La mort de Audrey Adam : « Un drame qui endeuille la profession »

La mort d’Audrey Adam  a créé une onde de choc non seulement au sein du Conseil Départemental de l’Aube, mais aussi dans la communauté des travailleurs sociaux qui échangent sur les réseaux sociaux. Tuée par la personne qu’elle accompagnait, elle était, titre le journal l’Est Éclair qui a recueilli des témoignages et qui publie sa photo, « très douce, très gentille, et si sympathique ».

C’est l’incompréhension qui domine. Philippe Pichery, président du Conseil Départemental de l’Aube a apporté des précisions sur la situation, mais aussi sur le parcours de notre collègue décédée.  « Audrey était avenante, compétente, digne de confiance » dit-il, très ému. Elle travaillait dans les services du Département depuis plusieurs années. « Elle était auparavant à l’association tutélaire de l’Aube (AT 10) qu’elle devait rejoindre à nouveau, très bientôt. ». « Une vie passée à s’occuper des autres, à prendre par la main des personnes fragilisées, soit par leur âge, soit par leur isolement, soit par leur pathologie ».

Audrey rendait régulièrement visite à celui qui l’a tué et qui s’est ensuite suicidé. «Pour combattre l’isolement de ce monsieur, il recevait des visites régulières de ses voisins, mais aussi de la MAIA, la structure du pôle des solidarités dont Audrey faisait partie, pour discuter, résoudre toutes sortes de problèmes, organiser la coordination entre les différents interlocuteurs…»

Une cérémonie  est donnée en l’honneur d’Audrey avec tous les agents de la Direction Départementale des Actions Médico-Sociales (DIDAMS) à 9h.00 ce lundi matin à la reprise du travail ainsi qu’en début de la dernière assemblée départementale de la mandature qui débute aujourd’hui.

Une minute de silence virtuelle en ligne

L’Association Nationale des Assistant(e)s de Service social lui a rendu un hommage à distance lors d’une réunion en visio vendredi en fin de journée. « Les adhérent·e·s d’@AssSociales rendent hommage à leur consœur disparue sous le regard de grands noms de la profession pic.twitter.com/KvBPrLs5x7 – ANAS (@AssSociales) Mai 14, 2021″

hommage ANAS

Dans un communiqué, le Conseil d’administration de l’ANAS explique que « ce drame endeuille à nouveau le monde du travail social, le service social et notre profession. Il nous rappelle la nécessaire solidarité confraternelle qui nous réunit. » « Aujourd’hui, nos pensées vont en direction des proches de cette professionnelle, de sa famille et de ses collègues ». Il vous est proposé à défaut de pouvoir faire plus de lancer la vidéo qui suit et de respecter ainsi une minute de silence à la mémoire d’Audrey Adam.

Pour un hommage national

De son côté, le syndicat SNUASFP FSU adresse toutes ses condoléances à sa famille, ses proches et ses collègues de travail. Il a publié un communiqué pour faire part de son émotion et sa tristesse, car Audrey Adam a été « tuée pour avoir fait son travail ».  Comme de nombreux autres travailleurs sociaux qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, le SNUASFP FSU s’étonne pour ne pas dire plus de l’absence de réactions dans la presse nationale, mais surtout de l’absence de déclaration du gouvernement sur ce meurtre. Il demande « qu’un hommage soit rendu à notre collègue, la reconnaissance de son travail et la protection pour sa famille au même titre que n’importe quel fonctionnaire mort dans l’exercice de ses fonctions ». Il demande aussi « que ses collègues soient accompagnés pour pouvoir exprimer leur tristesse, leur colère, leurs craintes »

Car écrit ce syndicat, « de nombreux travailleurs sociaux doivent faire face aux menaces de mort avec pour seule protection leurs compétences et leur courage pour dénouer des situations de crise. Mais qui le sait et surtout qui le dit et le reconnaît ? Qui écoute celles et ceux qui protègent, celles et ceux qui portent la voix de ceux que notre société n’écoute plus depuis longtemps ? Qui leur donne les moyens pour s’organiser autrement pour répondre à la détresse et la précarité exponentielles de nos concitoyens ? Quel responsable politique travaille avec elles pour entendre la détresse de nos concitoyens et permettre que l’assistante sociale « apporte joie et bonheur » et ne soit pas là uniquement pour accompagner les mauvaises nouvelles ? »

L’UNSA a aussi réagi : « Toutes nos pensées vont vers cette collègue assistante sociale au Conseil Départemental, ses enfants, sa famille et ses collègues. Elle mériterait un hommage national. Les travailleurs sociaux en première ligne auprès des personnes les plus vulnérables ».

Lire

Note : Un commentaire qui m’a été transmis indique que Audrey Adam était non pas assistante sociale de profession (même si elle a été présentée comme telle dans les médias qui ont parlé d’elle) mais Conseillère en Économie Sociale, Familiale. Ce qui ne change rien sur le fond. Ce sont tous les travailleurs sociaux qui sont concernés) 

« Ce qui me révolte le plus, c’est le silence »

Vous pouvez aussi lire et partager aussi ce texte publié sur Facebook qui résume bien, il me semble, l’état d’esprit des assistant(e)s de service social. Il a été publié par «  Sab Sab  » pseudo d’une assistante sociale.

voici son texte :

« Ce qui me révolte le plus aujourd’hui c’est le silence. Je suis, nous sommes en colère pour notre profession.
Être assistant social, c’est se (dé)battre chaque jour pour faire-valoir les droits de chacun. Un service gratuit, un droit, de plus en plus menacé. Plusieurs années d’études intéressantes, des horaires de dingue, un beau métier avec pour moteur son désir avec lequel l’assistante sociale s’essaye à cette mission complexe et éprouvante.
Durant les différents confinements, nous avons été présents, chaque jour, dans une certaine indifférence générale, mais il semble que nous soyons « habitués » à cela : profession principalement féminine, peu syndiquée… nos révoltes sont intérieures. Elles s’arrêtent quand nous pensons à l’impact d’une grève sur les personnes concernées.
Alors aujourd’hui quand je vois que les infos sur ce meurtre ne se relayent qu’entre travailleurs sociaux, abasourdis de constater, une fois de plus, les risques que nous prenons dans l’indifférence générale, je suis amère. Notre métier a été humilié une fois de plus.
Mon beau métier, d’écoute et de soutien, de ceux que l’on n’écoute jamais. D’histoires et d’histoires d’humains rencontrés de tous horizons que je garde précieusement dans mon cœur. Tu m’as fait grandir, m’ouvrir, me méfier plus parfois, rire et pleurer. Tu m’as rendue à la fois plus sage, plus lucide et plus vivante.
Le travail social c’est essayer de comprendre l’inexplicable. Mettre un baume sur des blessures invisibles, côtoyer la souffrance, le malheur chaque jour. Nous ne sommes que de passage dans la vie des gens pour éclairer « humblement » leur chemin et eux ils font tout le reste, d’une façon qui laisse un enseignement au monde.
Le plus difficile dans ce métier ce ne sont pas les rencontres avec les personnes, ouf loin de là. Le plus difficile c’est de constater chaque jour que des humains sont broyés, perdent leurs droits et leur humanité au nom du profit. Si notre collègue a été assassinée, c’est sûrement parce qu’elle était la première et la seule personne à se rendre auprès de la personne, là où la psychiatrie, la santé ne pouvaient pas intervenir.
Aujourd’hui je suis en colère. Certains ont décidé de renoncer à toi, ce métier, difficile, mais qui apporte tellement.
Aujourd’hui notre métier a été humilié une fois de plus, une fois de trop. On ne demande pas des applaudissements mais de la dignité humaine. On ne dit pas assez aux gens qu’on les aime, ni qu’on a du respect pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils sont.
Elle s’appelait Audrey Adam. Je pense à elle, nous pensons à elle, à ses proches et à tous mes collègues 🕯

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5 réponses

  1. Bonjour
    Je suis remontée aussi contre nos syndicats professionnels qui par leur silence et leur réaction à retardement ne sont pas ou plus connectés au terrain.
    Il a fallut la mobilisation des pro de terrains, le lancement de notre pétition pour voir un message sur le site de l’Anas et ensuite sur Sud
    Pitoyable. Mais tellement représentatif de notre incapacité à parler d’une même voix.

  2. Je suis partagée entre la colère et la peine. La colère car une fois de plus une des nôtres est tuée dans l’indifférence générale hormis les travailleurs sociaux, qui se soucie de cette mort ? Les politiques oublient que nous sommes une soupape lorsque la France va mal, lorsque la France laisse à la rue femme et enfant. Sans les travailleurs sociaux pour réguler cette misère sociale, que se passerait-il ? la peine car je pense à la famille d’Audrey, à ses enfants, et tous ses proches. Pour eux, pour tous les travailleurs sociaux la France lui doit cet hommage au même titre que ceux morts en exerçant leurs métiers.

  3. Au vu des nombreux échanges et réactions sur les territoires, l’organisation d’un hommage national, qui pourrait être décliné localement, semble très attendu par l’ensemble des professionnel(les). Le HCTS peut-il relayer cette demande auprès du ministère ? En effet, il s’agit de l’instance nationale représentative du Travail social.

    1. Bonjour,

      Le HCTS réuni en assemblée plénière aujourd’hui a tenu à honorer la mémoire d’Audrey Adam conseillère ESF (contrairement à ce qui était initialement annoncé elle n’est pas assistante sociale, ce qui ne change rien sur le fond). Une minute de silence a été respectée en début de séance et nous avons échangé à son sujet. La directrice de la DGCS est venu apporter par sa présence en ligne son soutien et a fait part de son émotion. Un communiqué doit être publié demain. Par ailleurs Brigitte Bourguignon ministre déléguée chargée de l’Autonomie a adressé un message de soutien via le Pt du Département de l’Aube qui l’a lu lors de la cérémonie organisée ce matin. Cordialement DD

  4. a quand un hommage national proposé par les ministres pour ces professionnels qui défendent aussi nos concitoyens !!!!
    la paix sociale est tout aussi importante que la sécurité civile !! elle en fait partie intégrante
    ce sont vraiment les soldats de l’ombre qui intéresse très peu mais sont mis en cause dès que cela arrange …

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