Le revenu universel d’activité est-il un remède à la pauvreté ? « Oui, s’il est attribué à davantage d’ayants droit ».

Le magazine Liaisons Sociales a récemment interrogé  3 acteurs au sujet du futur revenu universel d’activité : Christine Cloarec-Le Nabour qui est députée LREM (Ille-et-Vilaine), membre de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée, Julien Damon Professeur associé à Sciences Po et mon ami  Yves Faucoup, qui fut travailleur social puis directeur d’action sociale d’un  Département. Auteur du blog «Social en question» sur Mediapart, il n’est plus aujourd’hui en activité salariée mais s’inscrit dans une veille sociale quotidienne et alimente la réflexion  professionnelle.

Je vous propose ici de prendre connaissance de son analyse sur ce sujet. Elle me semble bien correspondre à ce que peuvent penser une majorité de travailleurs sociaux. J’y ajoute quelques compléments rédigés en italique :

Yves Faucoup rappelle d’abord que le président de la République, en annonçant la création d’un revenu universel d’activité, est resté imprécis. Il s’agit de fusionner le plus grand nombre possible de prestations sociales, au risque de compliquer en voulant simplifier. En effet nous sommes avons été témoins depuis plusieurs années de la complexification des dispsoitifs permettant de percevoir des droits mais aussi des aides légales et extra légales. Pourtant ces dispositifs étaient censés simplifier la réponse aux besoins. Il n’en n’a rien été même si certaines mesures ont fait leurs preuves.  

« Pour donner l’impression d’un dispositif nouveau, rivalisant avec d’autres projets existants, il l’a nommé d’une part « revenu universel », alors qu’il ne sera ni universel ni inconditionnel, qu’il tiendra compte des revenus du ménage, sans être cumulable avec d’autres droits ; d’autre part, « d’activité » : pour bien signifier qu’il ne sera versé qu’à ceux qui recherchent un travail ».

« Il s’agit donc d’une sorte de RSA qui serait, désormais, versé automatiquement, ce qui aurait l’avantage de supprimer le non-recours et coûterait, de ce fait, environ trois milliards d’euros supplémentaires ». (Le versement « automatique » posera de nouvelles questions : Comment mieux impliquer les personnes alors qu’elles perçoivent une prestation sans avoir exprimé de demande ? Il faudra leur expliquer le pourquoi, le comment et ce qu’est a solidarité nationale, au risque de voir arriver un nouveau débat sur « l’assistanat ».)

Ce RUA fera-t-il reculer la pauvreté ? Oui, s’il est attribué à davantage d’ayants droit. Cependant, aucune indication n’a été donnée sur son montant, sinon qu’il doit «permettre à chacun de vivre décemment». Cela pourrait indiquer une volonté d’un minima social unique (au niveau de l’AAH et de l’Aspa). Ce dispositif, s’il est sans dépenses supplémentaires, suppose des économies, soit en réduisant d’autres droits, soit en assurant un meilleur retour à l’emploi. (Franchement il est difficile de voir comment une telle réorganisation pourra se faire « à moyens constants » Cela parait impossible tant le nombre de personnes qui ne font pas appel à leurs droits est important. Il risque fatalement d’y avoir des gagnants et des perdants, d’où l’inquiétude des personnes handicapées et de leurs associations.)

Le président aurait ainsi pu prôner un « droit à un accompagnement social et professionnel » adapté aux besoins de la personne. Sauf que cela est déjà inscrit dans la loi sur le RSA de 2008… Si l’accompagnement des personnes est déficient, c’est que les moyens en matière d’insertion manquent, que les Départements ont réduit, à tort, leur voilure en ce domaine. (De nombreux Département expliquent que les dotations de l’Etat ne permettent pas dans l’équilibre de leurs comptes de mettre en oeuvre une véritable politique d’accompagnement alors que les postes de travailleurs sociaux n’augmentent pas. La aussi l’équation est qasi impossible à résoudre d’autant qu des besoins important doivent aussi être affectés pour la protection de l’enfance).

Un service public de l’insertion ne sera qu’un effet d’annonce, à moins qu’une coordination renforcée des intervenants existants s’accompagne d’investissements élevés dans la formation et dans un réel soutien à la création d’emplois.

 

Photo : Yves Faucoup n’hésitez pas à visiter son blog et à vous y abonner : https://blogs.mediapart.fr/yves-faucoup/blog

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