Didier Dubasque
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Inondations : pour une transition écologique « juste » qui ne laisse personne sur le bord du chemin

Les inondations actuelles sont là pour nous le rappeler : l’urgence climatique justifie la mise en œuvre rapide de mesures fortes. Mais à quel prix social ? Le risque d’accentuer les inégalités existantes est bien réel si les pouvoirs publics n’y prennent garde. Les centres communaux d’action sociale (CCAS) sont actuellement en premières lignes face aux catastrophes naturelles telles les crues qui envahissent certains territoires.  Ils ont pour mission de protéger les habitants les plus fragiles et plus largement toute la population car nul n’est épargné.

Or aujourd’hui, nous sommes face à des contraintes qui paraissent difficilement conciliables. Faut-il continuer à vivre comme nous le faisons, quitte à accentuer le réchauffement de la planète et assister impuissant(e)s aux effets du climat qui se dérègle ? Ou devons-nous agir ici et maintenant même si d’autres ne le font pas ? Il semble que ce soit la première option qui ait été retenue alors que la seconde est la plus raisonnable.

Le cri d’alarme des Gilets jaunes

Souvenons-nous de la crise des Gilets jaunes en 2018. Ce mouvement de protestation a éclaté après l’annonce d’une nouvelle hausse de la taxe carbone sur les carburants. Une partie de la population, déjà fragilisée financièrement, s’était insurgée contre cette mesure qui allait encore aggraver les inégalités.

Ce fut un signal d’alerte lancé aux décideurs politiques avant que ce mouvement soit dévoyé. Mais cette mobilisation fortement réprimée nous a aussi montré combien les inégalités mettent à mal nos choix communs.

Les précaires, premières victimes

Faut-il là aussi le rappeler ? En France, 9,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire. Pourtant, avec une empreinte carbone bien moindre que les ménages aisés, ils sont paradoxalement les premières victimes du dérèglement climatique. Mal logés, se nourrissant difficilement de manière saine et durable, trop souvent obligés d’habiter loin des centres-villes faute de moyens, leurs dépenses de transport pèsent lourdement sur leur budget. Toute nouvelle taxe sur le carbone les fragilise un peu plus. Voilà la principale inégalité qui mine tout effort pour limiter les gaz à effet de serre.

Quand on y regarde de plus près, ce sont surtout les industries qui polluent et imposent la production des déchets. Nous n’avons pas le choix. Nos poubelles jaunes débordent d’emballages plastiques bien plus polluants que le papier et le carton. L’obsolescence programmée de tous les produits électroniques et électroménagers est devenue la règle.

L’État est parfaitement schizophrène. Alors que d’un côté, il prône le développement durable (un développement peut-il l’être ?), de l’autre il nous invite à consommer et produire plus qu’il ne faut pour accroitre le PIB du pays et faire tourner l’économie.

Or, les personnes les plus fragiles ne sont pas dans la surconsommation. Elles n’intéressent pas les industriels car elles ne consomment pas suffisamment. Pourtant, elles nous montrent la voie à suivre parce qu’elles savent vivre la sobriété. Le problème est que cette sobriété leur est imposée et non choisie à cause de leur manque d’argent. Et il faut bien le dire : personne n’a envie de se priver.

La crainte des déséquilibres territoriaux

Au-delà des inégalités sociales, la transition écologique fait aussi peser une menace sur les équilibres territoriaux. Certaines régions, moins bien desservies par les réseaux ferrés ou avec un potentiel limité pour les énergies renouvelables, pourraient être défavorisées par les nouvelles politiques environnementales.

« Ne rien faire aggraverait les problèmes à terme », prévient Solange Martin, sociologue à l’ADEME. Mais les enjeux sociaux et territoriaux doivent impérativement être pris en compte pour une transition « juste » et mieux acceptée.

Remettre l’humain au cœur du processus

C’est la recommandation du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) : lutter contre la pauvreté, les inégalités hommes-femmes et préserver l’environnement sont des combats indissociables.

L’ADEME, s’emploie à explorer les conditions d’une « transition juste ».  Elle étudie par ce qui permettrait de rendre la fiscalité carbone plus équitable. Car au-delà des analyses techniques et économiques, l’avis et le vécu des populations les plus vulnérables est d’une grande richesse. Intégrer leur parole, leurs savoirs dans la conception des politiques publiques seraient un gage d’efficacité supplémentaire. Pour une transition écologique réussie, nul ne doit être laissé sur la touche. Le message est clair.

En résumé, une transition écologique juste cherche à combiner les objectifs environnementaux avec ceux de la justice sociale, en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte dans la transition vers un avenir plus durable.

Que peuvent faire les travailleurs sociaux ?

Nous pouvons prendre toute notre place dans une transition écologique socialement juste. D’abord parce que nos professions sont informées des enjeux actuels posés par l’évolution du climat et la responsabilité des femmes et des hommes à ce sujet.

Nous sommes proches des populations vulnérables et précaires. Elles nous apportent leurs expériences « d’expertes du vécu » et nous aident finalement à mieux comprendre les processus d’inégalité tels qu’ils existent.  Cette proximité est un atout si l’on sait partager avec les publics fragiles les questions de société auxquelles elles sont, elles aussi, confrontées.

Les travailleurs sociaux sont des facilitateurs de la parole. En étant en lien direct avec les personnes en situation de précarité, ils sont à même de recueillir leur parole, leur expertise d’usage sur les difficultés du quotidien. Ils peuvent ainsi faire remonter ces témoignages de terrain pour que les politiques environnementales soient pensées au plus près des réalités vécues. Ils peuvent aussi aider à lutter contre les « fakes news » ces fausses informations qui polluent le débat public et biaisent les opinions. Ils luttent contre l’ignorance et la désinformation face à ce qui est scientifiquement prouvé.

Nous sommes des relais d’informations indispensables. les professionnels et bénévoles qui interviennent dans le champ du travail social constituent des relais précieux pour faire connaître les aides existantes, sensibiliser aux enjeux et aux conséquences du réchauffement climatique en promouvannt les gestes écocitoyens adaptés à chaque situation. Cette proximité et l’accompagnement des publics fragiles peuvent être déterminant dans l’appropriation des nouveaux modes de vie plus durables.

Nous pouvons promouvoir les initiatives locales vertueuses. Elles existent fort heureusement ! De l’économie sociale et solidaire à la promotion des logiciels libres, en passant par l’économie de l’échange des savoirs, nous sommes en contacts avec les acteurs locaux. Nous pouvons identifier et valoriser les initiatives créant des synergies positives entre enjeux sociaux et environnementaux (circuits courts, économie circulaire et solidaire, écoquartiers participatifs…).

Dans leur mission d’insertion socio-professionnelle, les travailleurs sociaux sont aussi en première ligne pour anticiper les besoins de formation aux futurs métiers de la transition écologique. Pourquoi ne pas orienter et préparer les publics en difficulté vers ces métiers utiles socialement et écologiquement pour la planète ? Cela donne du sens face aux enjeux actuels

Ainsi, par notre connaissance des réalités de terrain, nous sommes bien placés. Notre rôle d’interface et d’accompagnement social, nous pouvons apparaitre comme des maillons indispensables et particulièrement utiles pour décliner concrètement dans nos pratiques une transition écologique socialement inclusive. Il nous faut savoir dépasser cette utopie et la concrétiser à travers des actions utiles pour tous.

Une journée de formation proposée par le CNFPT

« Agir pour une transition écologique juste et travail social » sera le thème de la prochaine journée d’étude du Centre National de la Fonction Publique Territoriale. Ce sera le 16 mai prochain à l’INSET d’Angers. Une journée bienvenue pour les professionnels des CCAS et des Conseils Départementaux.

Cette journée de sensibilisation et de discussion fera le point sur les impacts de la transition écologique sur les pratiques du travail social. Elle vise à mettre en évidence les enjeux auxquels sont confrontées les personnes précaires en raison des crises climatique et écologique et de ses conséquences désormais prévisibles.

Le CNFPT rappelle à ce sujet que les politiques visant à lutter contre le réchauffement climatique ont souvent des conséquences négatives pour la poplation la plus précarisée. Cela peut entraîner une stigmatisation et un rejet des solutions proposées. Afin de remédier à cette situation, il est proposé d’adopter une approche de transition écologique qui tienne compte des effets spécifiques sur les public fragiles à faible autonomie. Cette journée s’adresse à tous les agents de la Fonction publique territoriale du secteur social.

 


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Photo : Pixhere licence Creative common  CC0 Domaine public

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