Hébergement : «une décision incompréhensible» / Enfance : « à bout de souffle » / L’inclusion dans la bienveillance ?

La suppression de 14.000 places d’hébergement d’urgence : « Une décision incompréhensible »

Le projet de loi de finances présenté le 26 septembre signe officiellement la fermeture de 7.000 places en hébergement d’urgence ouvertes pendant la crise sanitaire, qui s’ajoute aux 7.000 autres déjà fermées en cours d’année. En 2023, le nombre total de places dans ce type d’hébergement devrait ainsi retomber à 183 000 nous explique la journaliste Juliette Bezat. Elle donne un exemple : « pour le seul département du Rhône, 9 400 personnes attendent déjà une place en hébergement, cette disposition n’a, pour le moment, pas été suivie par l’annonce d’une compensation ».

Évidemment, c’est l’incompréhension de la part du monde associatif qui se démène pour apporter de l’aide aux personnes et familles sans logement. Ainsi, le SAMU social de Paris a perdu ou va perdre, d’ici à la fin de l’année, plus de 2.500 places hôtelières. « De telles suppressions, à l’heure où la pauvreté explose, sont incompréhensibles », estime le président de la Fédération des associations de solidarité, Pascal Brice. Interrogé dans le Monde par Il y voit le retour de la « gestion au thermomètre », abandonnée lors du premier mandat d’Emmanuel Macron, consistant à ouvrir des places l’hiver puis à renvoyer la plupart de leurs bénéficiaires à la rue.

À Strasbourg, 500 places en hôtel ont été supprimées, pour seulement 150 places ouvertes en centre d’hébergement. « Depuis le printemps, il y a des remises à la rue « sèches », y compris de personnes accueillies depuis plusieurs années », s’alarme le secrétaire général du Secours populaire dans le Bas-Rhin, Camille Vega. Les sénatrices Lienemann et Estrosi Sassone soulignent la difficulté à recruter des travailleurs sociaux et insistent sur la nécessité d’une revalorisation des salaires, mais aussi d’une plus grande reconnaissance du métier et de plus de moyens. Marie-Noëlle Lienemann observe ainsi : « Les gens se découragent. On leur demande de trouver des solutions, mais il n’y en a pas. C’est décourageant. » (lire l’article de Public Sénat) (lire l’article du Monde)

 


Les professionnels de la protection de l’enfance à bout de souffle

Cet article publié par le site The Conversation est signé Amélie Niemiec, Chercheur associé de la chaire enfance et familles de la faculté de droit de l’Université catholique de Lille. Elle dresse un constat que beaucoup connaissent déjà. Mais il est intéressant, car la chercheuse remet bout à bout toutes les raisons de ce qui ne va pas tout en le documentant.

L’un des problèmes majeurs réside dans le manque d’effectifs. Pour y remédier, il arrive que les établissements sociaux et médico-sociaux prenant en charge les mineurs et jeunes majeurs fassent appel à des intérimaires ou à des personnes non qualifiées. La qualité de la prestation et le besoin de stabilité que requiert la protection de l’enfance sont alors difficiles à garantir (je dirais même impossible à garantir). Des établissements n’arrivent tout bonnement plus à recruter et restent en sous-effectif, répercutant la charge de travail sur l’équipe en place. Pour preuve, écrit-elle, les grèves organisées par les professionnels afin de dénoncer leurs conditions de travail : turnover incessant, difficultés de recrutement, surcharge de dossiers, perte de sens, bas salaires. La vague de départs en retraite qui s’annonce ne va pas améliorer la situation. C’est ainsi que pour les enfants s’ajoute à la maltraitance familiale une forme de maltraitance institutionnelle.

Les facteurs aggravants :

  • Les difficultés subies par les travailleurs sociaux, même si elles ne sont pas nouvelles, ont été exacerbées par la crise sanitaire avec une suractivité professionnelle intense. Ces « urgentistes de terrain » ont dû relever de nouveaux défis sans forcément être épaulés par les pouvoirs publics.
  • La réalité de la protection de l’enfance a de quoi décourager les professionnels les plus aguerris. Les charges budgétaires auxquelles sont soumis les départements …/… ne permettent plus d’assurer la totalité de leurs missions de protection de l’enfance.
  • Les profils des enfants pris en charge au titre de la protection de l’enfance ont évolué au fil des années. En effet, la France a dû faire face aux flux migratoires et à l’arrivée des mineurs non accompagnés 20.000 enfants (chiffres 2021), d’où des placements à l’hôtel avec les dérives que cela peut générer. Face à ces nouveaux visages d’enfants, le personnel n’est pas suffisamment formé et outillé pour assurer l’accompagnement adéquat.
  • L’image du travailleur social a été égratignée, (je dirais même très dégradée) à la suite de reportages dénonçant les défaillances de l’ASE. C’est un phénomène que certains professionnels nomment l’« ASE bashing », ce qui peut provoquer une défiance des familles vis-à-vis de l’institution de la protection de l’enfance et une dévalorisation des métiers.

 

La chercheuse fait également dans son article la liste des solutions proposées. Pour les connaitre, n’hésitez pas à lire l’article publié par The Conversation

 


L’inclusion est-elle soluble dans la bienveillance ?

C’est la question que pose mon ami Jean-Yves Le Capitaine sur son blog. Ancien éducateur et aujourd’hui formateur, mais aussi administrateur d’un centre de formation, il porte régulièrement un regard critique sur les situations de handicap dans notre société dite inclusive. dans ce texte, Jean-Yves nous rappelle une évidence : les enfants disposant de ressources ou d’atouts initiaux (financiers, sociaux, cultuels) sont en meilleures conditions de formation qui les mèneront vers des parcours satisfaisants. Par contre, ceux qui n’en disposent pas sont destinés le plus souvent à des difficultés d’apprentissages scolaires, à des échecs de scolarité ou des parcours peu satisfaisants. Comment des enfants, les élèves en situation de handicap, dont on déclare aujourd’hui qu’ils doivent être inclus, peuvent-ils s’inscrire dans des processus aussi inégalitaires ? demande-t-il.

Il est un discours que l’on peut entendre ici ou là : « pour accueillir une élève en situation de handicap dans sa classe, il faut (ou il suffit de) faire preuve de bienveillance ». Qui désapprouverait un appel à la bienveillance qui permettrait d’éviter la souffrance, les humiliations, l’ennui ? Mais attention, la bienveillance adaptée à ce genre de situations et dans un tel contexte de fonctions de l’école recèle ses propres pièges.

« La bienveillance peut prendre la forme d’une simple tolérance qui se traduit, en termes d’apprentissages, à abandonner les objectifs fondamentaux relatifs aux compétences de base » : «de toute façon, il est handicapé, il ne peut pas apprendre autant que (ou comme) les autres». Cette idée est plutôt synonyme de l’abandon d’un projet d’égalité de chances pour les apprentissages. Cette bienveillance-là, traduit l’abandon d’un projet d’égalité de chances pour les apprentissages. C’est une exclusion de l’intérieur.

La bienveillance est toutefois nécessaire et incontournable, mais nous dit-il, elle ne doit pas servir de masque à un manque d’ambition éducative et à la pérennisation d’une sélection excluante. (lire l’article dur le blog de Jeans Yves Le Capitaine)

 


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Photo créé par nakaridore – fr.freepik.com

La sélection des articles a été réalisée avec l’aide de Michelle Verrier Flandre. Merci à elle

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