L’effrayant constat des cyberviolences conjugales : mesurer et comprendre le phénomène

Le saviez-vous ? Les violences conjugales s’accompagnent désormais très souvent de cyberviolences. Elles peuvent prendre des formes si diverses qu’elles sont difficiles à repérer pour les victimes. Une enquête de Numérama intitulée « l’effrayant constat des cyberviolences conjugales : logiciel espion, détournement de webcam… » se passe de commentaires. Dans un rapport publié en 2018, le centre Hubertine Auclert estimait que 9 victimes sur 10 subissaient cette forme particulière de violences. Le journal en ligne Numérama confirme la même chose et plus aujourd’hui.

Le smartphone est l’outil le plus utilisé, suivi des réseaux sociaux puis des emails et du GPS. Le rapport précise que 56 % des victimes n’ont jamais parlé du système de surveillance qu’elles subissent par honte, mais aussi par peur de ne pas être crues ou parce qu’elles ne pouvaient pas tout prouver.

Les auteurs du rapport ont tenté d’identifier l’ampleur du phénomène mais ont aussi cherché à répondre à la question de l’aide apportée par les intervenants sociaux : « dans quelles mesure et comment les professionnel-le-s en lien avec les femmes victimes de violences conjugales peuventils-elles aujourd’hui répondre à ces nouveaux défis pour mieux protéger les femmes ? » Cette question est essentielle et il est utile que les aidants soient bien informés des risques pour les victimes.

Cybercontrôle et cyberharcèlement

85% des femmes accueillies pour des violences conjugales pour la première fois dans une unité médico-judicaire  ou dans une permanence d’association spécialisée,  déclarent avoir subi des cyberviolences de la part de leur partenaire ou ex-partenaire sur les douze derniers mois, soit 5 femmes victimes de violences conjugales sur 6. Le cybercontrôle et le cyberharcèlemen sont les deux types de violences dans le couple qui sont déclarés par une grande proportion de femmes victimes : entre 6 et 7 répondantes sur 10 en ont subi. Il y a aussi les cyberviolences dites administratives ou  économiques. Elles concernent près d’une répondante sur quatre (25%) qui voient leurs comptes surveillés. Ainsi le cyberharceleur a la possibilité d’installer un logiciel sur son smartphone qui lui permet de recevoir tous les messages what’sapp que son conjoint émet même quel que soit le destinataire.

Numérama apporte le témoignage d’une  femme qui explique que son ex-compagnon la forçait à renseigner un calendrier partagé sur Google pour savoir ce qu’elle faisait après le travail. Elle devait aussi se connecter sur Skype pour qu’il puisse vérifier qu’elle ne mentait pas et qu’elle était bien seule à son domicile.

les cyberviolences à caractère sexuel ou utilisant les comptes  des enfants

Les cyberviolences se traduisent aussi par des menaces qui peuvent aussi être à caractère sexuel : une répondante sur 10 déclare que son partenaire (ou ex) a diffusé ou menacé de diffuser des images à caractère sexuel sur les 12 derniers mois.

Après les séparations, ce sont aussi les enfants qui peuvent être ciblés ou du moins utilisés : près de deux répondantes sur 5 (41%) qui ont des enfants et qui sont séparées du père violent (125 femmes, soit 59% des répondantes), déclarent que leur ex-partenaire a déjà cherché à entrer en contact ou surveiller leurs déplacements via le téléphone ou les réseaux sociaux de leurs enfants.

Numérama présente d’autres situations qui témoignent de « l’imagination débordante » que développent des prédateurs. Il cite l’histoire d’un conjoint qui avait les codes du compte de la CAF (caisse d’allocations familiales) de son ex-femme. Il s’était connecté et avait remplacé le RIB par le sien. Il touchait ainsi tout l’argent directement sur son compte à lui. Une victime a également été inscrite contre son gré à une sécurité sociale qui n’était pas la sienne, ce qui l’empêchait de recevoir les remboursements de ses dépenses de santé.

Il est important que les institutions gestionnaire des platesformes numériques aient bien conscience des pratiques qui peuvent se développer et surtout puisse intervenir rapidement sur les comptes piratés. Ainsi numérama précise que la femme victime qui a été inscrite deux fois à une seconde sécurité sociale a porté plainte, mais que la police a ensuite «perdu son dossier». Pendant longtemps, elle n’a plus perçu de remboursements, ce qui aurait pu la mettre dans une situation précaire au moindre soucis de santé. «C’est toujours très difficile à prouver et il y a globalement un manque de formation et un manque de coopération entre les différentes administrations».

En tant que travailleurs sociaux nous avons à prendre en compte ces situations et à intervenir si l’administration des services en ligne ne répond pas. Car cela ne fait qu’ajouter du stress à la personne maltraitée. Mais il est quand même surprenant que ce sujet soit si peu abordé alors que les tentatives de manipulation des conjoint(e)s victimes de violence utilisent de plus en pus la voie numérique.

Il reste important d’aborder ce sujet quand on rencontre une femme qui souhaite se séparer. Ce n’est pas une question à laquelle on pense spontanément. Il ne faut pas pourtant oublier d’échanger à ce sujet.

 

Fond photo créé par benzoix – fr.freepik.com

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

Une réponse

  1. Très bon article que nous allons relayer, si vous en êtes d’accord à nos bénéficiaires de préventions du harcèlement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :