Didier Dubasque
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La rentrée approche et la situation de la protection de l’enfance est toujours aussi dramatique

Cela fait des mois si ce n’est des années que cela dure ! Un récent article de l’AFP publié par le Point met en lumière la situation toujours aussi préoccupante de l’aide sociale à l’enfance dans le département du Nord. Mais on peut dire qu’il n’y a pas que ce département qui est concerné. Certes, l’afflux des mineurs non accompagnés est à prendre en compte, mais il n’y a pas que cela. La crise des métiers perturbe le fonctionnement des services. Malgré certains efforts déployés, le nombre croissant de jeunes en détresse dépasse les capacités d’accueil disponibles. Cette situation est aggravée par la crise économique.

Des professionnels épuisés

Les travailleurs sociaux du secteur tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Ils soulignent que les ressources actuelles sont insuffisantes pour répondre aux besoins croissants. Les familles d’accueil sont débordées. Les structures d’hébergement sont saturées. De plus, la complexité des situations rencontrées, notamment celles liées à la maltraitance ou à la négligence, nécessite des interventions spécialisées.

Des solutions sont recherchées pour améliorer le système face à cette crise. Rien de bien nouveau d’ailleurs. L’accent est mis sur la nécessité d’une collaboration accrue entre les différents acteurs du secteur. Une recette éculée qui laisse supposer que les différents services ne se coordonne pas suffisamment, faisant porter la responsabilité de la charge sur les professionnels et l’encadrement. Pourtant, tous sont d’accord pour reconnaitre l’importance d’une prise en charge mieux adaptée pour chaque enfant en détresse.

Une situation qui ne fait que se répéter.

Claude Roméo ancien directeur départemental Enfance Famille en Seine Saint Denis rappelle qu’il y a un an déjà Claire Hédon, la Défenseure des droits, avait pris l’initiative de se pencher sur la situation préoccupante de l’ASE dans les départements du Nord et de la Somme. Cette décision faisait suite à des alertes lancées par des magistrats de ces régions. Déjà, il était écrit que les travailleurs sociaux étaient épuisés et la protection de l’enfance à bout de souffle…

Les principaux problèmes soulevés concernaient déjà le manque de places en foyer, l’insuffisance d’assistants familiaux, des placements non réalisés, ainsi que des délais excessifs pour certaines mesures d’assistance éducative. Claire Hédon et Eric Delamar, son adjoint chargé de l’enfance, avait aussi critiqué les réformes législatives récentes qui n’ont pas été accompagnées d’une réflexion approfondie sur leur mise en œuvre sur le terrain. La Défenseure des droits avec insisté sur les difficultés rencontrées par les travailleurs sociaux, tiraillés entre l’application de textes complexes et le manque de moyens.

Une mission d’informations du Sénat confirme les dysfonctionnements

Claude Roméo a lu en détail le rapport d’information du Sénat sur l’application des lois relatives à la protection de l’enfance publié le 5 juillet dernier. Il souligne le décalage croissant qui existe entre l’ambition des trois lois (2007, 2016, 2022) et leur mise en œuvre effective. Il se réjouit de voir le rapport préconiser ce qu’il défend depuis des années : ne pas engager de nouvelles lois sans s’assurer de l’application des lois existantes.

Il partage également l’avis du rapport selon lequel la protection de l’enfance, confiée aux départements, n’aurait pas dû entraîner un désengagement de l’État. Il rappelle l’échec de la prévention, mise au cœur de la loi de 2007, 16 ans après sa promulgation.

Pour remédier à cela, il propose la création d’équipes éducatives formées et spécialisées en prévention. Elles devraient être autonomes des équipes chargées du suivi éducatif. Ces équipes travailleraient en amont avec tous les acteurs locaux accueillant des enfants. Elles pourraient servir de relais en prévention précoce auprès des éducateurs de prévention. Parmi ces acteurs, on trouve les services municipaux accueillant des enfants, La PMI et les modes d’accueils de la petite enfance. Les responsables des établissements scolaires, les associations locales et sportives, les médecins généralistes en font aussi partie. Ils sont tous des acteurs et des observateurs de l’enfance.  Claude Roméo avait formulé  cette proposition directement à Charlotte Caubel, secrétaire d’État chargée de l’Enfance, lors d’une rencontre.  Il regrette qu’aucune suite n’ait été donnée à ce jour.

Ce type de réorganisation pourtant nécessaire demande des moyens supplémentaires qui manquent aux services de l’ASE.  À ma connaissance, certains départements ont tenté de réorganiser leurs services en ce sens, mais à moyens constants, ce sont les suivis qui en ont souffert.

Un appel au CNPE

L’ancien président de l’ANDASS rappelle enfin d’autres sujets abordés dans le rapport, tels que la crise des métiers du social, la gouvernance, la coordination au niveau départemental, la formation initiale et continue. Il suggère que ce rapport, combiné aux observations du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, devrait constituer un plan de travail pluriannuel pour le Conseil National de la Protection de l’Enfance et la délégation parlementaire des droits de l’enfant. En clair, il appelle la délégation parlementaire des droits de l’enfant à l’Assemblée Nationale à cesser d’être une simple chambre d’enregistrement et à devenir un lieu de débats et de propositions transpartisanes.

La situation de l’aide sociale à l’enfance est alarmante un peu partout en France. Les ressources sont insuffisantes, les professionnels épuisés et les structures saturées. Malgré ces constats, des voix comme celle de Claude Roméo s’élèvent pour proposer des solutions concrètes, telles que la création d’équipes éducatives spécialisées en prévention. Le rapport du Sénat et les observations du Comité des droits de l’enfant de l’ONU offrent une base solide pour un plan d’action futur. Avec une volonté collective et une action coordonnée, il est possible de redonner espoir à ces jeunes et de construire un meilleur avenir pour eux.

Mais pour cela, il faut une volonté politique qui apporte des perspectives aux professionnels. Pour l’instant, rien ne bouge. Les travailleurs sociaux en charge de la protection de l’enfance ne voient pas vraiment le bout du tunnel.

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Photo : Portrait Claude Romeo @F.Rondot

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Une réponse

  1. Dans cette situation, l’Etat mériterait d’être attaqué pour non assistance à personnes en danger et maltraitance de ses agents !

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