Didier Dubasque
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Le sexisme en France : les préjugés ont la vie dure !

Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a récemment publié son 6ᵉ rapport annuel sur l’état du sexisme en France. Les résultats indiquent qu’il garde des racines profondes et persistantes dans notre société. On peut même considérer que ce rapport est alarmant. Il révèle que 70% des femmes estiment avoir été traitées différemment de leurs frères dans la vie familiale, et près de la moitié des jeunes adultes perçoivent cette inégalité de traitement également à l’école. Le document souligne que les stéréotypes de genre sont inculqués dès le plus jeune âge, avec des implications majeures sur le développement personnel et professionnel.

Les différences d’éducation entre filles et garçons sont flagrantes. Les chiffres montrent que seulement 3% des garçons jouent avec des poupées et 4% des filles avec des jouets de type voitures, reflétant une division genrée dès l’enfance. Cette disparité se poursuit dans le système éducatif, où 74% des femmes n’ont jamais envisagé de carrière dans les domaines scientifiques ou techniques, en raison d’un manque flagrant d’éducation à l’égalité. De plus, les médias en ligne, comme Instagram, renforcent ces stéréotypes, avec 68% des vidéos populaires perpétuant des clichés sexistes.

Le sexisme porteur de croyances enracinées

Le rapport souligne un problème croissant de sexisme chez les jeunes adultes, avec une augmentation de la croyance en des valeurs traditionnelles dépassées, comme l’idée que les femmes doivent s’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants. Cette mentalité se reflète également dans le monde du travail, où plus d’un homme sur cinq entre 25 et 34 ans trouve normal d’avoir un salaire supérieur à une collègue à poste égal. Les conséquences de cette culture sexiste sont profondes et variées. Neuf femmes sur dix déclarent avoir vécu une situation sexiste, et 37% ont vécu une situation de non-consentement. Cela souligne l’urgence d’une action collective pour éradiquer le sexisme à la racine, notamment à travers l’éducation, la régulation et la sanction.

Le rapport appelle à une prise de conscience et à un changement de comportement général. Dans ce contexte, le HCE a lancé une nouvelle campagne de sensibilisation, « Faisons du sexisme de l’histoire ancienne », diffusée sur divers médias et soutenue par des partenaires de premier plan. La présidente du HCE, Sylvie Pierre-Brossolette, souligne l’importance de cet engagement médiatique pour sensibiliser le public et les pouvoirs publics à cette lutte nécessaire.

Mais qu’est-ce que le sexisme exactement ?

Le sexisme et un terme souvent utilisé, mais souvent mal compris. Il fait référence à toute forme de discrimination ou d’attitude préjudiciable basée sur le genre d’une personne. Il s’agit d’une conception qui suppose l’infériorité ou la supériorité d’un sexe par rapport à l’autre, menant à des pratiques et croyances qui perpétuent des inégalités et des injustices. Il peut se manifester de plusieurs manières, allant des commentaires et blagues désobligeantes aux discriminations systématiques dans des domaines tels que le travail, l’éducation ou la politique.

Ce concept englobe à la fois les préjudices directs et ouverts, comme le harcèlement sexuel, et les formes plus subtiles et insidieuses, comme les stéréotypes de genre.  Ils déterminent ce qui est considéré comme des comportements, des rôles ou des professions appropriés pour les hommes et les femmes. Par exemple, l’idée qu’une femme devrait être douce et empathique, tandis qu’un homme devrait être fort et déterminé, est un stéréotype sexiste.

Le sexisme n’est pas seulement préjudiciable aux femmes, il peut également affecter les hommes, les poussant à adhérer à des normes de masculinité toxiques. De plus, il a des répercussions sur les personnes qui ne s’identifient pas strictement aux catégories binaires de genre, les excluant souvent des discussions et des politiques. La lutte contre le sexisme implique bien évidemment une remise en question des préjugés profondément ancrés dans la société, ainsi qu’une réflexion sur les structures et les systèmes qui perpétuent ces inégalités. Cela nécessite une action collective et individuelle pour promouvoir l’égalité et le respect entre les genres, dans tous les aspects de la vie sociale.

On distingue plusieurs types de sexisme. Il y a notamment le sexisme hostile, caractérisé par des attitudes de mépris envers les femmes, et le sexisme bienveillant, où les femmes sont vues comme des créatures fragiles à protéger. Une 3ème position est qualifiée d’ambivalente. Elle  mélange ces deux formes, combinant des sentiments paternalistes et antipathiques envers les femmes​​.

La première définition du sexisme reconnue à l’échelle internationale a été élaborée en réponse aux mouvements comme #MeToo. Il inclut tout acte, geste, pratique ou comportement fondé sur l’idée d’infériorité d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur sexe. Cette définition englobe une vaste gamme d’actions et d’effets, comme l’atteinte à la dignité, la création d’un environnement hostile ou la perpétuation des stéréotypes de genre​

Le wokisme serait-il une expression qui vise celles et ceux qui luttent contre le sexisme ?

Regardons les choses en face : l’accusation de « wokisme » est souvent utilisée par les groupes qui s’en prennent aux minorités.  Être « woke »  serait avoir conscience et être sensibilisé aux injustices sociales et culturelles, notamment celles liées aux questions de race, de genre et d’identité sexuelle. Lutter contre le sexisme s’inscrit dans une démarche similaire à celle du wokisme en ce sens qu’elle vise à combattre les inégalités et les préjugés fondés sur le genre. Cette lutte implique souvent de remettre en question les normes sociales établies, de promouvoir l’égalité des genres et de dénoncer les comportements et les systèmes qui perpétuent le sexisme.

Mais il faut nuancer ce propos : le wokisme est parfois perçu comme une approche dogmatique de la justice sociale. Dans ce contexte, il est important de distinguer la lutte légitime contre les inégalités et les préjugés, qui est fondée sur la recherche de l’équité et du respect pour tous, de certaines approches qui peuvent être perçues comme allant trop loin dans la remise en question des structures sociales existantes. Tout cela est une question de perception.  Comme pour tout mouvement social, il est essentiel d’aborder ces questions avec un esprit ouvert et critique, en reconnaissant la diversité des perspectives et des approches. Il n’empèche que les tenants d’une droite extrème et certains hommes « virilistes » ont aussi trouvé en dénonçant le wokisme, un moyen de disqualifier celles et ceux qui luttent contre le sexisme.

Un baromètre 2024

Ce « baromètre 2024 du sexisme en France » vient de paraitre. Il offre une vision assez précise de la situation actuelle dans le pays. Il apporte des données significatives qui ne sont pas sans nous interroger. Il est difficile de résumer en quelques lignes cette étude, mais en voici quand même l’essentiel :

  • 84% des Français·es considèrent que la lutte contre le sexisme doit être une priorité pour les pouvoirs publics. 75% des personnes interrogées ressentent un sentiment d’impunité concernant les actes et propos sexistes (p. 16, 14). 62% des Français·es n’ont jamais suivi de séance d’éducation sexuelle et affective, bien que cette tendance semble s’améliorer chez les jeunes générations (p. 13).
  • 82% des femmes déclarent avoir vécu des situations sexistes, contre 41% des hommes. Parmi les femmes, 37% ont vécu des situations de non-consentement (p. 9, 10).
  • Enfin, il faut noter les proportions alarmantes de femmes qui ont vécu des situations de discrimination, de violence et de harcèlement, avec 86% des femmes ayant vécu une situation sexiste (p. 35, 36).

 

On peut aussi retenir qu’il existe un clivage marqué entre les perceptions des femmes et des hommes sur ce sujet. Les hommes sont nettement moins nombreux à reconnaître l’inégal traitement des femmes et à condamner les situations sexistes. Les usages des outils numériques sont identifiés comme des facteurs qui aggravent la situation. L’image des femmes est stéréotypée. Il est aussi noté des niveaux élevés de harcèlement en ligne de certains hommes. Enfin, une grande partie de la population estime que les actes et propos sexistes sont tolérés ou restent impunis, soulignant un besoin urgent d’action et de sensibilisation sur ce sujet.

Il y a urgence à agir

En conclusion, ce 6ᵉ rapport annuel du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes dresse un tableau préoccupant. Il démontre non seulement la persistance de stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, mais aussi l’ampleur des inégalités et des discriminations subies par les femmes dans divers domaines de la vie. Ces constats appellent à une prise de conscience collective et à des actions concrètes pour combattre ces inégalités enracinées.

Aujourd’hui la lutte contre le sexisme ne se limite pas à une question de justice sociale ; elle est également essentielle pour le développement harmonieux et équitable de notre société. L’éducation à l’égalité et la promotion d’une culture du respect mutuel sont des étapes essentielles. Ce rapport souligne l’urgence d’agir, non seulement pour les générations actuelles, mais aussi pour celles à venir.

En fin de compte, le rapport du HCE est un appel à l’action pour tous les acteurs de la société : gouvernement, éducateurs, médias, et citoyens. Il nous rappelle que le sexisme n’est pas une fatalité. C’est un fléau contre lequel nous pouvons et devons lutter en tant que travailleurs sociaux. La route vers l’égalité est longue et semée d’embûches, mais c’est un chemin que nous devons emprunter avec détermination et espoir pour bâtir un avenir plus juste et égalitaire.

Sources :

 


Photo : prostoolehprostooleh sur Freepik

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