Détresses cachées, « vieux » en danger, un sujet toujours d’actualité.

Le mouvement de grève des professionnel(e)s des EPHAD  a mis en lumière la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui les personnes âgées dépendantes dans certains établissements. Il est bien question de mal-traitance au sens premier du terme même si la volonté de maltraiter n’est pas là. Mais la maltraitance est aussi présente chez les personnes âgées qui vivent à leur domicile. Les révélations  et les témoignages sur ces situations ont provoqué la mise en place au sein de plusieurs Départements de dispositifs de recueil de d’informations préoccupantes comme cela existe  déjà pour les enfants.

Certes la situation sociale des personnes âgées ne relèvent pas exclusivement de la compétence des Départements alors que c’est le cas pour la protection de l’enfance ou encore la gestion du RSA. Cette responsabilité est partagée. Les CCAS sont tout autant concernés que les Départements. Les signalements arrivent aussi aussi via les mairies ou encore les CLIC. Il s’agit alors de se coordonner et de travailler ensemble.

Contrairement à la protection de l’enfance, il n’existe pas de mesures judiciaires de protection dédiées aux personnes âgées en réponse au besoin de protection physique. Il y a bien les mesures de protection financières pour éviter les détournements d’argent ou sa « gestion inadaptée » mais au final, les travailleurs sociaux agissent souvent « avec les moyens du bord » et la bonne volonté de chacun. Pourtant c’est un réel problème.

Les décès par accident sont très nombreux 

10.000 personnes âgées meurent chaque année victimes de chutes à la maison ou dans l’établissement qui les accueille. Ce chiffre est à comparer avec les 4000 tués par an dans les accidents de la route en France. Comment se fait-il que ces morts silencieuses de nos anciens, souvent délaissés, soient si peu prise en considération ? Il en est de même au sujet de  la maltraitance directe. C’est un sujet qui avait été traité  dans les années 1990 par le Conseil de l’Europe qui a proposé une définition et une classification de cette réalité.

Mais qu’est-ce que la maltraitance ?

Le Conseil de l’Europe apporte la définition suivante  de la maltraitance.  il s’agit  de « Tout acte ou omission commis dans le cadre de la famille par un de ses membres, lequel porte atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique, ou à la liberté d’un autre membre de la famille ou qui compromet gravement le développement de sa personnalité et/ou nuit à sa sécurité financière. ». Cette définition est restrictive car elle ne s’intéresse qu’au milieu familial sans évoquer d’autres violences comme par exemple celles qui surviennent dans les institutions, tels les foyers logement, les maisons de retraites et autres établissements médicalisés.

Mais peu de travailleurs sociaux sont formés pour déceler et traiter la maltraitance chez les personnes âgées. Bien sûr il y a le réseau ALMA mais celui ci manque cruellement de moyens financiers et humains pour répondre aux besoins. On le sait, traditionnellement, le terme de maltraitance est plus associé à l’enfance en danger ainsi qu’aux relations dans le couple

Entre 5 et 15% des personnes de plus de 65 ans seraient victimes de violences. Le taux augmente avec l’âge, il passe à 20% pour les plus de 80 ans. Nous savons par exemple que, dans les Pays de Loire, la mortalité par suicides est supérieure à la moyenne nationale. Or, celle-ci concerne principalement les 2 extrêmes de la vie: les jeunes et les personnes âgées.

Il n’est pas facile toutefois de gérer la violence qui peut subvenir suite à l’épuisement de l’aidant lorsque la personne âgée est victime de la maladie d’Alzheimer. Sans lieu de répit, d’espace de parole, sans formation, les aidants familiaux peuvent littéralement « péter les plombs » et devenir violent tellement ils n’en peuvent plus. Ceci n’excuse pas cela mais là aussi c’est une réalité masquée. Il y a ainsi  beaucoup de souffrance dans ces couples de personnes âgées où celui qui reste valide continue de s’occuper de son conjoint qui se dégrade et va jusqu’à ne plus reconnaître personne. Il y a des drames liés à l’isolement de ces couples qui parfois font tout pour que rien ne se sache.  Évidement ça ne tient pas et souvent l’hospitalisation en urgence devient le dernier recours. Mais que peut-on faire après si ce n’est mobiliser la famille ?

La violence au quotidien n’est pas aisée à reconnaître car elle est masquée par l’habitude. Elle se présente plutôt comme la violence passive du laisser-aller. Certains y voient sans doute à raison une conséquence des conditions de travail imposées aux personnels des établissements et notamment dans les EPHAD. Comment respecter un rythme de vie, les aides soignant(e)s ne sont pas en nombre suffisant. L’administration de calmants par exemple n’est-elle pas une réponse permettant de gérer à moindre frais une pénurie de moyens humains ?…. Bref, les institutions ont à s’interroger sur les conditions matérielles en moyens humains, de soins, mais aussi d’écoute…

La violence peut aussi être liée aux politiques de recrutement des établissements, à des défauts d’organisation et de manques de compétence des personnels… Mais cela vous le savez déjà et les projecteurs des médias ont largement traité ce sujet.

Sans avoir à culpabiliser, les personnels doivent pouvoir s’interroger. ils reconnaissent souvent eux-mêmes que leur travail n’est pas valorisant. De nombreuses aides à domicile (pas toutes) n’ont reçu aucune formation et parmi celles qui en ont reçu, très peu ont été formés à la relation d’écoute et d’aide.

Bref nous avons tous à nous mobiliser sur ce sujet

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