COVID-19 : Finalement, le « CARE » n’intéresse pas les décideurs…

La pandémie est révélatrice d’une réalité sociale et d’un non-dit. Lorsque Emmanuel Macron communique sur les effets de la crise il est fréquemment entouré de plusieurs ministres : Olivier Véran commente et apporte des informations relatives à la santé publique, Gérald Darmanin intervient sur les éléments de sécurité publique, Bruno Lemaire, le ministre de l’Économie annonce régulièrement les dispositifs financiers et de soutien aux entreprises. Viennent ci-et-là d’autres ministres et secrétaires d’État selon leurs domaines de compétence.

Aucun homme politique de premier rang n’est là pour parler d’un élément essentiel en temps de crise pour des millions de personnes : le « care » ou si vous préférez la nécessité de prendre soin de l’autre dans une dimension différente de celle du soin médical.

Quel ministre pour promouvoir la nécessité de prendre soin de la population  ? Le ministre de la Santé est aussi celui des Solidarités mais sa priorité, on le comprend bien, concerne en premier lieu la situation sanitaire dans le pays. Des hôpitaux en surcharge, les professionnels de santé sous pression, des mesures à mettre en œuvre, des vaccins à faire venir et des  campagnes de vaccination à planifier. Médecin de formation c’est  ce domaine qui mobilise toute son attention.

Mais qu’est-ce que le care ?

Le « care » est un terme anglais que l’on utilise, car il est impossible à rendre en français ce qu’il représente par un seul mot. Il engage plusieurs notions  : celles du soin, du souci, de la proximité, du fait de se sentir concerné, donc d’attitudes ou de dispositions morales (care about, for), mais aussi celles de l’activité et du travail de care (take care). La pensée du care,  donne tout son sens à des valeurs morales  telles l’attention à autrui, la sollicitude, le prendre soin. Ce sont des valeurs d’abord identifiées comme féminines ce qui pose question dans un monde dominé par des hommes de pouvoir.

Le besoin de services, d’hommes et de femmes qui donnent vie au « care »  sont pourtant vitaux pour les plus fragiles : les personnes âgées, ou handicapées ne sont prise en considération que sous l’angle sanitaire. Le social est exclu. Passe  ainsi au dernier plan la situation des sans domicile, des personnes hébergées dans des structures sociales, les étrangers et plus largement celles et ceux qui n’ont aucun revenu.

Le social est transversal. Le care est universel

Il est l’affaire de tous et donc personne ne se saisi de cette importance du « prendre soin » de l’autre en dehors du champ médical. Aucun responsable politique au plus haut niveau ne s’en occupe véritablement. Il en est question uniquement quand le problème survient. Rien sur ce sujet n’est pensé en amont. Ainsi il a fallu un certain nombre de morts dans les EHPAD pour que des mesures de confinement en urgence soient annoncées. Il a fallu que toute visite soit interdite pour que l’on prenne conscience que nos anciens risquaient de mourir de solitude. Le confinement a oublié la situation de ceux qui sont à la rue et lors du premier confinement, certains ont été verbalisés pour ne pas être restés chez eux… Les exemples sont multiples et vous en avez certainement d’autres.

Les travailleurs médico-sociaux, leurs services sont des acteurs et des promoteurs du « care ». Il n’est donc aujourd’hui pas surprenant qu’ils ne soient pas suffisamment pris en considération puisque c’est le concept même de leur mission qui n’est pas reconnu comme essentiel.

Tout cela est fort dommage. Il n’a aucun reproche à faire à qui que ce soit mais simplement un constat. Le Care ne fait pas suffisamment partie de la vie politique et institutionnelle. Pourtant notre monde est vulnérable. À quel moment cela pourra-t-il changer ?

 

 

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Une réponse

  1. Didier,
    je suis d’accord avec l’ensemble de ton propos mais je te rejoins particulièrement sur un point : le social est transversal. Plus encore, le travail social, au sens large du terme, est transversal. tellement d’ailleurs qu’il est (prétexte ?) invisible des décideurs politiques actuels. ça n’arrange pas nos affaires à nous qui le défendons et encore moins aux populations en grande fragilité dans ce pays.

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