Le smartphone, ce compagnon que nous croyons contrôler et qui, au final, contrôle nos humeurs

Une étude du Kaspersky Lab nous en apprend beaucoup sur ce doudou moderne qu’est devenu le smartphone. Il n’est même plus un phénomène de société : il est en train de remplacer notre mémoire. Nous lui déléguons ce que par le passé nous apprenions par cœur, par exemple les numéros de téléphone de nos proches. Ainsi nous ne stimulons plus notre cerveau comme nous le faisions auparavant. Pire même certains enfants ne pratiquent plus cet exercice quotidien qui consiste à faire appel à sa mémoire en se rappelant par cœur des choses et d’autres. Les smartphones prennent de plus en plus de place dans nos vies sans que personne ne s’en préoccupe vraiment. Pourtant, cela concerne quelque chose d’essentiel : le smartphone contrôlerait désormais nos états émotionnels depuis qu’il en est devenu un passage obligé.

Une expérience, menée par les universités de Würzburg en Allemagne et de Nottingham Trent en Angleterre nous explique que les smartphones ont depuis longtemps cessé d’être de simples équipements techniques et sont devenus bien plus que cela. Ils sont désormais étroitement liés à la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Devenu des compagnons numériques, ces objets inertes  ont des effets réels sur notre psychologie et l’état moral dans lequel nous nous trouvons.

Astrid Carolus, psychologue des médias à l’Université de Wuerzburg, a dirigé une étude qui lui permet d’affirmer que nos téléphones intelligents sont des outils qui  pilotent en quelque sorte nos comportements. Les chercheurs ont testé l’envoi sur plusieurs mois de milliers de notifications à l’attention d’un panel de personnes ayant accepté de préciser leurs humeurs au moment de la réception de tel ou tel message. Ils connaissent  désormais les notifications qui ont un impact négatif ou positif sur le moral de chacun et comment il est possible de développer un sentiment de colère, d’injustice, d’agacement ou d’irritation. Ils connaissent aussi ce qui rend plus heureux et positif.

Finalement, qui contrôle qui ? L’algorithme ou l’humain ?

Demain, c’est-à-dire aujourd’hui tant les choses vont vite, une organisation est capable d’envoyer des messages à des milliers de personnes via des fermes à clics qui visent à influencer de façon massive des  opinions. Chacun peut ainsi à terme doper sa popularité et faire croire que ce qu’il écrit ou dit est largement partagé même si ce n’est pas le cas. Mais ce n’est pas là l’objet principal de mon propos.

Le  smartphone est désormais l’outil qui impacte le plus notre  sentiment d’identité et notre façon de penser expliquent les chercheurs. Leurs travaux ont révélé que l’utilisation de téléphones intelligents est associée à des variables qui, normalement, sont utilisées pour définir des relations sociales susceptibles de nous convenir.  Le smartphone est également associé à des variables qui affectent notre vie quotidienne. Une étude révèle qu’ils imitent les relations personnelles en matière de stress. Il nous faut alors savoir le gérer tout comme il faut savoir gérer la peur de l’échec, de la mauvaise image de soi que l’on est susceptible de renvoyer.

Ce monde virtuel narcissique sur certains réseaux sociaux est impitoyable notamment pour les jeunes. Nombreux sont celles et ceux qui tentent d’exister désespéremment à travers les réseaux d’amis virtuel. Il faut faire attention à cela. Certains sont là pour vous vendre un produit ou une façon de voir le monde. Or aujourd’hui,ils savent ce qui va vous faire réagir émotionnellement de façon positive… pour leur plus grand bénéfice.

Que penser alors du projet de Facebook de créer un Instagram pour les moins de 3 ans ? L’intérêt pour la firme de Mark Zuckerberg  est de familiariser toute la jeune génération avec son écosystème et de maximiser ainsi ses chances qu’une grande partie de celle-ci télécharge ultérieurement l’une de ses offres, alors que le groupe est de plus en plus concurrencé sur cette tranche d’âge par Snap et TikTok.

Avoir « plus de sympathie » pour son smartphone que pour ses proches

Les chercheurs ont constaté combien une part importante de la population est candide. « Une connexion de type ami avec notre smartphone signifie que nous plaçons un degré incroyable de confiance dans un objet inanimé – à tel point que nous le considérons comme un élément plus proche et plus important de notre vie que beaucoup d’autres personnes. Il y a plus d’un an une autre  expérience a demandé aux participants d’évaluer différentes personnes et objets de leur vie par ordre d’importance.

Elle a permis de révéler que 37,4% des participants considèrent leur smartphone comme plus, ou tout aussi important que leurs amis proches. L’expérience, menée par les universités de Würzburg et de Nottingham Trent, au nom de Kaspersky Lab, montre que l’intérêt porté à son smartphone est prêt à dépasser en importance celui de nos relations familiales :.
– 29,4% des participants ont déclaré que leur smartphone était tout aussi important, ou plus  important pour eux que leurs parents
– 21,2% ont déclaré que leur smartphone était égal ou plus important que leur partenaire de vie
– 16,7% ont classé leur smartphone dans la catégorie de la plus haute importance, bien que seulement 1,1% ont déclaré que leur smartphone était plus important que toute autre chose dans leur vie.

Je vous avoue avoir un peu de mal à comprendre cela.

Dans cet esprit, les chercheurs ont tout aussi été surpris de constater qu’il était par exemple très facile pour eux  de recueillir les codes PIN des smartphones : « Nous avons demandé aux gens de s’asseoir dans une salle d’attente pendant un moment. Puis nous leur avons demandé leur taille (question banale) et le code PIN de leur smartphone (question plus personnelle). Sans beaucoup hésitations la grande majorité des gens nous l’ont donnée. C’est inquiétant, car cela suggère que nous sommes prêts à risquer de communiquer des données sociales concernant nos « amis numériques » sans penser à mal. « 

Tout cela est assez surprenant. De quoi seront-faites les relations sociales demain entre les humains ? Faudra-t-il passer systématiquement par un outil numérique pour se sentir utile et reconnu ? Pour rencontrer son futur conjoint ? pour se former et travailler c’est déjà presque fait. Je vais vite en parler à mon voisin qui lui n’a pas internet, n’en veut pas.  C’est vrai qu’il passe aujourd’hui un peu pour un sauvage, mais il s’en moque complètement. Pourtant il m’a l’air avoir suffisamment les pieds sur terre pour me rassurer… Il faut dire qu’il lit beaucoup, vous savez sur ces objets anachroniques que sont les journaux et les livres imprimés sur du papier…

Les liens sur les études du Kaspery Lab

Research Report : « Digital Comparions »

schéma : L’impact de l’amnésie numériques sur nos vies 

Pourquoi nos smartphones nous rendent amnésique ?

La vie privée des jeunes adultes de plus en plus exposée

photo : « selfie » ! Pixabay

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