Didier Dubasque
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Désinfox : Sandrine Rousseau et ses abus de langage.

Le 12 mars dernier, la députée écologiste Sandrine Rousseau interpelle à l’Assemblée Nationale la ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles, Sarah El Haïry. Elle évoque la grève qui vient d’éclater au 119, le numéro d’appel pour les enfants en danger contre la détérioration des conditions de travail. Ce coup de projecteur sur la protection de l’enfance pourrait être saluée, si elle n’avait proféré deux énormités.

Des interventions qui font le buzz

La première fait suite à un témoignage personnel : « Je n’ai pas rencontré un seul enfant issu de l’ASE qui n’ait pas été violé dans sa famille d’origine ou au cours de son placement. Pas un seul ! » Comment interpréter ce propos autrement qu’en concluant que tous les enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) auraient été violés dans leur propre famille. Et si ce n’était pas le cas, ils le seraient dans les familles d’accueil, les lieux de vie, les foyers…

Est-ce vraiment la conviction de Sandrine Rousseau. Ou bien est-ce une maladresse ? Voire un effet de ce biais de représentativité qui conduit si souvent à généraliser à partir de quelques exemples ? La bonne volonté initiale s’est transformée en une affirmation calamiteuse et injurieuse. Faut-il répondre que non TOUS les enfants placés n’ont pas subi ou ne subiront pas ce sort funeste ?

Mais quelles sont les sources d’une telle contre-vérité ? Une petite recherche sur internet permet peut-être de répondre. Le 13 mars 2023, le média en ligne Madmoizelle publie un article avec un titre choc « Les enfants confiés à l’ASE subissent toujours des violences sexuelles une fois placés ». Diantre, d’où vient cette information spectaculaire ? Selon le même article, de l’information viendrait de l’« Observatoire départemental des violences envers les femmes » située à Saint-Denis.

Cet organisme très sérieux a révélé, lors d’un colloque tenu le 9 mars 2023, l’étude menée auprès de 100 enfants placés par l’ASE du département. Sur cet échantillon, 67 ont été victimes de violences sexuelles dans leur milieu naturel au moment de leur placement. Mais, 57 ont continué à l’être après : 15 lors du droit d’hébergement exercé dans leur famille et 30 pendant leur placement (24 par d’autres jeunes et six par des professionnels). Ce qu’oublie « juste » de préciser Madmoizelle, c’est que ce n’est pas 100 enfants pris au hasard, mais 100 dossiers qui ont particulièrement marqué les inspectrices de l’ASE qui les ont sélectionnés.

Peut-on généraliser une étude portant exclusivement sur 100 mineurs victimes d’agression sexuelle pris en charge par l’ASE et affirmer que la totalité des 9.500 mineurs placés à l’ASE de ce département ont tous été violés ou le seront ? Il est vrai que l’on peut faire dire tout ce que l’on veut aux chiffres. Mais, il semble problématique d’en tirer une telle conclusion ! Reste le chiffre terrifiant de ces 57 enfants qui n’ont pas été protégés après leur mise à l’abri. Réalité qui résonne comme une faillite pour un dispositif qui prend l’eau de tous les côtés. Pire encore, ces six professionnels qui les ont agressés et qui relèvent d’une criminalité encore plus insupportable ! Ces individus doivent être sanctionnés par la justice, sans aucun ménagement.

L’État parent de substitution ?

Retrouvons Sandrine Rousseau décidément très en forme. Notre justicière en herbe rajoute : « quand un enfant est placé, l’État n’est pas là pour assurer le strict nécessaire, il devient son parent de substitution »

Cela n’est vrai que dans trois cas : le retrait de l’autorité parentale, sa délégation et la tutelle d’État sur des mineurs, au cas où elle ferait défaut (remise de l’enfant en vue d’adoption, décès …). Dans la plupart des placements, les parents continuent à exercer pleinement leur autorité, sauf pour ce qui concerne le droit de garde, d’hébergement et de visite qui relève de la décision du juge des enfants. L’État n’exerce donc pas systématiquement, ni majoritairement, la fonction de « parent de substitution ».

L’emballement de Sandrine Rousseau à défendre les salariés du 119 l’honore sous réserve de ne pas dire trop de bêtises. Ces impairs démontrent l’inculture et l’ignorance dans lesquelles baignent nos élus !

Autant dire que Sarah El Haïry s’est emparée de la perche qui lui était tendue à l’insu du plein gré de la députée, pour la moucher ! Même si détail cocasse, sa langue s’est, à son tour, fourvoyée « Ne jetez pas l’eau propre sur l’ensemble des professionnels » s’est-elle écriée. Ne jetons pas, à notre tour, trop vite l’opprobre sur ces braves dames et surtout ne les jetons pas avec l’eau du bain ! Mais combattons les infox sur l’ASE trop souvent relayées.

 


Cet article a été rédigé par Jacques Trémintin et aussi publié sur son blog


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Photo : capture d’écran de la vidéo de l’intervention de Sandrine Rousseau lors de son intervention

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