Qu'est-ce qu'être aujourd'hui un bon parent ? 7 domaines d'intervention observés sous 4 angles différents…

Franchement qu’il est difficile d’être parent ! Cela suppose en effet être en capacité d’assumer pas moins de 7 typologies d’interventions différentes. Parmi les tâches quotidiennes, certaines sont évidentes telles les tâches domestiques (le ménage, la préparation des repas) ou techniques (réparer, décorer la chambre..). Les tâches de garde sont différentes de celles du «nursing»  qui elles répondent aux besoins primaires du nourrisson. Puis, plus élaborées, sont les fonctions éducatives qui regroupent aussi bien les apprentissages multiples que la transmission des valeurs culturelles et morales.  N’oublions pas parmi ces tâches celles liées au suivi (de la scolarité, de la santé ou des loisirs).  Enfin moins connues, il y a les tâches dites de référence sociale. Elles se traduisent par l’acceptation ou le refus de décisions qui engagent la responsabilité civile ou pénale des parents.

Qu’est-ce qu’être bon parent aujourd’hui ? C’est finalement cette capacité à assumer l’ensemble de ces tâches ou d’en déléguer certaines. Le partage de celles-ci interroge également les rapports au sein des couples. Aujourd’hui nous constatons qu’être bon parent se traduit surtout en une capacité à assumer les tâches dites éducatives et l’on peut même dire qu’il existe actuellement une inflation de la demande sociale sur la question éducative au détriment des autres fonctions. Ne serait ce pas un peu de la responsabilité des éducateurs ?

La façon d’exercer les différents rôles parentaux peut poser question. Le mot « parentalité » est apparu avec la modification des modèles sociaux. Le terme se décline désormais au rythme des transformations de la famille. La mono-parentalité a sa propre problématique comme d’ailleurs la pluri-parentalité qui elle concerne les familles recomposées. Tout récemment avec le mariage pour tous s’est posée la question de l’homo-parentalité. On parle également de disparentalité qui exprime le concept de troubles de la fonction parentale en dehors de toute fonction moralisatrice. Enfin on parle aussi de parentalité partielle qui consiste à être et rester parent au-delà des difficultés repérées.

Le travail des chercheurs en sciences sociales a permis de repérer 4 axes d’observation de la parentalité :

  • L’exercice de la parentalité : il se traduit par la mise en œuvre des droits et des devoirs des parents. Le système est-il souple, tyrannique ? Equitable, inéquitable ? Les réponses sont-elles continues ou discontinues ? Sont-elles cohérentes ou incohérentes ? Y a-t-il des tiers qui se sont emparés de ces droits et devoirs ? Y a-t-il délégation ?

  • L’expérience de la parentalité : Il s’agit là de l’expérience subjective, consciente et inconsciente dans sa dimension psychique (le vécu interne) . Le repérage s’élabore à travers la parole du parent. Comment parle-t-il de son enfant ? Est-il réparateur, persécuteur, qu’en est–t-il du désir sur l’enfant et des projections et des attentes ?

  • La pratique de la parentalité : On y recense les actes de la vie quotidienne observables par des tiers. La difficulté réside dans le fait que cet axe est hypertrophié. La demande sociale est telle, que souvent c’est sur ce seul critère que l’on élabore des plans d’aide ou des mesures de protection.

  • Enfin 4ème et dernier axe celui des effets des interventions du travail social sur la parentalité. En quoi cette intervention du travailleur social va permettre de développer ou de limiter cette parentalité ? Cet axe est difficile à évaluer (cf. interview de Catherine Sellenet en bas de page)  il pose aussi la question de l’impact du travail social, de son efficacité à défaut de son efficience.

Dans les réunions de synthèse, lors des études de situations, nous sommes fréquemment en position d’évaluer la capacité de tel ou tel parent à assumer son rôle à l’égard de l’enfant. Mais qu’évaluons-nous réellement ? Quels sont nos critères, notre méthodologie ?

Il y a nécessité aujourd’hui d’affiner nos capacités d’évaluation en nous rappelant d’ailleurs que toute évaluation est éminemment subjective et déformée par le filtre de notre propre vécu et de nos valeurs. L’évaluation est un processus dynamique, contradictoire qui ouvre un véritable champs spéculatif.

Toute évaluation sur la parentalité devrait être élaborée non seulement en tenant compte de l’ensemble des tâches qui la constituent mais également en tenant compte de 3 niveaux.

Le premier temps de l’observation porte sur un plan macroscopique : c’est à dire le comportement de parent à partir des conduites sociales attendues (ex : aller chercher son enfant à l’heure à l’école). Elles sont principalement recueillies par les travailleurs sociaux tels les éducateurs ou assistantes sociales.

Le second niveau se situe sur un plan dit microscopique : ce sont les interventions observables dans le quotidien. (Ex : comportement d’une mère ou d’un père à l’égard de son enfant dans une situation précise) ce sont généralement les assistantes maternelles ou les travailleuses familiales qui sont inscrites dans ces interactions observables.

Enfin il existe un troisième degré d’observation : c’est le niveau «endoscopique». Il s’agit là de recueillir les effets de la présence des parents sur le développement de l’enfant au-delà des actes posés ou des paroles prononcées.

A partir de ces éléments peuvent à terme se dessiner les contours d’une intervention plus clairement posée dans ses objectifs et dans le sens qu’on lui donne. Le positionnement du travailleur social dans la situation sera aussi révélatrice. Dans cet espace de contrôle pour une suppléance familiale il pourra exercer sa mission dans le cadre d’un suivi (en arrière) ou sous forme de guidance ( en avant). Certains préféreront le terme d’accompagnement (en appui ) ou encore de soutien (au dessous). sous forme de guidance ( en avant). Certains préféreront le terme d’accompagnement (en appui ) ou encore de soutien (au dessous). La grande majorité rejettera le terme de surveillance (au dessus) ou de substitution (à la place de). Enfin aujourd’hui avec le partenariat développé sont désormais évoqués les termes de coopération en parallèle et de suppléance (faire avec, à coté de…)

Tous ces termes qui définissent des positionnements dans l’intervention sociale auprès d’une famille nous montrent bien des philosophies différentes. Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est qu’aucun positionnement n’est sans défaut. C’est en assumant celui que l’on prend que l’on aidera à plus de clarté et à plus de rigueur au bénéfice de tous et en premier lieu de celles et ceux pour qui on agit.

Didier DUBASQUE  (article rédigé pour Social 44, il y a fort longtemps mais qui reste d’actualité…)

interview  de Catherine Sellenet maître de conférence en psycho-sociologie à la faculté de Nantes

catherine sellenet 7

Vous expliquez que l‘exercice de la parentalité peut se décliner sur 4 axes. Le quatrième axe porte sur les effets des interventions des travailleurs sociaux…

 Oui, en effet. On s’est rendu compte en prenant l’ensemble des situations que parfois les interventions des travailleurs sociaux venaient finalement entraver cette parentalité sur l’un ou l’autre des axes. Il faut tenir compte de nos interventions et voir quels impacts elles peuvent avoir. Soit elles sont soutenantes, soit elles sont disqualifiantes, elles peuvent ne pas avoir d’impact mais la plupart du temps elles ont un effet quand même.

 Il est difficile pour les travailleurs sociaux de s’observer ou d’analyser leurs propres actes et de les intégrer dans la réflexion…

C’est vrai, c’est un effort de distanciation qu’il faut faire avec les événements. Il s’agit d’être en capacité d’observer comment les parents ont réagi par rapport à l’acte que l’on a posé. On le fait peu dans la pratique professionnelle mais je pense que c’est absolument incontournable.

Il faudrait que les travailleurs sociaux intègrent dans leur pratique la réflexion sur l’impact de leurs actes professionnels ?

Tout à fait, sur ce plan là c’est une question qu’ils devraient se poser. Il y a beaucoup d’études qui le montrent notamment des études canadiennes. Par exemple il y est observé le positionnement de l’enfant par rapport aux interventions des éducateurs. Si on donne à un enfant tel ou tel message à transmettre, il ne sera pas un interlocuteur passif. Il ne transmettra pas le message textuellement, Il y mettra une intonation, il ajoutera des commentaires et tout cela va préparer l’entretien futur qu’aura l’éducateur avec ses parents. Prenez par exemple un instituteur. Vous savez, il y a des cahiers de liaison. L’enfant va emmener ce cahier pour les parents mais il va y mettre sa tonalité, ses commentaires son interprétation. Quand ensuite le parent viendra au rendez-vous avec l’enseignant, il n’y viendra pas « blanc ». Il emmène avec lui un imaginaire, des idées préconçues en se disant ça va se passer de telle et telle manière. Tout cela introduit des biais et il faut savoir à qui on s ‘adresse.

Et les travailleurs sociaux sont pris dans cette problématique ?

Bien sûr les éducateurs sont eux-mêmes partie prenante de cette problématique. Leurs interventions étayent ou court-circuitent la parentalité. Prenons un simple exemple, celui de la scolarité. Le fait de proposer à l’assistante maternelle d’effectuer le suivi lors des réunions avec l’institutrice, de solliciter la famille de l’enfant ou d’être soi-même le seul représentant de l’enfant n’est pas un choix anodin. C’est un choix qui engage les représentations que l’on a du rôle de l’autorité parentale, de son exercice.

De quelle parentalité parle-t-on quand un enfant se partage entre sa famille de naissance, la famille d’accueil et un service à travers l’intervention d’un éducateur ?

C’est de la parentalité partagée. Mais actuellement il n’y a pas de méthode d’observation d’analyse de cette parentalité partagée. Elle est à mettre en place et je crois que les services évoluent sur ce plan là. Ainsi l’exercice de la parentalité partagée justifie le repérage des zones fragiles, celles qui sont investies par les parents et de la nécessité ou pas de mettre en place des relais dans les zones non investies par ceux-ci.

Vos préconisations ?

Je crois que dans un premier temps il y a une formation à mettre en place qui est la formation à l’observation (ex. Pikler, Loczy ). Elle est très peu pratiquée en France, beaucoup plus dans d’autres pays. Il est vrai que les éducateurs manquent d’outils d’observation pour être plus pertinents, moins en difficulté .

crédit photo

IllustrationPaternité Certains droits réservés par Bindaas Madhavi

Catherine Sellenet en conférence  aux 4è Rencontres de l’enfance et de l’adolescence à Ajaccio

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