La Présidente de l’ANAS auditionnée par la députée Brigitte Bourguignon sur l’avenir des formations et des professions du travail social

J’ai eu la possibilité d’accompagner Anne Brigitte Cosson, la présidente de l’ANAS au rendez vous d’audition programmé le 22 avril dernier à Paris dans les locaux de l’Assemblée Nationale. Cette rencontre entrait dans le cadre d’une lettre de mission de Manuel Valls à la députée Brigitte Bourguignon qui doit remettre ses conclusions en juin 2015…

Il ne s’agit pas ici de rédiger un compte rendu de cette rencontre mais de rappeler certains points défendus auxquels je souscris pleinement.

Aujourd’hui l’existence des professions du travail social est interrogée laissant supposer qu’elles ne seraient plus en phase avec les réalités de terrain et les attentes institutionnelles. Cette idée  relève à mon sens plus de l’opinion que d’un diagnostic clairement établi. Nous pouvons opposer à cela la réalité des pratiques professionnelles des assistants de service social (mais aussi celle des éducateurs et des conseillères en économie sociale et familiale). Depuis leur création ces professions se sont sans cesse adaptées à la réalité des politiques d’action sociales et des dispositifs mis en oeuvre. Les travailleurs sociaux mettent en oeuvre des changements notamment législatifs et réglementaires. Nous avons modifié et adapté nos pratiques professionnelles en fonction des demandes des employeurs en tentant sans cesse de respecter les personnes aidées en les considérant comme des sujets de Droits. Je suis, pour ma part, parfois désolé de l’absence de connaissance par les employeurs publics des méthodologies d’intervention mises en oeuvre, des spécificités des filières, et du maintien de représentations erronées sur ce que font ou ne font pas les travailleurs sociaux selon leurs métiers

Alors revenons sur certains points abordés lors de cette audience cela peut se présenter sous forme de proposition même si cela n’a pas été forcement le cas lors de cette rencontre. Vous avez là certaines idées essentielles qui ont pu être développées.

Proposition 1 : Les missions confiées aux travailleurs sociaux s’inscrivent dans des définitions qu’il convient de respecter.  il est nécessaire d’éviter de réinventer ce qui existe déjà en terme de mission mais aussi en terme de profession dès lors que celles ci sont généralistes et s’adresse à l’ensemble de la population.

Proposition 2 : Il est nécessaire de reconnaître le caractère généraliste des professions dont celle d’assistant de service social mais aussi d’éducateur et de CESF. Les textes en vigueur dans le code de l’action sociale et de la famille sont pertinents et adaptés. Encore faut il en accepter les conséquences. En effet les professions  sont  reconnues dans les textes mais ne le sont pas dans le quotidien des pratiques institutionnelles. Il est contre productif de prendre des décisions dès lors que l’on ne considère pas les professions en tant qu’objet constitué par des savoirs spécifiques et des pratiques qui ont pourtant été formalisées, écrites et reconnues.

Proposition 3 Les travailleurs sociaux ont besoin de reconnaissance, de valorisation et de communication sur leurs réussites au quotidien qui restent très peu visible. Nous avons beaucoup à faire sur ce sujet. Les travailleurs sociaux interviennent dans la discrétion et ne sont pas des « communicants ».  ils font aussi l’objet de représentations parfois irréalistes sur leur travail : l’assistante social qui place les enfants, l’éducateur qui « cautionne » les délinquants… les clichés ont la vie dure.

Proposition 4 : Repenser les façons de se former afin de mieux répondre à la question sociale et consolider les formations et des diplômes existants, avec un socle commun de 30%. Ceci dans l’objectif  de renforcer notre culture commune. C’est déjà le cas dans certains centres de formation, cette pratique peut se généraliser.

En conclusion nous rappellerons que le travail social s’adresse à tous et qu’il ne faut pas réduire son champ d’intervention aux seules personnes exclues ou en situation de pauvreté (financière, psychologique…). Tout projet de réforme garder en tête la nécessité de positionner des futurs professionnels dans le champ de l’interdisciplinarité des connaissances. Les situations justifient de penser l’action du professionnel avant d’agir selon des analyses qui s’appuient sur des regards complémentaires.

 Enfin au cours de cette audition qui s’est tenu dans une ambiance fort respectueuse de la place de chacun, Mme Bourguignon nous a demandé ce qui, selon nous, relèverait d’une formation commune à l’ensemble des travailleurs sociaux

Pour ma part j’en ai repéré 4 domaines qui me paraissent aujourd’hui assez essentiels (sans ordre de priorité)

– 1 les valeurs républicaines dans la pratique du travail social dans sa dimension historique mais aussi politique. Le travail social s’appuie sur des valeurs liées au « vivre ensemble » dans un Etat républicain et laïque. Il s’agit d’en comprendre  le sens et les conséquences sur les postures professionnelles. L’histoire de nos professions analysée dans les contextes sociaux politiques des différentes décennies  et les questions et défis auxquelles elles ont eu à faire face me semblent essentiels pour notre culture commune.

– 2 La connaissance et la maîtrise des technologies de l’information et de la communication (enjeux autour de l’utilisation des réseaux sociaux, de l’ Internet…) qui favorise le développement de communautés d’intérêts. Il s’agit de savoir les utiliser à bon escient mais aussi de pouvoir aider celles et ceux qui ne les maîtrisent pas notamment dans la gestion de leur protection de la vie privée, ou des effets qu’elles provoquent.

– 3 L’Ethique et la Déontologie avec ses outils permettant de bien se positionner dans le travail tant vis à vis de la personne aidée que dans l’institution qui nous emploie. Les travailleurs sociaux « n’ont pas qu’à obéir » aux ordres et consignes, ils ont de part leurs fonctions spécifiques auprès des personnes à  se voir expliciter le sens et les effets attendus des consignes données.

– 4 La gestion de la violence et des tensions  face aux personnes en détresse qui n’ont trouvé comme seule solution d’agresser ou de menacer leurs interlocuteurs.  Il s’agit de pouvoir apporter des outils tant du point de vue de l’analyse des risques que des postures à tenir en fonction des signes apportés par les personnes elles mêmes et des messages qu’elles nous envoient.

A vous de trouvez un éventuel 5ème ou un 6ème thème de formation commun qui serait susceptible d’être transmis à l’ensemble des étudiants… Nous avons aussi abordé la possibilité de temps communs sur  le travail social « collectif » mais au regard de l’existant, je ne suis pas convaincu que cela soit une proposition satisfaisante. En effet chaque profession de niveau III, éducateur, conseillère ou assistante sociale possède une approche spécifique quant à l’agir collectif. Il serait dommage de ne retrouver au final qu’une seule façon d’intervenir alors que  nos professions agissent dans la complémentarité avec les outils spécifiques qu’elles se sont données…

Photo : Anne Brigitte Cosson devant l’immeuble de l’Assemblée Nationale « Jacques Chaban Delmas »  

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0 réponse

  1. bonjour didier ! merci pour le cr de la rencontre au ministère ! j’ajouterai aux thêmes de formation : l’entraide dans une recherche professionnelle pour construire les savoirs utiles et sans cesse à renouveler. Merci ! Hervé Drouard

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