Didier Dubasque
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Éducateurs de rue : Un métier de l’ombre en pleine crise

Les éducateurs de rue sont en première ligne pour gérer la crise depuis les révoltes dans les quartiers populaires suite à la mort tragique de Nahel M. les professionnels, également appelés éducateurs de prévention spécialisée, jouent un rôle crucial dans la gestion des tensions et la prévention de la marginalisation des jeunes dans ces quartiers. Mais, on ne peut leur demander l’impossible.

Ils travaillent principalement dans les quartiers prioritaires, accompagnant les jeunes âgés de 11 à 25 ans qui sont en voie de marginalisation et susceptibles d’avoir des comportements à risque. Cependant, malgré l’importance de leur travail, le métier souffre d’une crise d’attractivité. Selon le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée (CNLAPS), on compte moins de 4.000 éducateurs de rue en France aujourd’hui. C’est extrêmement peu au regard des besoins. Les associations ont vécu ces dernières années des baisses conséquentes de leurs financements, ce qui a aussi produit une baisse des recrutements. S’ajoutent à cela d’autres difficultés.

Un métier complexe et exigeant.

Les éducateurs sont sur le terrain. Ils travaillent tard le soir dans des quartiers sensibles. Ils sont conduits à gérer des situations de tension où la violence n’est jamais loin. De plus, la rémunération n’est pas toujours à la hauteur des défis du métier. Un éducateur spécialisé gagne environ 1.400 euros par mois pour commencer.

Cela décourage de nombreux candidats potentiels. « Vous pouvez travailler chez Castorama pour le même salaire alors qu’un éducateur va se prendre toute la colère des jeunes dans la figure. C’est un métier très engageant où on se confronte, où on prend des risques », explique Stéphane Vial, directeur du service de prévention spécialisée du Codase interrogé par le journaliste du Monde

Dans le quartier de Cronenbourg, le Service de prévention spécialisée (SPS) est en première ligne pour aider les jeunes. Malgré une dégradation continue de la situation sociale, ces éducateurs ont repris leurs missions. Ils sont bien conscients de leurs limites, mais ne se démobilisent pas pour autant. Ils voient leur travail comme une mission politique de l’État, mais avec des moyens en baisse chaque année.

Des conditions d’intervention difficiles pour un rôle essentiel

La question de la police et son rapport aux jeunes du quartier est également une préoccupation majeure. Les éducateurs constatent une dégradation des relations entre les jeunes et la police, avec une méfiance croissante et une perception de la police comme une bande concurrente. Ils ne peuvent rien faire à ce sujet.

« En tant qu’éducateurs, on connaît les commissaires en charge du quartier, mais avec les policiers de terrain, c’est compliqué, même pour nous » explique Daniel Mullen éducateur au SPS de Strasbourg, interrogé par Pierre France directeur de publication de Rue89 Strasbourg. « Ils nous voient comme des complices. Contrôlés en permanence, avec souvent de la tension, des insultes voire des claques qui partent, les jeunes ont fini par voir la police comme une bande concurrente. Les relations n’ont cessé de se dégrader depuis la disparition de la police de proximité. »

Leurs constats et leurs observations ne sont pas généralement suivies d’effets. Pourtant, ces professionnels sont bien placés pour apaiser les tensions. Malgré cela, ils continuent de jouer un rôle essentiel notamment avec leurs collègues d’autres services sociaux de proximité. Ils servent de lien entre les jeunes et les autres dispositifs sociaux, et sont souvent les seuls adultes de confiance dans la vie de ces jeunes.

Leur travail est souvent mal compris, même par les pouvoirs publics.

Ils ne peuvent être les pompiers de service. Les institutions leur demandent parfois de « faire la police » ou de transmettre aux autorités des informations sur tel ou tel jeune ou encore sa famille. Or leur relation de confiance avec les jeunes qui leur permet d’agir peut être irrémédiablement compromise au point qu’ils ne pourront plus travailler dans le quartier s’ils sont perçus comme des « auxiliaires de police ».

La situation reste préoccupante. Les éducateurs de rue constatent que la situation dans les quartiers se détériore au fil du temps. Leurs alertes ne sont pas prise en compte. Ce qui vient de se passer risque de ne rien améliorer au contraire. La stigmatisation des jeunes pourrait même de s’amplifier. Ces jeunes décrochent de l’école de plus en plus tôt et les familles ont de plus en plus de mal à les cadrer. Face à ces constats, le besoin d’éducateurs de rue demeure alors que le métier connaît des difficultés de recrutement.

Il est encore nécessaire de rappeler combien leur travail est essentiel. Ils manquent de reconnaissance et de soutien. Leur rôle dans la prévention de la marginalisation et la gestion des tensions dans les quartiers prioritaires est crucial pour le bien-être des populations qui vivent dans des quartiers dits prioritaires. Il est donc urgent de trouver des solutions pour améliorer l’attractivité du métier et assurer que ces professionnels soient réellement pris en considération. C’est d’ailleurs la même chose  pour les autres métiers du travail social.

sources :

 

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Photo mise à disposition par Gratisography

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3 réponses

  1. Merci de saluer le travail de celles et ceux qui oeuvrent dans l’ombre. Dommage que ne sont pas cités le remarquable ouvrage collectif qu’avait coordonné Joseph Ponthus : « Nous … la cité » et l’article que lui a consacré Médiapart fin juillet : https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/290623/nanterre-le-passe-d-une-explosion

    Joseph Ponthus travaillait à Nanterre avant de s’installer en Bretagne où il a conté ses expériences professionnelles dans les conserveries et les abattoirs dans le formidable « A la ligne ».

    Dommage qu’il nous ait quitté trop tôt.

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