L’économie sociale et solidaire n’échappe pas à  la fièvre réformatrice d’Emmanuel Macron…

L’économie sociale  et solidaire n’échappe pas à  la fièvre réformatrice d’Emmanuel Macron nous apprend le Canard Enchaîné de cette semaine. Dans ce domaine ce sont les groupes nationaux qui vont tirer leur épingle du jeu au détriment du secteur associatif traditionnel implanté localement. C’est un peu à l’image de l’agriculture. Les petites exploitations sont  à la peine alors que celles qui sont organisées sous des formes capitalistiques comme les céréaliers, s’en sortent plutôt bien. David contre Goliath, l’histoire n’est pas nouvelle sauf que cette fois-ci c’est David (le petit) qui va perdre à tous les coups. Le Canard Enchaîné nous explique comment et pourquoi.

La solidarité est-elle en train de devenir un marché qui est en train de se structurer autour de groupes nationaux dont le groupe SOS et son président, ancien éducateur spécialisé Jean-Marc Borello sont le fer de lance ? Cet ami du président de la République est le délégué national à la transformation économique et sociale du mouvement politique « En marche ! » A son initiative (mais pas que lui)  le gouvernement a lancé, le 18 janvier dernier, le label « French Impact » qui est en quelque sorte l’équivalent de ce qu’est la French Tech pour le numérique.

Un fond d’un milliard d’euros (oui, c’est bien cette somme là) va être dédié aux entreprises à caractère social et solidaire qui décrocheront le label « French Impact » pour développer des projets sociaux. Cela fait dire au Canard Enchaîné qui soulève un lièvre  qu’ « une partie des associations et des structures distinguées par cette décoration pourraient se partager, sur cinq ans, un magot de un milliard d’euros ! Et, dans la course, le groupe de Borello est bien placé… »  Étonnant non ?

Le monde des « Winners » contre celui des « Loosers »

L’hebdo du mercredi précise « l’initiative permettra aussi de sélectionner les 10 ou 15 boites «les plus innovantes socialement et ayant démontré la robustesse de leur modèle» pour «amorcer un changement d’échelle» (sic). Autrement dit, les lauréates recevront des millions (moitié d’origine privée, moitié d’origine publique) pour grandir en taille et s’imposer comme des acteurs de poids dans l’économie sociale ». En face les « petits » n’auront que leurs yeux pour pleurer car ils n’auront pas été sélectionnés.

Ces entreprises sociales d’envergure nationale sont les mêmes que celles qui ont répondu aux appels d’offre dans le Maine et Loire sur le marché de la protection de l’enfance. Elles disposent de moyens pour répondre de façon efficace à la commande publique. Elles  parlent le même langage que les élus ce qui n’est pas vraiment le cas pour les associations traditionnelles du secteur associatif condamnées à se regrouper ou à disparaître.

L’article du Canard, nous confirme ainsi que la prime ira aux plus forts. « Une bonne surprise : parmi les sociétés déjà repérées se trouve Wimoov, une association de covoiturage pour les personnes en situation de fragilité, appartenant justement à la galaxie du Groupe SOS.  D’autres structures chapeautées par Jean-Marc Borello pourraient se porter candidates »..

« Le groupe dirigé par cet homme d’affaires est le plus important dans le domaine de l’économie sociale et solidaire hexagonale. Avec un chiffre d’affaires de 850 millions en 2016, il rassemble 439 structures aux statuts associatifs, coopératifs ou mutuels ».

Le Canard enchaîné n’en reste pas là et rappelle que l’été dernier « le gouvernement a réduit les subventions des collectivités locales  qui subventionnaient les associations ../…  En janvier, 200 000 contrats aidés  ont été effacés sans plan B, au  prétexte que les employeurs  devaient « être capables d’insérer les personnes durablement». « Une belle formule insérée dans un rapport remis à la ministre du Travail » par…   Jean-Marc Borello.

Il ne reste plus qu’aux associations indépendantes et trop petites pour concourir à venir vite rejoindre un groupe national qui dans ce futur concurrentiel leur permettront de survivre à la manière des franchisés. Aurons-nous demain des « Vinci » du social qui exporteront leur savoir faire à l’étranger ? Seul l’avenir radieux et optimiste du monde libéral pourra nous le révéler !

 

article canard enchainé

article canard enchaîné

 

photo issue du compte twitter « le French Impact » 

 

note : Pourquoi cette information du canard enchaîné me fait réagir ? Il me semble qu’il y a de fortes similitudes avec ce que certains ont pu connaitre il y a maintenant de nombreuses années avec le mouvement des radios libres. Il y avait d’un coté les associatives fédérées au sein de la FNRL et celles, crées pour le business qui s’étaient constituées en groupes avec un syndicat. La radio la plus indépendante à l’époque était NRJ qui défendait la liberté d’expression. 20 ans plus tard les associatives qui drainaient tout le territoire ont progressivement été rachetées et ont quasiment disparu (il en reste quelques unes). Elles sont devenues marginales. Les grands groupes se sont déployés et ont imposé leur logique. Ils vivent de la pub et se font farouchement concurrence. Quant au contenu, elles se sont normalisées et aucune ne prend plus de risque. Certes il reste les « indépendants » regroupés nationalement, mais ils sont dans la même logique. Ce formidable support à l’expression qu’était la radio libre associative s’est vidé de sa substance pour se transformer en déversoir de musiques ciblées selon les publics et le marché de la publicité. Les gagnants auront été ceux qui, avec un sens des affaires, se sont vite positionnés sur un mode concurrentiel d’optimisation économique. Je crains que le même processus soit « en marche » dans le secteur des structures de l’économie sociale et solidaire.

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