La pratique du travail social provoque un niveau de stress élevé – Le soutien des collègues est inestimable

Voici le témoignage d’une collègue anglaise qui a rédigé une tribune dans le journal The Guardian. Il me parait intéressant et proche de certaines préoccupations ici en France. Que nous dit-elle ? Elle parle de sa propre expérience et du soutien particulièrement efficace de ses collègues à un moment où cela était difficile pour elle.

« Mon premier emploi après avoir eu mon diplôme était dans une équipe importante à l’extérieur de Londres. J’ ai été  bien guidée et accompagnée pour  mes premiers pas dans l’exercice du travail social. Cependant, quand je  suis passé  à un autre poste dans un quartier de Londres, un an plus tard, les choses furent un peu différentes. Le niveau de la demande de notre équipe  était incroyablement élevé et sa direction était clairement très « tendue ». J’ai fini par bénéficier de trois réunions de supervision en sept mois alors que j’aurais dû en avoir une tous les quinze jours. Quant à l’équipe telle que je l’ai vécue, cette équipe  était en grande partie inexpérimentée… »

La pression est montée alors  que la structure était  affaiblie avec moins de personnes disponibles pour nous aider et nous conseiller.  Je suppose que je n’ai pas fait tout ce qu’il fallait faire –  je ne  me suis pas informée ni suffisamment documentée  et je ne ne m’exprimais pas vraiment pendant la supervision. Pendant ce temps là, ma charge de travail et, en parallèle, mon anxiété ont augmenté.

J’ai juste éclatée en sanglots à un moment décisif d’une réunion. J’étais debout devant tous mes collègues. J’étais diplômée depuis environ 18 mois, et j’avais eu trois situations d’urgence de protection, chaque fois  un vendredi soir. Ce n’était  pas la première fois que je sentais que je ne pouvais pas faire face, mais là, cela a été le pire. Il y avait tellement de pression. J’ai été submergée – Je me sentais tellement abandonnée, et je ne pouvais pas voir comment faire appel une nouvelle fois à la hiérarchie. Je  ne comprenais pas non plus pourquoi et comment cette équipe était si différente de la précédente.

L’un des responsables ma accompagné dans un bureau à côté, il m’a donné un paquet de mouchoirs, m’a fait une tasse de thé (le moyen de détente au travail  à maintes occasions) et m’a laissé avec un collègue travailleur social.  Je me suis assise là  avec ce collègue que je connaissais très peu à l’époque. Son expérience qu’il m’a transmis grâce à cet échange a été pour moi le meilleur des encouragements. Il a renforcé ce que je pensais déjà -C’est à dire que ce sont fréquemment nos collèges qui nous apportent le plus grand réconfort dans les moments difficiles.

J’ai pu ensuite rencontrer mon chef de service. Il n’est pas toujours utile ou efficace de faire appel à eux mais dans ce cas je savais qu’il fallait passer par lui si je voulais surmonter cette difficulté. Je voulais rester en lien avec la même hiérarchie mais je savais aussi que je ne pouvais pas continuer au sein de cette équipe telle qu’elle fonctionnait.

Mon chef de service m’a suggéré de rejoindre une autre équipe, dans une petit hôpital bien géré et mieux organisé. Avoir du soutien, une orientation claire, des discussions constantes sur les situation dans une équipe solide m’a permis de m’investir dans mon travail. J’ai pu une nouvelle fois diminuer mon niveau de stress . Je commençais à maîtriser ma gestion du temps et développer des compétences en organisation, en mettant de côté des espaces de temps de  15 à 30 minute chaque jour pour gérer la partie administrative du travail. J’ai logiquement travaillé beaucoup plus efficacement. J’étais sur le même secteur, mais dans une approche totalement différente.

Il y avait pourtant une charge de travail importante avec des situations complexes, mais la structure était solide et le soutien interne important, ce qui m’a beaucoup aidé. C’est à ce moment-là que je commencé à m’investir dans la pratique du travail social en réseau et de groupe. J’utilisais aussi cela comme un moyen me permettant d’obtenir des conseils et du soutien.

Cinq ans et une douzaine d’événements plus tard, mon histoire est très différente. J’ai depuis été témoin d’une forme de chaos entourant le fonctionnement de nos services, mais aussi la demande massive des usagers, la pression qui vous oblige à lutter pour chaque minute  de temps disponible. J’ai vu  mes collègues qui recherchaient du soutien, ne sachant pas où se tourner. J’ai reçu un flux ininterrompu de courriels de gens qui veulent des réponses à leurs demandes. J’ai vu l’épuisement de certains et le manque de soutien, qui conduit à se tourner vers celui ou celle qui peuvent apporter quelques conseils, qui peuvent rassurer.

Mais j’ai aussi vu une entraide incroyable, j’ai réussi à faire face car j’étais soutenue par des personnes bien inspirées. J’ai vu les progrès de mes collègues (et maintenant de grands amis),  progrès rendus possibles grâce à ces praticiens chevronnés, pleinement engagés et motivés pour soutenir d’autres collègues de la même manière dont ils avaient été guidés par le passé.

Ces constats m’ont donné envie d’essayer de « grandir professionnellement » et de construire des pratiques d’entraide avec des réseaux de collègues solides et expérimentés. Peu importe l’endroit ou le secteur d’intervention. Il reste utile de travailler en réseau de professionnel que l’on peut  appeler et avec qui il est possible partager des situations. …/…

Je veux continuer ce que je fais actuellement. Cela me permet d’aider les collègues qui se trouvent dans la même position que celle que j’ai connue il y a cinq ans. Je souhaite faciliter et aider les collègues à répondre aux défis que posent les usagers.

Tout change, tout évolue sans cesse. Cela provoque du stress et nous fait perdre confiance. En favorisant le travail en réseau et l’apprentissage permanent, nous pouvons éclairer notre  façon de faire et d’agir concrètement. Il y a   le côté pratique et opérationnel du travail, mais il y a aussi la nécessité de mettre en œuvre un soutien émotionnel de proximité en  développant un réseau robuste d’entraide qui nous inspire et nous motive les un(e)s les autres ».

Photo : Zoe Betts auteure de l’article dont la version originale est aujourd’hui introuvable  sur internet

Note : pendant mes congés, je vous propose une rediffusion de certains articles « réactualisés »: celui-ci avait été initialement publié le 11 aout 2016

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2 réponses

  1. Très beau témoignage. Qu’on va partager!
    A retenir. Le soutien viens souvent des collègues dans un premier temps. On a pu le constater et en mesurer les bienfaits dans notre pratique éducative.
    Encore faut il « savoir écouter ».
    Nous avons développé cet aspect fondamental dans nos livre dont celui à destination du travail social.
    -Entretien d’explicitation
    -Défusing
    -Débriefing
    -Retex
    Bel été à vous
    http://www.gesivi.fr

  2. Oh cet article… Il me parle tellement…
    Jeune professionnelle, j’ai pu expérimenter pour mon premier emploi à un poste avec un niveau de stress (trop) élevé qui a eu deux effets. Celui de m’empêcher parfois de dormir et celui de m’avoir fait prendre conscience qu’il fallait que j’affirme plus mon positionnement professionnel, que je trouve ma mon organisation… Pour faire cela, mes pairs ont été mes plus grands soutiens. Cette première expérience a été parfois « douloureuse » mais adoucie par les conseils de mes anciennes collègues.
    J’ai essayé aussi d’être vigilante au bien être de mes pairs, d’être disponible pour discuter de situations ou tout simplement pour rire, sourire, partager un repas. Je m’efforcerais de conitnuer ainsi. Je pense que les conditions de travail actuelles nous poussent au delà de nos limites parfois. Je garde espoir qu’un jour nous pourrons accompagner les personnes dans un environnement insitutionnel plus serein.
    Merci pour cet article. Bonne conitnuation Monsieur Dubasque.

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