l’article de France 3 Pays-de-Loire)

 


Lire aussi

 


 

Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser

Photo : une partie de l’assistance lors de la journée d’action contre la réforme des retraites (Saint-Nazaire) DD

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