Faut-il garder toutes les aides sociales ? réflexions sur un débat qui « entourloupe » l’auditeur

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Affligeant, Jean Marc Daniel auteur de « Les impôts histoire d’une folie française » dans le débat sur les aides sociales sur France Culture dans l’émission du grain à moudre hier soir. Ce libéral,  a commencé par  considérer  que les aides sociales sont un maquis allant jusqu’à faire référence aux aides municipales pour justifier leur trop grand nombre. Puis il indique que la moité des personnes qui touchent le RSA le perçoivent depuis plus de 4 ans. Mais dit-il  « les gens s’incrustent dans ces situations » laissant ainsi supposer qu’ils  choisissent de vivre avec le RSA et ne font aucun effort pour s’en sortir.  Il a aussi défendu l’idée soutenue par  ATD quart monde il y a quelques années que les allocataires du RSA devraient évaluer leurs travailleurs sociaux comme si cela était la réponse aux problèmes de la pauvreté. Quelle belle priorité dans une émission qui s’intitule « Faut-il garder toutes les aides sociales ? »

Jean Marc Daniel qui fait le miel des sites « progressistes » tels Atlantico, le Figaro ou encore Contrepoints a défendu l’idée que tout individu doit être en capacité de s’émanciper une fois qu’il lui est versé un revenu d’activité. Il dénonce au passage le droit à l’erreur nouvellement reconnu par les services de l’Etat  précisant que c’est un droit à la fraude. Le revenu universel pour lui ne peut qu’être une façon de responsabiliser les personnes notamment celles qui travaillent au noir. Si elle le font dit-il c’est aussi parce qu’elles ne savent pas gérer les impôts tel l’URSSAF ! Insensiblement, il associe les allocataires à des personnes qui ne travaillent pas, ne souhaitent pas travailler ou plutôt travaillent au noir.

Le problème également relevé est l’accompagnement social  qui est considéré comme insuffisant : il y a trop de personnes qui ne sont pas accompagnées ! Après avoir fait cette grande découverte le spécialiste de l’action sociale  ne donne aucune explication sur son constat.  Y a-t-il suffisamment de travailleurs sociaux au regard du nombre de personnes susceptibles d’être accompagné ? Une fois accompagnés les allocataires trouvent-ils plus facilement du travail ? Les travailleurs sociaux grâce à leur baguette magique auraient-ils grâce, à l’accompagnement social les moyens de permettre aux personnes de retrouver du travail ?  Dites moi que je rêve !

Jean Marc Daniel laisse supposer que finalement, l’offre d’emploi actuelle permettrait à tout un chacun de trouver du travail. Ce ne serait pas les employeurs qui décideraient de recruter ou pas telle ou telle personne, non c’est la personne qui ne fait pas l’effort suffisant pour trouver un emploi qui  je le rapelle n’existe pas si on compare les chiffres de l’offre d’emploi à celui des demandes).   Hervé Gardette  ou plutôt Julien Damon indiquera  à un moment fort à propos qu’on ne peut conditionner le besoin d’aides sociales à la recherche d’un emploi, ne serait-ce pour le minimum vieillesse, le handicap ou encore la santé. Merci à eux de l’avoir rappelé.

Marie-Aleth Grard, vice présidente d’ATD quart monde se déclare à un moment un peu choquée (on le serait à moins). Elle  rappelle que dans  les 8,8 millions de nos concitoyens qui vivent dans la pauvreté, il y en a 3 millions 300 mille  (dont 1 million 200 millions d’enfants) qui vivent dans la grande pauvreté.  Elle rappelle aussi  qu’il y a 35 % de non recours au RSA. Puis s’ensuit un débat sur la complexité des imprimé à remplir. Trop intrusifs ces imprimés !

Faut-il fusionner les aides mais plutôt les simplifier et les octroyer automatiquement à partir du moment il est constaté un revenu trop faible ? Le revenu minimum garanti nous rappelle Marie-Aleth Grard, devrait à minima s’élever à 800 euros. On est loin du compte avec le RSA qui, a-t-elle rappelé en début d’émission s’élève à  550,93 euros, somme dont il faut déduire l’allocation logement pour ceux qui en bénéficient. En réalité les personnes seules perçoivent plutôt une somme de 480 à 490 euros. Que peut on faire avec cela sinon survivre ?

Pour elle, les professionnels ne sont pas suffisamment formés à la connaissance de la population en grande exclusion. Là aussi v’est un poncif que j’entends depuis plus de vingt ans. Pire, les travailleurs sociaux seraient mobilisés pour contrôler et vérifier « s’il y a deux brosses à dents dans une salle de bain ». Je me demande à quoi sert cette vision caricaturale des travailleurs sociaux qui à ma connaissance ont autre chose à faire qu’à visiter des salles de bain. Ce qu’ils ne font pas d’ailleurs. Laisser supposer qu’ils sont mobilisés pour contrôler la population est aussi une vision caricaturale de la réalité car cela n’est pas vrai. Les vrais contrôleurs sont ceux des CAF et des URSSAF. Contrôler est un métier.

Viendra ensuite le débat sur la complexité des aides et là sur certains aspects Julien Damon n’a pas vraiment tort. Il est plus compliqué de simplifier que de transformer et de complexifier. Il est plus simple de continuer de complexifier une aide sociale en calculant ce qu’elle coûte ou plutôt ce qu’une décision qui la complexifie  peut permettre d’économiser.

Pourtant la complexité et la multiplicité des aides est bien une réalité dénoncée par les travailleurs sociaux qui une fois de plus n’ont pas la parole dans un débat qui les concerne au premier chef. Mais au fait, peut-être y a-t-il aussi beaucoup d’aides sociales parce qu’il y a beaucoup de pauvres ? Non ? Et s’il y a aussi beaucoup de pauvres c’est peut-être aussi parce qu’il y a de plus en plus de très riches ? C’est une hypothèse qu’il serait peut-être utiles de vérifier.

Il sera  rappelé aussi que l’aide mémoire du travailleur social proposé par les ASH fait aujourd’hui 5 pages en caractère 10  alors qu’il y a 15 ans, cet aide mémoire ne remplissait qu’une page en caractère 12 ! C’est vous dire s’il y a trop d’aides. Au final tous sauf Marie-Aleth Grard, pensent qu’il y a trop d’aides sociales. La messe est dite.

Thierry Gardette laissera toutefois le mot de conclusion à la vice présidente d’ATD qui rappellera que ce n’est pas aux plus précaires de payer la dépense publique alors que dans le même temps on octroie des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises. Le système est perfectible, il est loin d’être inefficace malgré tout conclura-t-elle avant de citer  Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

J’enrage que, dans ce type de débat où il se dit de sacrées contrevérités, il n’y ait jamais de travailleur social invité pour témoigner des réalités de terrain. On parle d’eux, on qualifie leur travail  mais au final, ils sont quantités négligeables. vraiment, ça aussi, c’est désolant !

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