Être travailleur social, c’est aussi savoir gérer les tensions…

François Roche animateur de la commission éthique et déontologie du Haut Conseil du Travail Social avait par le passé animé un groupe de travail qui avait pour objectif de présenter l’exercice du travail social aux futurs candidats à la formation. Voici l’essentiel de ce qu’il avait écrit à ce sujet. Cela mérite vraiment de s’y arrêter

1er aspect : l’exercice du travail social, consiste aussi à assumer la gestion de tensions

Les personnes rencontrent les travailleurs sociaux pour être informées et aidées lorsqu’elles sont en difficulté ou incertaines face à leur devenir. La population est soumise à des contraintes plus ou moins difficiles à gérer notamment pour les personnes les plus fragiles (contraintes économiques face à la perte d’un emploi, d’un changement de situation administrative… ; contraintes sur sa vie personnelle et les proches face aux « accident de la vie » comme perte d’un logement, deuil ou rupture familiale, maladie, handicap ; contraintes sociales au regard de l’entourage quand surgit un événement considéré comme réprouvable ou peu accepté comme une séparation, la perte de statut professionnel, conflit familial…)

Les personnes qui vivent ces tensions doivent pouvoir trouver chez les travailleurs sociaux une écoute et une attention accompagnée d’une absence de jugement permettant la recherche de solutions.

Les travailleurs sociaux n’ont pas réponse à tout. Ainsi par exemple, ils ne disposent pas de logement ou encore de subsides permettant de pallier un budget qui ne permet pas d’assurer l’essentiel. Il doivent passer par l’instruction de demandes administratives devenues de plus en plus complexes parfois impossibles à remplir.

Mais c’est aussi lorsqu’il n’y a pas de réponse qu’il est important qu’ils soient présents pour soutenir et accompagner les personnes qui vivent des difficultés sans solutions immédiates. Quand un travailleur social reçoit une personne, il doit d’abord l’écouter et comprendre quel est son problème et comment elle le vit. C’est à partir de l’acceptation de cette subjectivité qu’il construira un plan d’aide en accord avec la elle. Il n ‘agira pas à la place. Il est là pour soutenir, aider à comprendre et proposer des solutions acceptables et réalisables en s’appuyant sur les capacités de la personne mais aussi sur les dispositifs locaux et nationaux prévus par le législateur. Mais aujourd’hui l’accès à ces dispositifs est devenu complexe et inadapté à la réalité de nombreux concitoyens.

2ème aspect : Les travailleurs sociaux sont « écartelés » entre leurs missions initiales et les attentes des pouvoirs publics économiques, politiques et administratifs

Les travailleurs sociaux interviennent dans des institutions qui sont souvent elles mêmes en crise et en perpétuelle réorganisation. Elles sont sous tensions dues à des logiques :

  • économiques avec des budgets contraints qui limitent leurs moyens : les institutions sociales doivent faire plus avec moins ou à minima à moyens constants. Les process de travail sont modifiés dans un objectif d’une plus grande rentabilité.
  • administratives en lien avec des législations complexes et des règlements contraignants : les règles liées à chaque dispositif s’empilent et ne tiennent pas compte les unes des autres. Certains travailleurs sociaux doivent jongler avec plusieurs dizaines de dispositifs pour une seule et même personne.
  • politiques en lien avec une pression des élus et les administrateurs de structures : les interventions pour recevoir en priorité celles et ceux qui ont eu accès à tel élu ou tel responsable administratif sont régulières et depuis la décentralisation et la proximité semblent se développer.
  • sociales avec certaines personnes  qui parfois mettent en place des stratégies de contournement pour atteindre leurs objectifs : l’aide contrainte qui leur est imposée par les dispositifs ( RSA, MASP, Protection de l’enfance…) met à mal une communication transparente et la relation de confiance.

Ces logiques ignorent souvent les finalités du travail social et les méthodologies d’intervention des travailleurs sociaux. Ceux ci doivent répondre aux demandes de l’ensemble des acteurs mêmes si celles ci sont incompatibles les unes par rapport aux autres. Ces difficultés épuisent les travailleurs sociaux, et les conduisent parfois à perdre le sens de leur action.

3ème aspect : Il y a nécessité de repositionner le travail social dans ses fonctions essentielles en les replaçant dans le cadre d’une éthique des pratiques d’intervention.

C’est dans cette direction que tente, pour une part,  d’agir le plan d’action en faveur du travail social : aider à repositionner les travailleurs sociaux dans des logiques d’accompagnement aussi bien individuel et collectif, tout en donnant place au pouvoir d’agir des personnes qui sont avant tout des sujets, des citoyens avec des droits. Facile à dire comme cela, mais pas toujours facile à mettre en oeuvre tant les politiques liées aux dispositifs impactent les pratiques professionnelles. 

Bien évidemment, dans un monde en perpétuel mouvement fortement exposé médiatiquement, il est nécessaire de veiller à développer des pratiques de bientraitance tant auprès des professionnels que des usagers avec qui ils agissent. Il est nécessaire aussi de respecter les outils méthodologiques qu’ils utilisent et qui ont fait leurs preuves dans la prise en compte des situations.  Les intentions sont là. A nous aussi de les traduire dans la réalité.

 

 

photo: pexels

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