L’assemblée plénière du Haut Conseil du Travail Social du 26 novembre : de stratégies en stratégies

Le temps passe si vite ! je l’ai laissé filer sans vous parler de l’assemblée plénière du Haut Conseil du Travail Social qui s’est tenue à la fin du mois de novembre en présence de Christelle Dubos, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn. Voici, avec un peu de retard, quelques points abordés lors de cette journée. Ce compte rendu n’est pas exhaustif tant les sujets abordés ont été nombreux.

Christelle Dubos est venue en début de matinée et a salué le travail mené au sein du Haut Conseil. Elle a montré qu’elle suivait et connaissait les questions traitées par cette instance notamment à travers la commission éthique et Déontologie animée par François Roche. Elle a fait le tour des sujets traités en rappelant que le travail social est au cœur de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Elle défend l’idée de l’efficacité du travail collectif en équipe dès lors qu’il s’inscrit dans une démarche de dialogue.

La secrétaire d’Etat est aussi revenu sur les 5 grands axes de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté en rappelant ses mesures phares. Elle a aussi rappelé qu’il faut absolument aller vers des droits sociaux plus équitables en rappelant que, par exemple, 30% des personnes n’ont pas recours à leurs droits à la CMUC. Elle compte pour cela sur le « data-mining » susceptible de permettre d’ouvrir des droits sociaux sans attendre la demande de la personne. Parmi les autres points (rapidement abordés), Christelle Dubos a parlé du projet de généralisation des « accueils sociaux inconditionnels ».

Pour elle, l’Etat doit être garant d’un service public d’accompagnement en lien avec les Départements et être porteur d’un grand service public de l’insertion. Pour cela il faudra que les services de l’Etat contractualise et finance des actions avec les Départements. la secrétaire d’Etat a aussi parlé des expérimentations « territoire zéro chômeur » qu’elle souhaite voir se généraliser. Les expérimentations sont d’un grand espoir car là où elles se déroulent, cela fonctionne plutôt bien.

Quelques regrets

Il n’y a pas eu de véritable débat ni d’échanges sur des éventuelles perspectives de travail entre le HCTS et la secrétaire d’Etat et c’est fort dommage. Les quelques interventions dans la salle ont rappelé les difficultés que rencontrent la population et les travailleurs sociaux mais ces interventions (certaines sous forme de déclaration) n’invitaient pas vraiment au dialogue. C’est pourquoi malgré l’intérêt de la présence de la secrétaire d’Etat en début de réunion, c’est un peu un rendez-vous manqué auquel j’ai eu, pour ma part, le sentiment d’assister. Il aurait fallu que nous puissions nous accorder sur des actions communes dès lors que les travailleurs sociaux sont appelés à contribuer à la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté.

Des chantiers (trop) nombreux

L’assemblée plénière a  continué ses travaux en recevant plusieurs autres intervenants.

Marina DROBI, du secrétariat général du comité inter-ministériel au handicap est venue parler des démarches pour une société inclusive et de la stratégie quinquennale d’évolution de l’offre médico-sociale.

Il a aussi été question par la voix de  Vincent Lena, magistrat à la Cour des comptes et coordonnateur du programme national « Cités Educatives » des besoins sociaux dans les banlieues.  C’est un homme engagé sur le terrain. Il a travaillé sur l‘expérience de la politique de la ville menée à Grigny. Son constat initial est assez cruel : il existe une  « fragmentation » des interventions de travail social dans les quartiers  et un déficit d’actions éducatives. C’est ce qui explique le projet de conduire des expérimentations sur 60 quartiers.

Les autres stratégies ont été présentées par la DGCS :  personnes âgées ; lutte contre les violences envers les enfants, lutte contre les violences faites aux femmes ; stratégie nationale de protection de l’enfance…

Tous ces sujets sont forts intéressants et même passionnants mais à un moment « trop d’infos tue l’info » :  chaque politique est abordée l’une après l’autre sans que l’on ait véritablement le temps de s’y pencher de façon concrète. Cette masse d’informations certes intéressante est difficile à digérer : il faudrait, comme j’ai pu le suggérer, qu’un document présente sur une même feuille les articulations  entre les différentes stratégies afin de pouvoir mesurer la cohérence de l’ensemble. La succession des présentations laisse supposer que nous sommes encore face à un mille feuilles de politiques spécifiques toutes aussi importantes  les unes que les autres mais sans réels liens entre elles.

Je crois que j’ai ressenti à ce moment là  ce que ressentent souvent  les travailleurs sociaux dans leurs propres réunions : le besoin de mettre en lumière la cohérence des dispositifs entre eux. Ces dispositifs, en silos, développent leurs propres logiques sans tenir compte de ce qui existe à côté. Nous sommes tous à dénoncer leur multiplication et la nécessité de l’approche globale. Quelle  stratégie faut-il mettre en œuvre  pour éviter que les erreurs du passé à ce sujet se renouvellent  ? Voilà une question pour laquelle je n’ai, pour le moment, pas de réponse.

 

Photo : Christelle Dubos (en rouge) lors de l’assemblée plénière du HCTS, à sa gauche Marie Paule Cols vice présidente du HCTS

 

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2 réponses

  1. En même temps, elle n’est venue qu’en début de réunion….Des choses surement plus importantes à faire(?), c’est révélateur. A quoi sert une telle instance? La logique en silo, dont parle aussi les ASH, c’est le cas sur le terrain avec des dispositifs plutôt étanches….Des déclarations d’intentions louables mais en même temps des financements en baisse, et des tensions de plus en plus vives: les travailleurs sociaux manifestent, c’est nouveau. La marchandisation du social est en route (voir le groupe SOS ,par exemple, et ses affinités avec le gouvernement. Le logement à Marseille avec les immeubles qui s’écroulent, et mairie et préfet qui se renvoient la balle illustre bien le système de gouvernance: on fait quoi pour que ça change?

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