Hommage à Céline Boussié, aide médico-psychologique et lanceuse d’alerte

« Ce que je dénonce, ce sont des enfants attachés, enfermés dans trois mètres carrés » Céline Boussié avait été licenciée pour avoir dénoncé les conditions d’accueil indignes d’un Institut médico-éducatif (IME) en 2013.  Elle avait dénoncé les mauvais traitements envers les jeunes pensionnaires polyhandicapés de cet établissement. Poursuivie en diffamation, elle a depuis lors été relaxée. Elle a récemment témoigné sur France Télévision en précisant que face à de tels  faits vous  avez trois options : soit vous restez et vous cautionnez ce qui se passe, soit vous partez et vous ne dites rien, soit vous choisissez de dénoncer, mais il faut rester et accumuler les preuves.

Dans cette situation Céline Boussié, aide médico psychologique a fait le choix de résister au prix de fortes pressions. 2 salariés de l’IME avaient dénoncé cet établissement en 1995, ils avaient été condamnés. 2 autres personnes avaient de nouveau dénoncé les dysfonctionnements en 1999, elles ont été aussi été condamnées. Elle a pris le relai et a dénoncé en 2013 : il y a eu 10 plaintes contre elle, mais neuf d’entre elles ont été balayées par le procureur du Gers, au motif qu’on avait instrumentalisé la justice. La dixième plainte a débouché sur un non-lieu. « Ma relaxe, permet de reconnaître que ces enfants ont été maltraités » a-t-elle précisé dans son entretien. Elle précise aussi que 5 enfants sont décédés dans cet établissement et que c’est aussi pour eux qu’elle s’est mobilisée (des plaintes ont été déposées).

Elle témoigne ici de son histoire en marge de la 3e édition du salon des livres et de l’alerte et encourage à briser l’omerta sur la maltraitance des personnes handicapées dans les Instituts médico-éducatifs.

Aujourd’hui le lancement d’une alerte a été normalisé. Il n’est pas sûr que ce soit un véritable progrès. C’est l’usage qui le dira. En effet depuis le 1er janvier une  procédure est règlementée par un Décret relatif aux procédures de recueil des signalements émis par les lanceurs d’alerte au sein des personnes morales de droit public ou de droit privé ou des administrations de l’État.

Les institutions et associations de plus de 50 salariés vont devoir mettre en place un dispositif spécifique à chaque structure. La procédure de recueil des signalements doit préciser notamment :
– l’identité du référent susceptible de recevoir les alertes ;
– les modalités selon lesquelles le lanceur d‘alerte adresse son signalement, fournit les faits, informations ou documents de nature à étayer son signalement ;
– les conditions dans lesquelles l’auteur du signalement est informé de la réception de son signalement ;
– les mesures prises pour garantir la stricte confidentialité de l’auteur du signalement, des faits et des personnes visés et pour assurer la destruction des éléments du dossier de signalement de nature à permettre l’identification de l’auteur lorsqu’aucune suite n’y a été donnée.

Tout cela se faisant en interne aux établissements, il est à craindre que cela ne soit pas simple pour le lanceur d’alerte d’y faire appel.  Cette façon de règlementer vise aussi, il me semble, à éviter que les affaires ne deviennent publiques rapidement. Elle ne pourront l’être que si la mise en œuvre du dispositif a échoué ou du moins n’a pas servi à modifier la situation.

En tout cas Il faut être solide et avoir un sacré courage pour tenir bon dans ce type de situation. Bravo à cette professionnelle qui grâce à ses principes éthiques a tenu bon pour que la situation de ces enfants s’améliore et que soit brisée l’omerta sur ce sujet.

 

Photo : Céline Boussié lors de son entretien sur France TV

 

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Une réponse

  1. Pour information nous avons envoyé un Plaidoyer à Mme Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées http://citoyensentoutcas.wesign.it/fr. Nous exigeons une enquête parlementaire et que la maltraitance et maltraitance institutionnelle soit inscrite dans le code penal.

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