Génération TikTok : c’est consternant !

Le mot est faible pour comprendre ce qui se passe dans la tête de certains jeunes adeptes des réseaux sociaux et plus particulièrement de TikTok. Une enquête de l’IFOP pour les fondations Jean Jaurès et Reboot a été réalisé auprès de 2003 jeunes de 11 à 24 ans, entre octobre et novembre 2022. Elle nous apprend que ceux qui s’informent massivement via les réseaux sociaux sont de plus en plus attirés par les théories complotistes. Terre plate, astrologie et conspiration, les jeunes Français sont de plus en plus sensibles aux contre-vérités.

Il est déjà acquis que la crise sanitaire a été un terreau propice à l’essor des théories complotistes. La défiance généralisée envers les autorités et les institutions n’est pas nouvelle, mais elle a pris une nouvelle ampleur depuis quelques mois. La posture des jeunes à l’égard de la science s’avère de plus en plus critique : seul un jeune sur trois (33%) estime aujourd’hui que « la science apporte à l’homme plus de bien que de mal ». Alors bien sûr, cela doit être relativisé, car beaucoup de personnes pensent par exemple que la science n’apportera pas de solutions au réchauffement climatique. Le solutionnisme technologique est de plus en plus perçu comme une fuite en avant, à l’image du film « Don’t look up » .

Mais là, il s’agit de tout autre chose. Savez-vous vous que d’après cette étude :

  • Plus d’un jeune sur quatre adhère aux thèses du « créationnisme » : 27% des jeunes de 18 à 24 ans estiment que « Les êtres humains ne sont pas le fruit d’une longue évolution d’autres espèces (…) mais ont été créés par une force spirituelle (ex : Dieu) ». Et cette contestation de l’évolutionnisme s’avère particulièrement forte chez les sondés se disant « religieux » (60%), les personnes appartenant aux minorités religieuses attachées à une vision littérale des textes (ex : 71% des musulmans)
  • En dépit des évidences, le «platisme», l’idée que la terre n’est pas ronde, mais plate, trouve un écho significatif dans la jeunesse française. Alors qu’elle reste marginale chez les seniors (3%), l’idée selon laquelle on nous ment sur la forme de la Terre est partagée en effet par près d’un jeune sur six (16%). Ces jeunes ont un même profil socio-culturel que les adeptes du créationnisme. Précisons que les platistes sont surreprésentés chez les jeunes potentiellement les plus exposés à ces thèses sur internet, notamment sur YouTube (21%), Telegram (28%) ou encore TikTok (29%).
  • L’« Alien Theory » affiche, elle aussi, un nombre notable d’adeptes : 19% des jeunes âgés de 18 à 24 ans souscrivent à l’idée que «(…) les pyramides égyptiennes ont été bâties par des extraterrestres», soit trois fois plus que chez les seniors (5%).
  • la théorie du « canular lunaire » a quant à elle une audience croissante chez les jeunes : 20% des jeunes estiment désormais que « Les Américains ne sont jamais allés sur la lune », soit une proportion en hausse 5 points en 5 ans. Cette thèse s’avère particulièrement populaire chez les jeunes « musulmans » (46%) ou d’extrême-droite (26% des sympathisants lepénistes), deux catégories dont l’antiaméricanisme n’est peut-être pas étranger à leur refus de reconnaître l’exploit américain de 1969 précise l’IFOP.
  • La période Covid a aussi fortement façonné les esprits : L’efficacité de la chloroquine contre le Covid-19 est ainsi reconnue par un jeune sur quatre (25%) et ils sont encore plus (32%) à croire que les « vaccins à ARNm (…) causent des dommages irréversibles dans les organes vitaux des enfants ». Et dans la confusion liée à l’actualité sur le sujet, l’idée selon laquelle on peut avorter sans risque avec des plantes est, elle, partagée par un quart des jeunes (25%)

verites alternatives jeunes

Une autre façon de s’informer

Les jeunes se montreraient aussi beaucoup plus sensibles que leurs ainés à des superstitions à caractère occulte. Globalement, 59% croient en au moins une d’entre elles, contre 21% des plus âgés. Et cette différence générationnelle se retrouve sur toutes les croyances. Il peut qu’il s’agir du mauvais œil (44%, contre 10%), des les fantômes (23%, contre 4%), des démons (19% chez les plus jeunes, contre 8%) ou bien encore dans les marabouts (13% des 18-24 ans, contre 4%).

Cet essor des croyances complotistes ou infondées s’inscrit dans une révolution de la gestion de l’information : l’information verticale qui vient des lieux de pouvoir (le journalisme en est un) sont considérés comme peu fiables, car elle servirait des intérêts proches de ceux qui ont de l’argent. 41% des jeunes utilisant TikTok comme moteur de recherche estiment qu’un influenceur qui a beaucoup d’abonnés peut être une source fiable.

information des jeunes

Parmi ces chiffres, les filles seraient un peu plus crédules que les garçons, à 73 % contre 66 %. Enfin, ce sont les personnes venant des milieux aisés qui sont les moins croyants en des théories platistes ou conspirationnistes. Cependant, 59 % des personnes ayant un niveau d’étude équivalent au master admettent avoir tout de même une croyance curieuse.

Cette étude doit aussi être interrogée sur la pertinence des résultats : en effet, pour répondre aux questions, les jeunes étaient seuls devant un questionnaire en ligne. Il est possible que nombre d’entre eux aient répondu de façon provocante pour le plaisir et de fait ont faussé les résultats. C’est pourquoi ce sondage n’a rien de scientifique. Il peut tout au plus s’agir de tendances quand on compare l’étude à celles des années passées réalisées dans les mêmes conditions.

Helen Lee Bouygue de la Fondation Reboot explique Les résultats de cette dernière étude fait particulièrement écho à un autre enquête menée aux États-Unis en 2022. Elles mettent en lumière un décalage entre la perception qu’ont les jeunes de leur capacité à identifier une fake news et leur capacité réelle à le faire. Tout comme le fait que peu importe l’âge, le niveau d’éducation, l’affiliation politique, plus on consulte les réseaux sociaux, plus le jugement est altéré.

À la lecture de cette enquête, on le comprend : les jeunes n’ont pas les armes pour lutter contre la désinformation et les contre-vérités scientifiques propagées sur les réseaux sociaux, dit-elle. Comment les outiller ? La Fondation Reboot recommande depuis sa création la formation des enseignants au raisonnement critique, et la mise en place de modules ad hoc pour donner aux plus jeunes les clés de cette méthode : il faut que les futurs citoyens apprennent à considérer plusieurs points de vue, et à les confronter pour se faire une opinion basée sur des faits, et uniquement des faits.

Que faire alors ?

De nombreux travailleurs sociaux sont confrontés à cette question lorsqu’ils accompagnent une personne qui nie le réel et continue de s’égarer dans des opinions qui vont à l’encontre de ce qui est acquis et prouvé par la science.  Il n’est plus besoin de vérité ou d’exactitude : il suffit désormais d’utiliser les réseaux sociaux parfaits vecteurs de fausses informations qui génèrent des émotions et donc des réactions dont se nourrissent mécaniquement les algorithmes. Les arguments qui expliquent les informations inexactes sont simplistes et s’appuient beaucoup sur la crédulité des internautes. Il est d’autant plus difficile de les démonter, car la réalité est plus complexe à expliquer.

C’est un sujet dont devraient se saisir les éducateurs, les pédagogues et tout adulte qui souhaite transmettre le savoir. Malgré leur connaissance et l’usage de la raison et de la logique, ils sont trop peu écoutés et mis en difficulté, voire ignorés. Aujourd’hui, quand on a envie de croire à une réalité alternative, il se trouve toujours sur le net de quoi alimenter ses croyances. Qu’elles soient erronées ou même irréelles devient secondaire.

La proximité que nous avons avec certains jeunes qui ingurgitent et relaient des théories complotistes, nous invite à agir. Comment ? Prendre du temps avec eux, discuter et leur montrer, avec des arguments simples, comment ils ont été manipulés sur certains sujets en montrant à qui ils profitent. C’est grâce à la relation de confiance renouée avec un adulte que l’on peut aider un jeune à réviser son jugement. C’est peut-être aussi tout simplement renouant avec l’acte éducatif tel que le définit dans un article Philippe Gabéran : « Tout acte atteint une dimension éducative dès lors qu’il aide au déplacement de la personne accompagnée dans son rapport à elle-même et aux autres afin d’atteindre un mieux-être ».

Soyez-en certains, les jeunes et moins jeunes égarés et pris en main par la sphère complotiste ont besoin de vous.

 

Sources

 

Note :  Méthodologie de l’IFOP sur le mode de recueil. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 2.003 personnes, représentatif de la population âgée de 11 à 24 ans vivant en France métropolitaine dont : 1 061 jeunes de 11 à 17 ans et 942 jeunes de 18 à 24 ans.

Les illustrations sont issues de la présentation PowerPoint de l’IFOP

 

Photo : freepik – fr.freepik.com

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Une réponse

  1. Bonjour,
    Rien d’étonnant….des services publics en état de déliquescence du sens commun, des travailleur.s sous payées, une compétition acharnée comme valeur partagée, des dirigeants et politiques maffieux, des médias à la botte et volontairement anxiogènes, un horizon d’une tristesse redoutable pour de nombreux.ses jeunes….la pensée magique est de fait, une excellente compensation. PS : la majorité des Musulman.es ont un esprit scientifique (rationnel). En outre, les religions monothéistes ont toutes pour ordre : d’Apprendre et le Verbe. Cette enquête est sûrement biaisée par l’analyse de boomers ou d’application statistique se voulant scientifique 🤣

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