Didier Dubasque
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Des enfants placés, une poule aux œufs d’or… / Les sans-abri déplacés de Paris / Le droit aux vacances : le grand oublié

Les enfants placés, poule aux œufs d’or des agences d’intérim

Cette enquête signée Hugo Lemonier publiée par Médiapart nous explique comment depuis 2021 une agence d’intérim, Domino Assist’m, « a fait effraction » dans le monde de la protection de l’enfance. Dans son article, le journaliste nous présente un établissement « éphémère » destiné à l’accueil des enfants placés. C’est un exemple de la privatisation progressive de la protection de l’enfance. Géré par une agence d’intérim, Domino Assist’m, le centre a été créé suite à un afflux d’enfants placés dans le département du Calvados. Pourtant, la gestion de cette maison d’enfants à caractère social (MECS) a été critiquée pour ses nombreux problèmes.  Il est question d’un personnel insuffisamment formé, des contrats de travail précaires et d’une gestion largement défaillante, principalement axée sur la rentabilité.

Une problématique cruciale dans ce contexte se traduit par l’incapacité de l’agence à assurer un accueil adapté aux enfants traumatisés ou présentant des troubles du comportement. Faute de formation adéquate, les professionnels embauchés par l’agence d’intérim n’ont pas été en mesure de fournir l’accompagnement nécessaire aux enfants. De plus, les coûts engendrés par le maintien de ces enfants dans des structures adaptées sont soulignés. Il en coûte habituellement « entre 500 à 600 euros par jour par enfant dans une petite structure de six à dix places. La facture peut grimper à plus de 1 000 euros par jour pour les jeunes les plus fragiles, gardé·es 24 heures sur 24 par des professionnel·les dans un appartement ou un hôtel. Rien à voir avec le prix de journée pratiqué à la MECS éphémère : 173 euros par jour et par enfant, soit trois à cinq fois moins cher qu’une place dans une structure dédiée à ces mineur·es polytraumatisé·es » indique le journaliste.

L’établissement a également été critiqué pour ses conditions d’hébergement insalubres et ses mauvaises décisions en matière de gestion. En particulier, des enfants ont été placés dans des logements indépendants suite à des violences graves. une situation jugée inacceptable pour des mineurs sous protection de l’État. Toutefois, malgré ces problèmes, le département du Calvados a renouvelé le contrat de Domino Assist’m jusqu’en mars 2023, arguant du manque de places alternatives.

Finalement, malgré les nombreux manquements et des conditions de travail et d’hébergement problématiques, certains décideurs du secteur ont jugé la gestion de Domino « satisfaisante ». Cela met en évidence des normes professionnelles de plus en plus faibles et la perte de sens de la pratique d’accompagnement. Cet exemple montre l’impasse provoquée par une privatisation croissante de la protection de l’enfance. Mais il ne faut pas oublier que le recours croissant à l’intérim, avec ses nombreux problèmes, souligne aussi les difficultés auxquelles sont confrontées les structures publiques et associatives pour répondre à la demande croissante de placements et le manque évident de postes qualifiés d’éducateurs. (ne manquez pas cet article de Médiapart)

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Sans-abri déplacés de Paris vers les régions : la Fondation Abbé Pierre déplore un manque de « transparence » et « une forme de précipitation »

Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, a récemment exprimé des préoccupations sur la politique du gouvernement d’établir des « sas d’accueil temporaires régionaux » pour accueillir les sans-abri de Paris. Le plan vise à décongestionner les centres d’hébergement parisiens en prévision de la Coupe du monde de rugby et des Jeux Olympiques de 2024.

Interviewé par la rédaction de France Info, il souligne des problèmes avec cette approche, notamment le manque de préparation adéquate et un manque d’accompagnement approprié pour les personnes sans-abri. Il est particulièrement préoccupé par le fait que des individus puissent être déplacés sans consentement éclairé ou soutien pour trouver des ressources, comme un emploi ou un logement, dans leur nouvelle ville. Le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre a également dénoncé un manque de transparence dans l’exécution de ce plan. Il a cité des cas où les personnes sans-abri ont été acheminées vers d’autres villes, comme Toulouse, sans avoir été correctement informées, ce qui a entraîné un rebroussement de chemin.

Il critique aussi l’application de ce système à des objectifs chiffrés imposés aux préfectures. Cette pratique n’est pas du tout adaptée à la situation. Les articles des différents médias qui traitent ce sujet voient leurs commentaires envahis par des propos à connotation racistes. L’extrême droite et ses affidés sont à la manœuvre.

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Le droit aux vacances : le grand oublié

Le département Vacances d’ATD Quart Monde a récemment organisé une rencontre sur les obstacles empêchant les personnes les plus pauvres de partir en vacances et les solutions possibles. L’événement a réuni des juges des enfants, des travailleurs sociaux, des responsables de lieux d’accueil, des alliés et des militants de Quart Monde. Cette rencontre avait fait l’objet d’un article dans le Journal d’ATD d’avril dernier, mais il reste d’actualité.

Des travailleurs sociaux ont reconnu que le sujet des vacances est rarement abordé avec les personnes qu’ils aident. Ce sujet est souvent considéré comme non prioritaire. ( Ce n’était pas le cas par le passé en polyvalence de secteur ni dans les CCAS. Les CAF ont des dispositifs d’aide prévus à cet effet).  Les juges des enfants ont également admis que la question des vacances en famille est souvent omise lors des audiences de placement d’enfants.

Malgré la méconnaissance du droit aux vacances, il a été souligné que bien évidemment ces dernières peuvent avoir des effets bénéfiques significatifs sur la vie des personnes en situation de pauvreté. Les vacances peuvent renforcer le lien entre les parents et les enfants, instaurer une certaine fierté, aider les individus à retrouver la confiance en eux, favoriser la recherche d’emploi et l’intégration sociale.

Plusieurs solutions ont été proposées lors de la réunion pour surmonter les obstacles. Cela comprend la prise d’initiatives par les juges pour discuter des vacances lors des audiences, l’interdiction d’expulser une personne de son logement pendant ses vacances, et une meilleure communication sur les différents lieux d’accueil. Le département Vacances d’ATD Quart Monde a également souligné l’importance de ne pas fixer d’objectifs aux vacances, affirmant qu’elles devraient être une occasion pour les familles de se sentir respectés et en confiance.

Un contact a été établi avec le député des Yvelines, Benjamin Lucas, pour discuter de ces questions. Le collectif souhaite co-construire une proposition de loi à déposer à l’Assemblée nationale à l’automne. Le but est de faire reconnaître le droit aux vacances, souvent méconnu, ignoré voire nié, pour les personnes les plus démunies. Voilà une initiative utile qui mérite d’être saluée. (Lire l’article d’ATD Quart Monde)

 


Bonus

Sur les violences intrafamiliales, « un grand rapport parlementaire qui accouche d’une souris »

L’article du Huffington Post signé Mathieu Alfonsi fait état de la déception de la Fondation des femmes face aux 59 mesures présentées par le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti dans le rapport parlementaire sur les violences intrafamiliales. Le rapport, préparé par la députée Renaissance Émilie Chandler et la sénatrice UDI Dominique Vérien, avait pour objectif d’améliorer le traitement judiciaire des plaintes, un sujet de préoccupation grandissant, notamment après une augmentation de 60 % de celles-ci depuis le mouvement #MeToo.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes a critiqué plusieurs propositions contenues dans le rapport. Cela concerne la création de « pôles spécialisés » dans les tribunaux, l’émission d’ordonnances de protection en 24 heures et l’introduction de bracelets anti-rapprochement de nouvelle génération. Elle estime qu’il y a un manque d’ambition et que tout cela ne fournit pas une réponse judiciaire suffisante aux violences.  Le système judiciaire actuel est un « labyrinthe » pour les femmes dit-elle. Elles sont contraintes d’entamer plusieurs procédures auprès de différentes instances judiciaires, ce qui est coûteux, compliqué et incohérent. La présidente de la Fondation plaide en faveur de la création de tribunaux spécialisés s’inspirant du modèle espagnol qui a réduit les féminicides de 30% depuis son introduction en 2004.

En outre, le rapport est critiqué pour ne pas prendre en compte les violences post-séparation. Il y a aussi d’autres notions clefs, telles que le délit de non-représentation d’enfant, qui est parfois manipulé par des pères violents ou incestueux pour forcer les mères à présenter leurs enfants. Enfin, la Fondation des femmes suggère un suivi des auteurs de violences, inspiré du système espagnol. Malgré certaines propositions du rapport allant dans ce sens, l’association exprime sa frustration face à l’inaction du gouvernement et à la réticence apparente à reconnaître les violences faites aux femmes comme un problème spécifique à prendre à bras le corps avec des mesures qui engagent des financements adaptés. (lire l’article du Hufington Post)

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Un grand merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.

Photo en une : Lance Neilson   No compromising  Some rights reserved

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