Le développement social aujourd'hui : Pour qui, pourquoi ? Ce n'est pas un 100 mètres, c'est une course de fond !

Dans le dernier ouvrage de la revue française de service social qui vient de paraître, je me suis attaché à tenter de répondre à cette question : « Le développement social local est-il vraiment au service des institutions, des citoyens ou des élus ? » vaste question. Finalement, sur ce sujet, nous sommes engagés dans une course de fond…

Lorsque nous accompagnons une personne, nous devons nous attacher aux 3 niveaux de la relation qui lui permet d’avancer et de prendre place dans le système social dans lequel elle évolue… Nous tentons en tant que travailleurs sociaux de restaurer des liens.

  • Le lien du soi à soi : en résumé c’est comment la personne se considère et se situe vis à vis d’elle même,
  • Le lien aux autres : sa famille, ses amis et relations de travail (quand il y en a), en bref les liens qui sont dans l’environnement proche de la personne,
  • Le lien à la société : C’est en quelque sorte notre affiliation relative à l’ensemble des règles (droits et  devoirs) issues du « vivre ensemble » dans notre société contemporaine. C’est dans ce lien à la société que se situe à mon avis le développement  social de la personne

J’avais déjà abordé plus en détail ce sujet dans un précédent article.

Mais aujourd’hui que constatons nous ? Le développement social qu’il soit ou non local est devenu l’alpha et l’oméga des coordinateurs de l’action sociale des Départements. Il est désormais considéré comme une politique d’action sociale et non comme un mode d’intervention en travail social. Pour ma part, je reste persuadé que le développement social n’est pas seulement une politique en soi mais plutôt une pratique. C’est un processus très bien décrit dans le chapitre 7 du livre « L’intervention sociale d’intérêt collectif : de la personne au territoire ». Comme le précise le titre de cet ouvrage, il s’agit d’accompagner la personne dans un chemin qui va de sa propre dynamique personnelle à celle plus large qui s’inscrit sur son territoire de vie.

Aujourd’hui le développement local nous est présenté non pas comme une façon d’aider et de permettre l’autonomie des personnes et des groupes mais plutôt comme un moyen de mettre en œuvre d’un politique publique portée par les élus d’un territoire. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, direz vous, mais cette volonté portée institutionnellement n’est pas sans risques. l’aide à la personne et au groupe à travers des actions collectives ne vient alors que pour « illustrer » la politique sociale de l’institution. Si l’on n’y prend garde, elle peut vider de son sens les interventions des travailleurs sociaux.

Vous le savez, nous sommes de plus en plus contraints de répondre à des demandes institutionnelles plutôt que de tenter de répondre aux problématiques de la population du territoire dans lequel nous travaillons.

Nous contribuons à alimenter avec de « petites actions », la communication institutionnelle sans pour autant toujours nous centrer sur les questions de fond. Tout le monde semble satisfait : l’administration, qui démontre qu’elle sait s’adapter, l’élu qui va communiquer et montrer des actions qui le mettent aussi en valeur, le travailleur social, apprécié de sa hiérarchie qui trouve là un espace de « respiration professionnelle ».  Bref quand ça fonctionne, tout le monde est content.

Mais au fait, où sont les personnes accompagnées ? Est ce qu’elles s’y retrouvent elles aussi ? Oui dans un premier temps. Elles sont honorées et obtiennent souvent à travers ces actions une reconnaissance sociale qui leur manque tant. Mais malheureusement, souvent cela ne dure pas. Une fois les flashes de la presse locale ou de la communication institutionnelle éteints, elles retrouvent un quotidien parfois très gris, et, si les choses ne bougent pas pour elles, ont certes vécues un moment intéressant, mais peuvent tomber de haut. Un peu comme quand une personne quitte un stage de formation ou de dynamisation  qui l’a bien motivé, et qu’elle se retrouve ensuite seule sans activité. Cela  provoque souvent de la déprime et du stress. Cette personne qui vit cela va alors considérer que, si elle ne s’en sort pas après ce qui lui a été proposé, c’est finalement de sa faute et que vraiment elle est incapable.

C’est dans cette phase là que le travailleur social doit être encore plus présent, rester attentif et actif auprès d’elle. Il faut pouvoir « récupérer » la personne au moment où elle doute malgré tout le positif qu’elle a vécu. Comment l’aider à rebondir ? vaste question qui nous rappelle 2 réalités.

La première porte sur l’acceptation des limites de nos interventions. Nous ne disposons  pas d’emplois pour ceux qui en cherchent ni de logements pour ceux qui aspirent à y accéder. Nous pouvons seulement soutenir, alerter, mettre en relation, valoriser la personne, mais sans d’autres relais nos actions sont limités

Le seconde est qu’aujourd’hui il est demandé au travailleur social à l’image d’un athlète de courir un 100 mètres et de parvenir à franchir une ligne d’arrivée le plus rapidement possible. Or le travail social, c’est une course de fond. Il faut savoir franchir ou contourner les obstacles, économiser nos forces dans la durée, ne pas abandonner en route. A l’image des marathoniens, nos efforts avec les personnes doivent être réguliers et soutenus, il ne s’agit pas d’abandonner ni de lâcher l’autre en cours de route… C’est un travail moins visible, moins spectaculaire que ce qui est attendu du sportif qui vise l’exploit en moins d’une minute. Nous , nous sommes dans la durée, dans la ténacité et allons au rythme de la personne en tenant compte de ses limites. Dans cette société de compétition où seuls les premiers s’en sortent, c’est aussi cela qui est difficile à expliquer et à faire accepter !

Photo : Gratisography

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