Didier Dubasque
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Jean-Louis Borloo : Un autre regard sur les banlieues

Jean-Louis Borloo est une figure emblématique de la politique, connue pour son engagement indéfectible en faveur des quartiers défavorisés et de la jeunesse. Ancien ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, il a joué un rôle déterminant dans la mise en place de politiques de la ville visant à améliorer les conditions de vie dans les quartiers dits sensibles. Mais, c’était entre 2002 et 2007, il y a plus de 15 ans.

Plus récemment, il avait été chargé par Emmanuel Macron en novembre 2017 de mener une mission sur les quartiers prioritaires. Il avait remis son rapport au premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, le 26 avril 2018. Ce rapport, fruit d’une réflexion menée avec les élus et les associations de terrain, proposait dix-neuf « programmes » thématiques pour rétablir l’égalité républicaine dans les quartiers. Ces actions, chiffrées à 48 milliards d’euros, couvraient divers domaines tels que la rénovation urbaine, l’éducation, la mobilité, la sécurité et la justice, les entreprises et l’emploi, le leadership, l’égalité et la mixité.

Toutes ces propositions avaient été récusées publiquement par le chef de l’État, infligeant un camouflet à son auteur. Il avait été quasiment considéré par l’exécutif comme irresponsable au regard des sommes à engager. Jean-Louis Borloo, curieusement, n’avait rien dit à l’époque pour se défendre devant les médias. Emmanuel Macron avait non seulement dénoncé ce rapport, mais il avait publiquement humilié l’ancien ministre devant 600 invités et tout le gouvernement réuni en dénonçant aussi bien le contenu, les moyens et la méthode de coconstruction du rapport.

Que proposait Jean-Louis Borloo en 2018 ?

C’étaient des mesures fortes qui avaient enthousiasmé son entourage. Je pense à Michel Didier, ancien conseiller auprès du directeur général adjoint de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT). Membre du HCTS il nous parlait avec passion de cet engagement de Jean-Louis Borloo et avait été consterné de son lâchage et l’abandon de son plan. Il est intéressant de regarder aujourd’hui à la lumière de ce qui vient de se passer ce que proposait le plan Borloo, car bien évidemment tout cela reste d’actualité :

Parmi les mesures fortes proposées figuraient :

  • La création d’une « académie des leaders » à côté de la prestigieuse École nationale d’administration (ENA). Elle devait mener, elle aussi, aux plus hauts postes de la fonction publique les jeunes élèves et étudiants brillants des quartiers populaires.
  • Le lancement de « cités éducatives », mettant en réseau tous les acteurs et les lieux qui participent à l’éducation des enfants (centres sociaux, de loisirs, de santé…).
  • La mise en place d’une fondation pour financer l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) à l’arrêt depuis quatre ans.
  • Le déploiement de 200 campus numériques, avec un investissement initial d’un milliard d’euros.

 

En ce qui concerne l’emploi dans les quartiers relevant de la politique de la ville (QPV), Jean-Louis Borloo proposait également des mesures fortes. Par exemple celles de lancer des plans de recrutement, d’encourager le recours à l’apprentissage et de promouvoir « l’accompagnement et le tutorat » au profit des jeunes.

Tout cela fut passé aux oubliettes (sauf pour les cités éducatives). Mais, les émeutes issues des jeunes des quartiers dits prioritaires nous montrent combien ces propositions étaient intéressantes, utiles et même nécessaires. C’est bien l’action publique et le choix des élus de la nation de ne pas financer ces mesures qui sont pour une part (avec certains policiers) responsables de ce qui se passe. Alors que les tenants de la droite dite dure contribuent à attiser la stigmatisation des jeunes, Jean Louis Borloo continue de s’inscrire en faux. Il reconnait que ces jeunes des banlieues sont une richesse et même notre avenir. Il s’en explique dans le1 Hebdo où il est interviewé.

« Les émeutes de 2005 n’ont pas été réglées avec les seuls hélicoptères de nuit »

Dans cet entretien réalisé par Hélène Seingier et Eric Fottorino, Jean Louis Borloo ne mâche pas ses mots et va droit au but. Il met en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses si les problèmes des banlieues ne sont pas traités, notamment la haine et la violence contre les jeunes. Il souligne l’importance de la ségrégation urbaine et de l’absence de perspectives comme problèmes fondamentaux à résoudre.

Il souligne l’importance de l’entrepreneuriat dans les banlieues, en particulier en raison de la discrimination à l’embauche. Il décrit la jeunesse des quartiers comme « lumineuse, intelligente, habile » et souligne leur potentiel en tant que force motrice pour l’économie numérique, l’art, la musique et le business. Il critique la discrimination systémique qui empêche ces jeunes de réaliser leur potentiel. Il critique la réduction du soutien aux clubs de football amateurs et aux associations, qui a laissé de nombreuses mères seules et leurs enfants sans soutien. Il qualifie la suppression des emplois aidés et le gel des subventions aux associations d' »erreurs majeures ».

De multiples propositions

Au delà ces critiques, l’ancien ministre de la Ville ne manque pas de faire des propositions. Il donne à voir plusieurs solutions pour améliorer la situation dans les banlieues, notamment la défiscalisation de toutes les créations d’entreprises avec la baisse de la TVA. Il est essentiel pour lui de mettre en place des équipes de prévention et de rue qu’il faut renforcer quand elles existent. Il faut aussi créer des places de crèche et instaurer des campus numériques pour enseigner ces métiers.

Pour cela, il souligne l’importance d’une action concertée de tous les acteurs pour résoudre les problèmes des banlieues. Il estime que la transformation peut être réalisée en cinq ans si l’effort est soutenu.  Il critique la discrimination à l’embauche qui oblige les habitants des banlieues à se mettre à leur propre compte et souligne l’importance de l’entrepreneuriat. Il dénonce également la manipulation des chiffres qui fait croire que les quartiers bénéficient de plus de moyens qu’ils n’en ont réellement.

Enfin il rappelle qu’après les émeutes de 2005, la situation s’était améliorée grâce à la rénovation urbaine et à divers programmes de soutien. Mais, rappelle-t-il, ces efforts ont été abandonnés lorsque le sujet n’était plus à l’ordre du jour. Or aujourd’hui, si l’on continue de ne rien faire, ça va mal se terminer, prophétise-t-il.

Si on ne fait rien, ça va mal se passer

Jean-Louis Borloo est qu’il reste profondément engagé et concerné par les questions de politique de la ville et de cohésion sociale. Il souligne l’importance de ne pas oublier les quartiers défavorisés et de continuer à investir dans des programmes de rénovation urbaine et d’éducation. Il critique la tendance actuelle à minimiser les problèmes des banlieues et à les opposer à ceux des zones rurales ou périurbaines. Pour lui, il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de reconnaître que tous ces territoires sont confrontés à des défis spécifiques qui nécessitent des solutions adaptées.

Il insiste aussi sur le fait que les problèmes sociaux ne peuvent pas être résolus uniquement par des mesures de sécurité ou de répression. Il faut investir dans l’éducation, la formation et l’emploi pour offrir de véritables perspectives aux jeunes des quartiers défavorisés, conclut-il. Comment ne pas lui donner raison ?

Sources :

 

Photo : Jean-Louis Borloo en 2010 : par Peter Potrowl. licence Creative Commons Attribution 3.0

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