Didier Dubasque
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La « transition juste » : déconstruisons les idées reçues !

Le service de spécialité « Inclusion sociale » de  »Institut National des Études Territoriales (INSET) d’Angers a organisé le 16 mai dernier une journée de réflexion dédiée à la transition écologique juste, un thème de plus en plus exploré dans les milieux de la recherche et de la formation. Organisée par le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT), cette journée visait à examiner les impacts de cette approche sur les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux.

C’est l’occasion ici de revenir sur ce sujet. En effet, la transition juste, celle qui est liée au changement climatique avec ses épisodes de catastrophes naturelles, concerne les publics les plus fragiles qui sont impactés plus fortement que d’autres. On l’a vu dans les épisodes d’inondations du nord et de l’est du pays. Les travailleurs sociaux des CCAS et des Départements sont en première ligne lorsque ces évènements surviennent sur leurs territoires.

Le déni climatique au sein de la classe politique a considérablement diminué au fil des années, mais il n’a pas totalement disparu. La majorité des hommes et femmes politiques français ont accepté la réalité des changements du climat, du moins à l’échelon national. Cependant, des poches de climatoscepticisme persistent, notamment, à l’extrême droite de l’échiquier politique. Pour eux, s’il n’y a pas de changement climatique, alors la transition écologique n’a aucun intérêt.

Quatre fausses idées sur la transition juste

Solange Martin, sociologue et Patrick Jolivet directeur des études socio-économiques à l’Ademe ont identifié dans un article quatre idées reçues majeures sur la transition juste. Examinons-les de plus près pour en comprendre les implications.

  1. La Transition juste est synonyme de perte d’emplois : L’une des idées les plus répandues est que la transition vers une économie verte entraînera une perte massive d’emplois. Cette perception est non seulement simpliste, mais aussi erronée. En réalité, la transition juste vise à créer de nouveaux emplois dans des secteurs durables tout en soutenant les travailleurs affectés par la fermeture des industries polluantes. Il est aujourd’hui essentiel de mettre en place des programmes de reconversion professionnelle et de formation pour garantir que personne ne soit laissé pour compte. D’où l’importance d’accompagner les salariés touchés par la reconversion.
  2. Cette transition est une question purement environnementale : Réduire la transition juste à une simple question environnementale est une erreur. Elle englobe également des dimensions sociales et économiques. Les politiques de transition doivent prendre en compte les inégalités existantes et s’efforcer de les réduire. Cela signifie que les publics les plus vulnérables, souvent les plus touchées par les changements climatiques, doivent être au cœur des stratégies de transition. Cela concerne notamment les personnes et les familles accompagnées par les travailleurs sociaux.
  3. C’est juste est un luxe que seuls les pays riches peuvent se permettre : Cette idée reçue ignore le fait que les pays en développement sont fréquemment les plus affectés par les impacts du changement climatique. Une transition juste doit être globale et inclure des mécanismes de financement international pour soutenir les pays en développement. Les pays riches ont une responsabilité historique et morale de contribuer à cette transition.
  4. La transition juste peut se faire sans la participation des salariés :  La participation active des travailleurs et de leurs syndicats est cruciale pour une transition juste. Les politiques doivent être élaborées en consultation avec ceux qui seront directement affectés. Cela garantit non seulement une meilleure acceptation des mesures, mais aussi leur efficacité à long terme.

 

Mais au fait qu’est-ce que « la transition juste » ?

Je ne sais pas si vous le savez, mais la transition juste trouve ses origines dans les luttes syndicales américaines des années 1970. Notamment avec le Syndicat des travailleurs du pétrole, de la chimie et de l’énergie atomique. Il revendiquait la création d’un fonds de soutien pour les travailleurs mis au chômage en raison de l’impact environnemental de leur secteur d’activité. C’est un concept qui vise à garantir que la transition écologique ne se fasse pas au détriment des questions sociales.

Selon la Confédération syndicale internationale (ITUC), six facteurs caractérisent la transition juste. Cela correspond à des pratiques dites vertueuses avec :

  • Le développement des emplois et lieux de travail verts.
  • La recherche et l’évaluation des impacts professionnels et sociaux de la transition.
  • La consultation de tous les acteurs concernés.
  • La formation des travailleurs aux nouvelles compétences requises.
  • La mise en place de politiques sociales et professionnelles protectrices.
  • Plans adaptés à la diversification économique de chaque région.

 

Un de ces points nous intéresse plus particulièrement : celui de la mise en place de politiques sociales et professionnelles protectrices. Dans le secteur social, plusieurs initiatives illustrent comment des politiques sociales et professionnelles protectrices peuvent être mises en place pour assurer une transition équitable.

Des programmes de reconversion professionnelle

C’est essentiel et c’est même l’un des piliers de la transition juste.  La reconversion professionnelle des travailleurs affectés par la fermeture des industries polluantes. On ne peut pas bien évidemment laisser les personnes sur le carreau comme ce fut le cas les années passées. Par exemple, en Europe, le Fonds pour une transition juste (FTJ) soutient des programmes de formation et de requalification pour les travailleurs des régions fortement dépendantes des énergies fossiles. Ces programmes visent à leur fournir les compétences nécessaires pour intégrer des secteurs plus durables, comme les énergies renouvelables ou l’économie circulaire, pour ne citer que ces deux exemples.

Le soutien aux habitants des territoires concernés

Ce fond ne se limite pas à la formation des salariés. Il finance également des projets de diversification économique dans les régions les plus touchées par la transition énergétique. Cela inclut des investissements dans les technologies énergétiques propres, la réhabilitation des sites industriels et la connectivité numérique. Ces initiatives visent à créer de nouvelles opportunités économiques et à réduire la dépendance aux industries polluantes, tout en soutenant l locales.

La transition juste repose aussi sur un dialogue social qui donne la parole à toutes les couches de la population. Les syndicats, les employeurs et les gouvernements, les représentants des habitants sont encouragés à collaborer pour élaborer des politiques qui tiennent compte des besoins de tous les acteurs concernés. la Confédération syndicale internationale (CSI) insiste sur l’importance de la consultation démocratique pour garantir que les politiques climatiques soient équitables et efficaces.

Les politiques de protection sociale jouent un rôle crucial dans la transition juste. Elles incluent des mesures comme l’assurance chômage alors qu’elle est actuellement fortement dégradée. Il faut mettre en place les filets de Sécurité sociale et les programmes de soutien aux revenus pour les salariés affectés par la transition. Ces mesures sont essentielles pour atténuer les impacts négatifs de la transition sur les travailleurs et leurs familles, en leur offrant une sécurité financière pendant qu’ils se reconvertissent ou cherchent de nouvelles opportunités d’emploi.

Des actions qui ne doivent pas amplifier les inégalités sociales

Des initiatives locales et régionales montrent également comment la transition juste peut être mise en œuvre de manière concrète. Par exemple, certaines régions ont mis en place des projets comme la rénovation énergétique des logements sociaux. Ces projets visent à réduire les factures énergétiques des ménages les plus vulnérables tout en créant des emplois locaux dans le secteur de la construction durable.

La transition juste est donc un cadre qui vise à garantir que les politiques climatiques ne creusent pas les inégalités sociales. En mettant en place des programmes de reconversion professionnelle, en soutenant la population, en renforçant la protection sociale et en favorisant le dialogue social, il est possible de créer une transition équitable et inclusive. Ces exemples concrets montrent que, loin d’être une utopie, la transition juste est une réalité en construction, nécessitant l’engagement de tous pour réussir.C’est pourquoi vous êtes aussi concerné(e).

Sources :

 


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