Les démons de Ludivine / « à peine 18 ans et déjà SDF… »

Les démons de Ludivine

Ce film documentaire que vous pouvez découvrir en streaming vidéo sur le site d’Arte est  une façon de comprendre les actes éducatifs à travers le parcours d’une jeune fille de 15 ans. Ludivine a été plusieurs fois confrontée à la justice des mineurs après ses fugues et ses excès de violence. La juge des enfants a passé avec elle un contrat qui va à contre courant la tendance actuelle : elle lui propose une dernière alternative avant le placement en foyer ou en famille d’accueil : parcourir à pied en Espagne, avec une accompagnatrice, 1.700 kilomètres, sans téléphone ni musique (sans musique, ça craint un peu). Une gageure pour cette adolescente tourmentée  qui aime faire la fête et « se sentir libre ». Les premiers pas sont laborieux, évidemment et ça se comprend. la réalisatrice Axelle Vinassac a souhaité filmer cette démarche « à contre-courant des lois françaises plus centrées sur la répression que l’insertion en matière de justice des mineurs. » Une excellente présentation et analyse de ce film vous est proposée par Arthur Porto.  Il a intitulé son article : Quand “Ludivine prend des ailes” car c’est bien de cela qu’il s’agit. (voir le film sur Arte)

A peine 18 ans et déjà SDF…

Voici une série de témoignages à découvrir sur le site de FranceInfo qui vous propose un grand reportage sur le parcours de plusieurs jeunes…

  • Catherine Descombes, jeune majeure  est « douce comme une touche de piano, écorchée comme un archet maltraité. La jeune femme rêve de musique classique. Peu importe : depuis le berceau, elle a le malheur d’être une enfant placée, abandonnée par son père et retirée à sa mère autiste. Devant la magistrate, elle comprend que le plus dur est encore à venir. Elle va perdre à la loterie des « contrats jeunes majeurs ». Elle va connaitre le « terrible destin de milliers d’enfants placés »….
  • Mason Ewing qui a eu « la plus grosse peur de sa vie » avec cette perspective de se retrouver à la rue. Pour lui, pas de doute : ce sont les mauvais traitements subis dans l’enfance qui ont causé cette cécité. L’adolescent a dû apprendre à vivre avec son handicap, tout en étant baladé de famille d’accueil en famille d’accueil, rarement avec bonheur…
  • Marine Huchet, a été très soutenue par sa famille d’accueil finistérienne. Cette jeune a fait le pari de tenter des études supérieures. « J’ai dû me battre pour obtenir un contrat jeune majeur, assure-t-elle. On m’a opposé un non catégorique quand j’ai parlé de m’inscrire en fac de droit. C’était un BTS, un apprentissage, ou rien. J’ai finalement eu gain de cause. » Aujourd’hui, à 26 ans, « heureuse », Marine Huchet se destine au métier d’officier de la gendarmerie. Cela s’est plutôt bien passé pour elle contrairement à certains…
  • Patrick Brugioti, a 22 ans. Placé dans une famille qui le « prenait pour un chien », il a fini par « péter un plomb » et par être « viré » à 17 ans. Il a rompu tout contact avec l’ASE et s’est retrouvé à la rue dans Paris. Le reportage n’oublie pas de parler du parcours des Mineurs Non Accompagnés avec…
  • Jao (n’a pas souhaité donner son nom de famille et pour cause). A 22 ans, l’Angolais est désormais éducateur socioculturel et, faute de carte de séjour, enchaîne les contrats de travail de moins de trois mois.
  • Lyes Louffok, fait partie de la liste des jeunes interviewés. On ne présente plus tant il est présent dans les médias ; aucun sujet ou presque sur les jeunes majeurs de l’ASE n’est traité sans faire référence à ses propos. Lui-même s’est vu privé de cet accompagnement en tant que jeune majeur. « J’ai eu la chance d’être dans une dernière famille d’accueil qui m’a apporté énormément d’amour et qui m’a dit que j’avais la possibilité d’y rester, même si elle n’était plus payée pour cela. » précise-t-il. Lyes vient d’obtenir le diplôme d’éducateur spécialisé. Il va donc se trouver en prise avec les réalités du quotidien des travailleurs sociaux et mènera sans doute d’autres combats…

(lire ce reportage sur les jeunes majeurs réalisé par Yann Thompson pour FranceInfo)

 

Photo : Copie d’écran du documentaire d’Axelle Vinassac diffusé par Arte : la tête de Ludivine quand on lui propose de faire une randonnée de 1700 kilomètres pour éviter d’être placée et pour réfléchir à sa situation…

La sélection des articles a été réalisée avec l’aide de Michelle Verrier Flandre

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2 réponses

  1. J’ai regardé le reportage de Madame Vinassac sur Arte. Il me laisse des plus dubitatif. Le style « streap tease » à la Belge se prête assez mal à un tel sujet. Organisé quasiment autour des seuls commentaires de Ludivine, il manque quand même d’un minimum de pédagogie pour le rendre compréhensible. Beaucoup de silences, d’images de solitude, de plan fixe, absence de dialogue avec l’accompagnatrice et de sens donné à la démarche. le travail accompli par l’association « Seuil » méritait une illustration plus explicite que cette présentation du début et celle de la fin qui se résume à « Ludivine fait ce qu’elle veut quand elle veut », comme si les 3 mois de marche n’avait servi à rien. La réalisatrice a-t-elle compris quelque chose au projet du séjour de rupture ? on peut en douter. A moins qu’il s’agisse là d’une subtilité qui m’échappe. Pour le spectateur moyen le résultat est contre-productif.

  2. Madame Vinassac n’est-elle pas un peu caricaturale, quand elle affirme que la justice des mineurs est plus orientée vers la répression que vers l’éducatif ? L’ordonnance du 2 février 1945 est toujours en vigueur. Et c’est bien l’éducatif que fait prime ce texte fondateur. La moindre séance de n’importe quel du tribunal pour enfants le démontre : ce n’est pas tant l’acte délinquant qui compte que la personnalité du mineur et sa capacité d’évolution, d’insertion et d’amendement.
    En 2017 pour environ 56.800 mineurs jugés, 5.249 ont été condamnés à des peines de prison ferme et 1.500 à des séjours en CEF ou encore en CER. Soit un peu plus de 10%. Trop pour les uns, certes. Quant aux séjours de rupture qu’elle décrit dans son reportage existe depuis de nombreuses années. Il est important d’en faire la promotion. Mais entre ceux qui crient au laxisme de la justice des mineurs et ceux qui la trouvent trop répressive, il y a peut-être de la place pour un juste milieu !

    Jacques Trémintin

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