Le premier accueil social inconditionnel de proximité : que nous disent les personnes accueillies et accompagnées

Le Centre National de la Fonction Publique (CNFPT)  a co-organisé  mardi dernier à Angers une journée sur le premier accueil inconditionnel de proximité. L’occasion de faire le point sur ce qu’il représente aujourd’hui et les questions posées par cette forme d’accueil qui vise, rappelons-le, à lutter contre le non recours aux droits.  Les organisateurs (DGCS, ANCCAS, ANDASS*) ont eu la bonne idée d’ouvrir la journée en donnant en priorité la parole aux personnes concernées, celles qui vivent l’exclusion, qui ont eu un parcours de rue, ou encore des ruptures sociales et professionnelles importantes au point d’être à un moment ou à un autre exclues de leurs droits fondamentaux.

C’est l’occasion de vous présenter ici ce qu’elles attendent de ce type d’accueil. 2 membres du Conseil Consultatif Régional des Personnes Accueillies (CCRPA) des Pays de Loire ont pu ainsi directement dire aux participants  ce qui est nécessaire pour que ce type d’accueil leur soit utile. Avant d’entrer dans le détail, Jean François Krzyzaniak et Ismaël Ibrahim ont tenu à présenter leur structure à travers une courte vidéo qui présente de façon simple le CRPA des pays de la loire. Une vidéo tournée il y a un peu plus de 2 ans mais qui reste d’actualité :

Alors que nous disent les personnes accompagnées au sujet de ces premiers accueils sociaux inconditionnels de proximité ?

  1. La toute première difficulté quand on vit la galère est tout d’abord de savoir qu’il existe des lieux de premier accueil. Souvent on ne sait pas où aller ni à qui s’adresser. Si ces lieux ne sont pas identifiés, si ceux qui ont un premier contact avec une personne à la rue ne savent pas qu’ils peuvent lui proposer d’aller ou de les accompagner vers ce premier accueil, ça ne fonctionnera pas. Or il peut se passer beaucoup de temps avant d’aller vers un lieu qui vous permet de vous en sortir ou du moins de reprendre pied. Plus la personne reste longtemps à la rue, plus il est difficile pour elle d’en sortir, voire même d’accepter d’être aidée.
  2.  Il est difficile de raconter à des interlocuteurs différents pourquoi on est à la rue et comment on en est arrivé là. Les personnes ont de la pudeur et vécu des traumatismes. Avoir sans cesse à raconter son histoire  ravive des douleurs parfois enfouies. C’est comme si on appuyait sur une blessure qui n’est pas guérie. « On ne veut pas raconter 50 fois la même histoire ».
  3. Les personnes ne veulent pas d’un premier accueil administratif mais d’un premier accueil humain. Les mots sont important. Ce n’est pas le social ou l’administratif qui prime, c’est l’humanité que porte l’accueillant dans la relation qu’il engage avec la personne en galère. Trop souvent ceux qui vivent l’exclusion sont mal reçus ou du moins le vivent comme tel. Elles sont souvent très sensibles au remarques et savent rapidement à qui elles ont à faire. Est ce quelqu’un en qui je peux faire confiance ? est-ce qu’elle me considère comme une personne et non comme une catégorie qui dérange ? le premier contact est essentiel.
  4.  Elles souhaitent toutefois que  ce premier accueil soit « social ». C’est à dire soit assuré par un professionnel formé pour cela et qui ne les juge pas. Il faut bien comprendre, nous dit Jean François Krzyzaniak, que l’on se sent dominé. On a besoin de ne pas se sentir jugé redira-t-il
  5. Il faut pour ces premiers accueil des lieux « neutres ».  Comprenez par là qu’un guichet réservé au CCAS dans une mairie est le meilleur moyens pour que l’on n’y aille pas. « On a peur de rencontrer son voisin ou quelqu’un connait quand on attend dans la salle d’attente et que tout le monde qui passe nous voit ». Il ne s’agit pas de se cacher mais de respecter la discrétion nécessaire permettant de passer le pas.
  6. Trop de courriers que l’on reçoit  sont incompréhensibles. Il nous faut des informations avec des mots  simple on a  besoin de réponses limpides que l’on comprend tout de suite que ce soit à l’oral et à l’écrit. Quand la personne n’a pas compris ce qui lui a été dit elle n’ose pas le montrer et demander des précisions. Elle repart et ne revient pas. Elle ne continue pas les démarches. Il en est de même avec les mails : il ne faut pas créer d’adresse mail à quelqu’un qui n’a pas d’ordinateur. Une évidence ? et non parfois pour aller vite c’est ce qui se passe. Après c’est la galère pour accéder aux informations et sans déclaration en ligne les droits sont suspendus ou supprimés.

Voilà pour l’essentiel. Si vous tenez des permanences d’accueil du public en difficulté sociale, il est bon que vous ayez en tête ces réflexions qui sont logiques et pleine de bon sens.

Elles nous ont aussi dit autre chose qui me parait important de vous communiquer. Leur groupe veut prendre la parole et travailler et réfléchir pour  répondre à cette question : « De quel pognon de dingue a-t-on besoin pour vivre décemment ? » 

Si vous souhaitez leur répondre ou simplement échanger avec eux n’hésitez pas, je me ferais un plaisir de leur transmettre vos idées et vos propositions…

Note des abréviations :  DGCS : Direction Générale de la Cohésion Sociale, UNCCAS : Union Nationale des Centres Communaux d’Action Sociale, ANDASS :  Association Nationale des Directeurs d’Action Sociale et de Santé

Photo : Jean François Krzyzaniak membre du CRPA Pays de Loire qui est intervenu à la tribune avec son collègue  Ismaël Ibrahim

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :