Comment agir face à la violence lorsque vous y êtes confronté(e) ?

Nous sommes tous susceptibles d’être confronté un jour ou l’autre à la violence. La plupart des travailleurs sociaux savent y faire face et la gérer, non pas en utilisant des techniques de self défense (quoique) mais plutôt grâce à la parole et l’écoute. Mais cela ne suffit pas toujours. Selon son intensité, il reste toujours difficile de faire face aux situations  les plus critiques, notamment celles qui  contraignent à agir physiquement…  Et là bien sûr, le risque est majeur.

Essayons de faire le tri entre ce qu’il nous est possible de faire de ce qu’il faut plutôt éviter. Pour aborder cette question, outre ma propre expérience et celle de mes collègues, je m’appuie sur plusieurs ouvrages ou travaux de recherche qui permettent d’abord de mieux comprendre de quoi nous parlons.

Le Conseil Supérieur du Travail Social ancêtre du HCTS s’était penché sur cette question et nous permet de définir ce dont nous parlons.

« la violence se distingue de l’agressivité en ce que « l’agressivité appelle l’attention de l’autre alors que la violence attaque la relation à l’autre, le lien ». Mais l’agressivité peut être perçue comme une violence si la personne qui la reçoit est bouleversée et atteinte.

« La violence peut être active (injures, blessures, destruction de biens, exclusion de droits…) mais elle peut aussi être aussi froide, voire masquée (indifférence formalisée, irrespect, disqualification humiliante, incivilité, harcèlement moral, attaque aux rituels), cette dernière forme de violence qui engendre le malaise ». Elle se développe dans plusieurs lieux avec principalement l’espace privé, familial ou conjugal et l’espaces collectif que ce soit dans la rue, à l’école, ou au travail.

Quand je regarde en arrière ma pratiques et celles de mes collègues, j’ai la nette impression que nous savons gérer de multiples situations de violences. Il n’y en n’a qu’une seule  où nous sommes particulièrement démuni(e)s, celle de la violence physique où vous n’existez plus en tant que sujet. Ainsi, comme sans doute d’autres collègues,  j’ai eu à connaitre une agression physique d’une personne à mon égard. Elle ne me connaissait pas et n’avait pas pris le temps même de me parler. Elle était venue directement vers moi pour tenter de me frapper en criant. Ce n’est que plus tard après, avoir eu la possibilité de la maîtriser, que j’avais pu comprendre ce qui l’avait rendue dans cet état. Cela avait à voir avec un autre membre de sa famille avec qui j’étais en lien dans le cadre de mon travail. Fort heureusement, de corpulence moyenne, j’avais pu me défendre sans trop de difficultés. Mais cela m’avait bien « secoué ». Et c’est surtout l’effet de surprise qui avait joué.

Bref il existe des violences imprévisibles et c’est là la difficulté. Il nous faut en accepter le risque sinon nous sommes condamnés à changer de travail. Attention, accepter le risque ne veut pas dire accepter la violence qui reste à mon sens inacceptable. Nous pouvons certes limiter ces violences imprévisibles mais nous ne pourrons jamais les éviter, tout comme nous ne pourrons jamais éviter tout accident de la circulation. C’est ainsi et il faut l’accepter même si nous savons que la volonté de tous est de tendre vers le risque zéro. Nous savons que cela est impossible.

Le problème avec ces violences imprévisibles est qu’elles échappent à la rationalité. Elles peuvent survenir tout simplement par le fait du hasard parce que nous sommes là sur le chemin ou en obstacle à une personne en crise qui est venue en « découdre ».

Nous pouvons certes limiter ces violences imprévisibles mais si nous y pensons sans cesse, nous entrons dans une logique »sécuritaire » qui nous fait voir notre interlocuteur (que nous ne connaissons pas) comme un danger potentiel et cela peut rapidement devenir ingérable. Ainsi une collègue m’avait confié après avoir été « séquestrée » un peu plus d’une heure dans un logement avec une personne qui l’avait enfermée à clé. Depuis lors, elle ne pouvait plus engager une visite à domicile sans connaitre auparavant la personne qu’elle allait voir. On peut tout à fait comprendre cette réaction qui est la conséquence logique de cet acte à son encontre : Notre collègue développait dans son esprit « le film » de son agression et ne pouvait pas s’en détacher dès lors qu’elle risquait de se retrouver dans une situation ressemblant à celle qui l’avait marquée.

Lorsqu’une personne a été victime d’un acte de violence, elle parvient difficilement à s’en détacher. Nous restons reliés à cet acte et la blessure provoquée se réactive dès lors que nous nous trouvons dans des conditions similaires. Notre cerveau possède une fâcheuse habitude : celle de nous proposer le même scénario catastrophe qui se déroule dans notre tête et génère du stress malgré toute notre bonne volonté.

Bref parfois, la raison ne suffit pas. Nous pouvons alors être envahi(e)s par l’émotion, la peur de ce qui peut arriver même si la probabilité que cela se passe ainsi soit presque nulle. C’est très délicat et difficile à traiter. Pour ma part, j’estime que lorsque une collègue est prisonnière de cette forme de problématique, il faut en tenir compte et surtout ne pas lui opposer une violence supplémentaire en lui imposant ce qui est trop difficile pour elle.  Mais par contre il faut pouvoir en reparler et traiter cette question.

Il y a aussi les violences probables ou prévisibles. Ce sont celles qui ont lieu dans des moments de tensions liés à la situation elle-même. Le placement d’un enfant contre l’avis du parent peut être quelque chose d’extrêmement douloureux pour le père ou la mère qui le subit et qui, par exemple aurait une relation fusionnelle avec son enfant, ou encore aurait déjà vécu lui même le traumatisme de la séparation. Sa réponse à cette violence qu’il subit peut être tout aussi violente que ce soit dans les mots que physiquement. Nous connaissons alors le risque et devons prendre des précautions tant du coté de l’enfant, de nous même que du parent.

La gestion de la violence est l’objet de formations et d’ouvrages professionnels. Voici pour conclure quelques sources qui sont susceptibles de vous intéresser

Des éducateurs ont créé une association, puis une formation en créant un concept GESIVI (gestion des situations de violence).   Ils ont  également écrit un livre pour contribuer à ce que nos collègues soient préparés :  « Gestion des situations de violence ou l’intervenant social en bonne posture »   (JAFFIOL Didier, AÏT Christian, Ed Synopsis Communication, 2014, 155 p.).

 

Note : Cet article est une rediffusion et a été publié initialement en janvier 2018 

Photo : Pixabay

 

 

 

 

 

 

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